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23/03/2019 – Certes le chien est le meilleur ami de l’homme, et le cheval sa plus belle conquête. Mais son plus grand rêve – son aspiration la plus noble – demeure la focaccia barese.
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Je détiens le record du monde du nombre de records que je ne détiendrai jamais.
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La première chose qui saute aux yeux, quand on entre dans cet open space, est la rigueur avec laquelle cette entreprise respecte la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, communément appelée loi handicap. Loin de se satisfaire des quotas introduits, ici, c’est cent pour cent des employés qui sont assis sur des chaises roulantes.
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Tandis que, frustrée, la femme de l’éborgné se plaint qu’il ne la regarde plus comme autrefois.

22/03/2019 – Merveille de lune si ronde, si douce à caresser du regard, clairsemée de reliefs si délicats. Les créateurs de l’univers et du cosmos auront pris pour modèle ma focaccia barese.
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Solution originale de ce commerçant en croisade contre les conventions artificielles de la bienséance – et m’en voudra-t-on de préciser que la scène se passe en Belgique ? –  : une phrase sur deux il me tutoie, une phrase sur deux il me vouvoie.
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Parfois la vie ne tient qu’à un réflexe d’autodéfense : voyant fondre sur lui l’aileron scélérat du surfer, le requin n’eut d’autre choix que mordre.
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Une chance qu’on ne soit pas cardiaques, dans la famille. Niveau cœur, les sentiments suffisent.

Journées de flottement où ton corps n’est plus ton corps, la fébrilité de ces derniers mois se mue en fièvre véritable. La tête tourne tandis que la douleur pétrit le dos, les côtes, les hanches. Fulgurance des courbatures, acharnement : je me redécouvre certains muscles. La nuit est pénétrée de sueur, les draps trempés, inondés, j’ignore le mal que je transpire mais le rapport de force est déséquilibré. Je suis chair et en tant que tel je suis dérisoire. Pourtant je ne baisserai pas les bras, ce serait insulter le nom de mes aïeux. Alors je lutte, dépose les entrailles sur la table dans le souvenir de l’humain. Bien sûr je pourrais consulter. Le médecin nommerait l’affliction – une grippe, sans doute. Je pourrais me gaver d’antibiotiques. Mais il est un remède universel auquel je veux d’abord donner sa chance, dans le respect des traditions. Rite de passage de ce monde en ce monde, je prépare la focaccia barese.
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J’ai raté tant d’avions dans ma vie que cela ne fait aucun doute : ma place n’est pas au ciel.
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Soudain me revient en mémoire ce manuscrit lu il y a deux ans de cela, dont le tout premier mot était mal orthographié. Un mot de deux lettres.
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(Du reste, on ne m’a jamais refusé non plus l’accès à aucun tunnel.)

20/03/2019 – Déserte comme dans déserte-déserte, votre île ? Pas même une petite part de focaccia barese ?
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Oh, moi, tu sais, je n’ai rien de particulier contre toi, murmura-t-il à l’oreille du supplicié. Puis il le décapita.
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Si la machine à laver n’avait pas été en marche, on eût réellement cru la brosse à cheveux, la boîte de cotons-tiges et le shampoing animés d’une vie propre.
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Chacun occupera ses moments creux comme il l’entend, bien sûr. Certains ont pour routine de s’agenouiller devant des inconnus en soutane. Pour ma part, je préfère marcher en forêt.

19/03/2019 – Marc Levy a publié une vingtaine de romans. Guillaume Musso, idem. David Foenkinos, pareil. Michel Bussi, devinez. Michel Houellebecq a certes été moins prolixe, mais on ne l’imagine pas rectifier la trajectoire maintenant. Côté philosophie, l’œuvre de Bernard-Henri Lévy ferait office de Nouveau Testament. Tant et tant de papier, et pas la moindre mention de la focaccia barese. Navrantes préoccupations de nos contemporains.
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Enfant il rêvait de devenir restaurateur d’art, mais par un indicible concours de circonstances et après douze ans de tâtonnement il exerce finalement la profession de chirurgien plastique pour vieilles harpies en fin de course.
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La première fois qu’il est monté sur un vélo, il est tombé et s’est brisé le poignet. Son premier jour d’école, en maternelle, il s’est fait frapper et mordre et griffer et tirer les cheveux. Sa première expérience sexuelle s’est soldée dans une éjaculation précoce. S’il fait des crêpes, il rate toujours la première. Son fils est la seule chose qu’il ait réussi du premier coup, si bien qu’il croit avoir rompu la malédiction des premières fois. Stupide malentendu – écoutez-le parler comme si le gamin était le plus extraordinaire idiot que la planète ait jamais porté, voyez-le béer devant la quantité et l’odeur de ses couches – il a raté le père.
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Je vais finir par croire qu’ils se sont passé le mot. Et donc, plus précisément, l’énergumène qui conduisait hier la BMW immatriculée 1-CMJ-029 est prié d’aller copieusement se faire foutre avec son klaxon, ses vitupérations de matamore et sa pédale d’accélérateur. Ce que je lui ai signifié d’abord de la pointe du majeur, puis oralement quand il s’est arrêté à mon niveau, mais je préfère le rappeler ici par écrit. La pédagogie, c’est l’art de la répétition.

18/03/2019 – ♫♪♫ Sole cuore amore ♫♪♫ focaccia barese ♫♪♫
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Veuillez s’il vous plaît ne rien jeter dans les toilettes. Pas même de papier hygiénique. Autant que faire se peut, prière de pisser à côté.
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Ôtez-moi d’un doute : poésie ou syndrome de la Tourette ?
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Certes le feu était vert pour les automobilistes, c’était l’heure de pointe et je traversais à trente bons mètres du premier passage piéton ; indiscutablement, je n’avais aucune légitimité à me trouver au beau milieu de ce carrefour très fréquenté. Mais enfin, cette route et ce feu rouge n’avaient guère plus de légitimité à se trouver en cet endroit où poussait jadis une forêt luxuriante. C’est pourquoi je le dis sans fard : allez copieusement vous faire foutre, vous et vos klaxons.

17/03/2019 – Si tout est bon dans le cochon, alors quid de la focaccia barese ?
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Oh, tu sais, dit-il comme s’il attendait que je conteste, à côté de toi je suis un vieux réac. Ce qu’en effet j’aurais du mal à contredire.
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Pas folle, cette jeune maman ne se contente pas de regarder à gauche et à droite avant de traverser. Elle dépêche la poussette au-devant des embûches.
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Gras matou castré de sept ans qui, avachi sur son rebord de fenêtre, un rien condescendant, regarde passer un chat de gouttière vieux d’une semaine.

16/03/2019 – Depuis hier je me demande comment la mettre en scène pour la mettre au mieux en valeur, sous quelle lumière l’éclairer, mais bon sang de putain de merde à l’entournure, mannaggia la miseria, ne se suffit-elle pas à elle-même ? Quand les mots en soi sont poème, il faut savoir s’y effacer et, dignement, en toute simplicité, les prononcer. Je ne dirai donc qu’une chose : focaccia barese.
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Souhaiter bonne nuit à l’être aimé, de bien dormir, de faire de beaux rêves. Pour dire tiens-toi tranquille, ne gigote pas, ne ronfle pas.
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C’est connu, le meilleur moyen d’apprendre à nager est de se jeter à l’eau. Sauf pour le caillou, n’est-ce pas.
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La spiritualité, c’est comme la politique. Le meilleur moyen d’en parler est d’avoir l’air de parler d’autre chose.
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(Aliments de langage#4, suivez le lien)

15/03/2019 – Ça y est, je l’ai, j’ai trouvé l’idée de génie qui fera ma fortune : un dentifrice au goût focaccia barese.
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Cela dit, le moyen le plus démocratique d’accéder à la culture reste le train. On en déduira ce que déduire se doit du fait que les dix ou douze derniers gouvernements aient fermé davantage de lignes qu’ils n’en ont ouvert.
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Homme de principe, je me suis toujours efforcé à ne m’engager dans aucune armée et ne prendre part à aucune guerre, à ne pas faire d’enfant, à ne jamais posséder de smartphone. Jusqu’ici je tiens bon. Aussi, on comprendra que je me sois réveillé en sursaut, l’autre soir, terrorisé comme un innocent à la veille de la guillotine, car je rêvais que je chevauchais une trottinette électrique.
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À première vue, le léopard et le zèbre ne semblaient pourtant pas camouflés pour le même arrière-plan.

14/03/2019 – Mettre la cerise sur le gâteau ou, plus précisément, saupoudrer l’origan sur la focaccia barese.
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Film tourné en super 8, doublement audacieux puisque tourné aussi en super 5.
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Mademoiselle Grocul, faut-il le préciser, a énormément souffert de son patronyme pendant son enfance. Et ce serait un euphémisme de dire que son adolescence fut un enfer. C’est d’autant plus idiot que sa croupe, délectable, est d’une minceur à nulle autre pareille. Heureusement les railleries de cour d’école sont oubliées, tout cela appartient au passé, d’ailleurs elle a tourné la page : c’est une toute nouvelle aventure qui a commencé le jour où, le cœur battant dans sa poitrine plus lisse que la plaine d’Alsace, elle a dit oui à M. Grossein.
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Vivre sa routine comme la roue tourne, sur une route, de détours en déroutes.

13/03/2019 – Après l’avoir privé de dessert en vain, puis de télévision, puis de son match du dimanche, ses parents durent recourir à la punition suprême : le priver de focaccia barese. Ils n’eurent guère besoin de mettre la sanction à exécution. La menace suffisait.
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Massivement – et c’est le cas de le dire –, l’Amérique de Donald Trump s’organise en vue de la fin du monde. Déjà obèse, elle continue d’amasser les stocks de vivres dans l’estomac de ses rejetons les plus prometteurs.
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Que de temps perdu pour ces deux-là qui, après huit ans d’une amitié farouche et éclatante, ont finalement réalisé qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Et ces deux autres qui, pire encore, ont mis vingt-deux ans à admettre qu’ils ne s’étaient jamais vraiment aimés.
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Défenestré, sa mort prit tout le monde au dépourvu sauf lui.

12/03/2019 – Alerte orange aux vents violents sur cinq départements (Oise, Aisne, Somme, Nord, Pas-de-Calais). Autrement dit : les Hauts-de-France ne manquent pas d’air. Ni, d’ailleurs, mais c’est un secret bien gardé qu’il ne faudrait pas ébruiter, de focaccia barese.
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Le consultant spécialiste des questions de sécurité aérienne, qu’on ne consulte jamais sauf en cas d’accident, est donc plus précisément spécialiste des questions d’insécurité.
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En première approximation, l’humain est une usine à produire pipi et caca. En deuxième approximation, une usine à produire pipi et caca douée de raison.
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Au Café du commerce, sur la chemise de la serveuse, au niveau du cœur, il est écrit Z1975. Froid dans le dos au moment de régler l’addition.

11/03/2019 – Liberté, égalité, fraternité, focaccia barese.
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On ne peut plus aller au supermarché sans qu’on nous demande si l’on a une carte de fidélité, si l’on en désire une. L’enjeu serait, en allant faire ses courses de manière régulière au même endroit, d’accumuler des points pour gagner cadeaux et réductions sur le ticket de caisse. Or je préfère ne pas laisser mon nom et mes données personnelles inconsidérément, en particulier aux établissements de commerce. C’est pourquoi je m’organise tout seul quant aux cadeaux que je me fais, et aux réductions que j’estime mériter : dans les établissements de commerce, à hauteur de vingt ou vingt-cinq pour cent, je vole.
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Oui, je vole. Mais raisonnablement, et de manière honnête si je puis dire. Uniquement les produits de première nécessité, la base, le vital, le chocolat, le fromage, la bière, etc. Quitte à risquer de se faire pincer, je choisis toujours les produits de première qualité aussi.
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Et quelle fierté ! À force d’en parler à mes amis, ma pédagogie porte ses fruits et fait des émules. Je songe à postuler l’éducation nationale.

10/03/2019 – Décidé à changer enfin de vie, à tout plaquer et me réinventer, j’empochai mes derniers euros et sans même enfiler ma veste ouvris la porte et c’est à peine si je dardai un dernier regard vers la cuisine où, sur la table, lascive et voluptueuse, elle se pavanait dans sa beauté – l’odalisque d’Ingres aurait semblé autrement moins appétissante. Alors je refermai la porte, m’attablai, et mordis dans cette splendeur à la fois moelleuse et croustillante ; et à quoi bon tout plaquer quand on entame la focaccia barese par le meilleur côté ?
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Quelle supercherie ! Dire que pour ma génération, l’an 2000, ça allait être un truc pas croyable.
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C’est un restaurant parfait, baigné dans une ambiance musicale parfaite. Les serveurs, parfaits, portent des assiettes de viande parfaites à de gros clients non moins parfaits. On dirait des antilopes agiles bondissant lestement pour servir des lions, ceux-ci partageant leur contentement en rugissant des rots parfaits.
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Chassé par la porte, le courant d’air revint en catimini par la fenêtre.

09/03/2019 – La surprise, pour mon prochain anniversaire, serait de souffler les bougies sur la focaccia barese.
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La poésie : une falaise infinie d’où l’on chute sans jamais se blesser.
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Assis sur un banc près de l’étang, le vieil homme lisait. De temps à autre il se grattait l’oreille machinalement, riait, se curait le nez comme s’il eût été seul au monde. Il était si absorbé que la jeune femme, rendue curieuse, alla lui demander ce qu’il lisait. Souriant, il répondit que c’était l’histoire d’une jeune femme qui observait un vieil homme lisant sur un banc près d’un étang. C’était un livre très épais.
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Caligula aurait donc ses suiveurs au Vatican.

08/03/2019 – Que ce soit su : je suis donneur d’organes. Tout, prélevez tout, le foie, les reins, les poumons, le cœur, les yeux, tout, incisez et célébrez la vie, si l’occasion se présente offrez à d’autres la seconde chance que je n’aurai pas eue. Et surtout, sans y réfléchir à deux fois, surtout, transmettez ma recette de la focaccia barese.
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(Tout, à part le cerveau. Mais était-il nécessaire de le préciser ?)
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Terrible coup de vieux en trois minutes à peine, sous mes yeux il se délabre irrémédiablement, ce nuage vieillit vite et mal.
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L’âtre crépitait, le champagne pétillait, on prenait des résolutions sur l’estrade tandis que le chien, tout à ses lubies, distribuait les morsures devant les braises. Simple prolongement de la fainéantise de ses maîtres, il jouissait d’une vie canine dont aucune vipère n’aurait pu se vanter.

07/03/2019 – L’amour, la jeunesse, la santé, la recette de la focaccia barese, il faut les avoir perdus pour réaliser la fortune qu’on possédait.
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Condamné à la réclusion perpétuité il y a trente-sept ans de cela, avec son ongle pour seul outil, il persiste à creuser des trous dans sa cellule. Mon gros orteil reste déterminé à s’évader.
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Les personnes qui jugent que je manque d’ambition m’ont surtout l’air d’en avoir un peu trop.
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Ces mêmes poils qui, il y a huit ans, dépassant de sa chemise, lui semblaient terriblement sexy, qui désormais, au fond de la baignoire, constitueraient un motif de divorce.

06/03/2019 – Qu’on me cite un effet du progrès, un seul, n’importe lequel, objet ou création immatérielle, qui n’a jamais tué personne (à part la focaccia barese).
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Considérant que l’existence végétative de la moule, du bigorneau, de la Saint-jacques et du bulot méritait d’être élevée à de supérieures sagesses, l’homme les ébouillanta et les mangea.
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Quant à moi je me promène toujours nu en ville, avec juste ce qu’il faut de vêtements pour que ça ne se voie pas.
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Si la poésie devait dominer le monde, chaque seconde serait bleue comme un siècle.

05/03/2019 – J’ignore comment on réussit sa vie, mais j’en ai vu assez pour savoir comment rater la focaccia barese.
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Le comportement du bernard-l’hermite est fort déconcertant, et ce pour le bernard-l’hermite en premier lieu. Son air d’éternel ahuri le montre assez.
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Il existe entre les moustachus une connivence qu’on ne soupçonne pas si l’on n’est pas soi-même membre de cette petite communauté élective. Depuis que j’en fais partie, je reçois moult regards confraternels dans la rue. Sous les bacchantes de mes semblables les sourires sont discrets, mais soutenus. Toutefois, je ne réponds jamais à ces attentions. Sans doute échange-t-on les mêmes regards entre cyclopes, entre culs-de-jatte, les mêmes sourires, je ne voudrais pas qu’on se méprenne.
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Maigre piécette de cinq centimes sur le trottoir : encore un étourdi qui ne l’était pas assez.

04/03/2019 – Reconnaissons que cette époque fabuleuse nous offre des opportunités qu’on n’aurait jamais imaginées il y a vingt ans de cela. En ce moment, par exemple, je songe à tourner un film à caractère pornographique et à le diffuser sur les réseaux sociaux pour lancer ma carrière. Créer le buzz, comme on dit. Ça s’appellerait Focaccia barese.
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Arrogance de l’homme qui se croit responsable de la disparition des oiseaux. Lui qui, tout au plus, est coupable de la disparition des arbres.
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Petit rappel de savoir-vire : on ne coupe pas la salade dans son assiette, c’est impoli. Il est important de le savoir. Et même vital, on en a pendu pour moins que ça. On en a guillotiné aussi, et on ne compte plus ceux qu’on a brûlés vifs en place publique. Couper la salade dans son assiette, c’est faire preuve de mauvaise éducation. Le mal absolu.
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Rouge à lèvres que, dans la pratique, elle emploie comme un rouge à dents.

03/03/2019 – Il fallait être américain pour croire le contraire : ce n’est pas à la table des négociations qu’il convenait de réunir Donald Trump et Kim Jong-Un, mais autour d’une focaccia barese.
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T’as de beaux yeux, tu sais, dis-je au paon qui faisait la roue devant moi, et t’en as beaucoup.
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Pétillante leçon sur l’Égypte antique, au collège, d’autant plus empreinte de réalisme que notre professeur d’histoire avait une allure de momie.
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Le stylo est mort, vive le stylo !

02/03/2019 – Pendant que dans des souterrains la science s’active à la bombe atomique de demain, que nos cerveaux les mieux faits conçoivent les chimies de l’horreur et les nouvelles stratégies de la soumission, quelques résistants retroussent les manches et, ce matin, comme chaque jour, préparent la focaccia barese.
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Sans effet, les affiches publicitaires pour ce nouveau parfum. La ville empeste.
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La mode chez l’abeille est d’un ennui !
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Comme tout un chacun il n’a qu’une envie, faire le job au plus vite et rentrer chez lui. Au moins ne peut-on pas accuser le sprinter de faire semblant.

01/03/2019 – La focaccia barese avec une fourchette ? À Paris, oui, peut-être, mais pas à Bari.
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Je suis né sous une bonne étoile qui, gentiment, et à son rythme, se dirige vers la gueule béante d’un trou noir.
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Un m’as-tu-vu, ce crocodile qui se balade au bord de la rivière dans ses mocassins en peau naturelle.
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Je ne tremble ni devant le Musulman, ni quand je rencontre le Juif. Le turban du Sikh non plus ne provoque en moi aucune réaction de dégoût. Pas d’amalgame. Aussi, je reste persuadé qu’il existe, quelque part, quelques banquiers tout à fait honnêtes.

28/02/2019 – De la farine, de l’eau, de la levure, de l’huile d’olive, des pommes de terre et du sel, voilà ce que vous dira le profane. N’en croyez rien. Avant tout, la focaccia barese, c’est deux mains et un cœur.
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Cinq cents fois au moins j’ai vu la plus belle femme du monde. Ce n’était jamais la même.
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Sous le miroir de l’horizon les mêmes villes, en proportions égales, mais habitées d’une vie honnête, simple, lente, pacifique.
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Et qu’est-ce qu’une couleuvre, sinon un épervier sans pattes doté d’écailles au lieu de plumes ?

27/02/2019 – La messe dominicale connaîtrait un regain de fréquentation si, au lieu de communier dans l’astringence de l’hostie, on faisait mordre les fidèles dans la focaccia barese.
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Hypersensibilité des prédateurs face aux armes du chat. Un ronronnement suffit à les faire fuir.
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Quelle douce folie ! Aux amis que les géographies ont éloignés, j’envoie des baisers aériens comme on s’assoit sous un tilleul pour enterrer des boîtes vides. Dans des enveloppes sans timbre ni adresse, je glisse des partitions vierges où nous pourrons écrire la mélodie des bords du temps. Mes amis véritables savent lire cet amour muet que j’ai pour eux. Et moi le leur : les nuages parlent d’eux-mêmes. Et les entrelacs de la vigne vierge, l’odeur du pain grillé tôt le matin, les quelques flocons de neige de janvier dernier, la manière qu’a tel passereau de siffler avec insistance comme si nos vies à tous en dépendaient. Amour venu de loin. Partout, toujours, à chaque instant. Je le reçois.
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Tous les livres du monde, sans exception, racontent la même chose : je suis un volcan.

26/02/2019 – Mes parents, dans les années 1990, avaient une manière bien personnelle de distinguer le clochard du marginal. Selon eux, ce dernier choisissait la rue par contestation, voix de la marge contre un système normatif omniprésent, omniscient, omnipotent. Avec le temps, j’ai fini par comprendre que leur vision était surtout une manière de se voiler la face : comment savoir si tel homme crève de faim par malheur ou par élection, si c’est la fatalité qui fait soliloquer tel autre ou s’il milite pour une cause supérieure ?
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Je serais volontiers boxeur si j’avais la certitude de rendre au moins quelques-uns des coups que j’ai déjà reçus.
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Qui accuse l’astrologue de charlatanisme n’a pas toujours l’honnêteté de reconnaître que le pharmacien n’en sait guère davantage.
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Petite fleur fragile qui, à travers le béton, pousse doucement (un cri).

25/02/2019 – Qui croire encore ? Cent pour cent des personnes que j’ai interrogées m’ont pourtant assuré n’avoir jamais pratiqué le cannibalisme.
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Il faut que le monde soit devenu invivable pour que ma génération soit ainsi nostalgique des années quatre-vingt.
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Du poète on dit qu’il est oisif, mais lui au moins a le sens des responsabilités. Ce matin par exemple, obstétricien dans l’aube, il a contribué à la naissance d’un bourgeon.
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Avoir pour mauvaise habitude de ne pas en avoir, ou peu, et que des mauvaises.

24/02/2019 – Long weekend de tango total. Enchantée, me disent-elles au moment de se rencontrer. Quelques minutes plus tard, au moment de quitter l’abrazo, je réponds Endansé.
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Couloir d’hôtel aseptisé en attendant l’ascenseur, verbiage étouffé mais caractéristique derrière une porte. Et la certitude qu’on est tous un peu ridicules au moment de jouir.
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Crampes et courbatures, ce matin, le corps brisé. Mais dans une heure, de nouveau, je me jetterai dans la mêlée. Fidèle à mes vieux principes je danserai en survivant, comme si la guerre faisait rage à l’extérieur. Et n’est-ce pas le cas ? Ne sommes-nous pas en guerre ?
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La gourmandise, un vilain défaut ? Bande de réacs.

23/02/2019 – Bien que je n’aie jamais vu la bestiole je peux dire sans prendre trop de risques que cette vieille dame porte son manteau de vison avec moins de naturel que ne le portait le vison.
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Dieu a cela de commun avec un compte en banque qu’on peut leur faire accomplir des miracles à tous deux sans avoir aucunement notion de ce qu’ils sont. On finirait par croire que ce sont les mêmes personnes qui les ont inventés.
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Cher ami, vous êtes si juste, si loyal, si généreux que je me demande si vous n’êtes pas tout simplement un peu idiot.
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Une balle perdue, qui ne l’aura pas été pour tout le monde.

22/02/2019 – L’amant qui bombe le torse est avant tout un – irrécusable terminologie – esclave inféodé à sa maîtresse.
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Tandis que l’homme au bout de la laisse faisait claquer deux bises bruyantes sur les joues d’une autre femme au bout d’une autre laisse, les chiens se reniflaient gentiment l’arrière-train. Et moi, curieux de voir la pente où l’évolution conduira ces deux races magnifiques, laquelle prendra exemple sur l’autre.
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L’alcool nuit gravement à la santé. Mais enfin l’eau aussi, de nos jours.
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J’enfile mes croquenots et mon béret et, hop, le voyage spatial n’a plus aucun secret pour moi.

21/02/2019 – Si j’étais votre ami, vous ne me demanderiez pas de vous faire, justement, un prix d’ami. Et si je vous considérais comme tel, je ne vous ferais pas payer du tout. Tenons-en nous donc à la somme indiquée sur l’étiquette, ne fût-ce que par fidélité à cette belle amitié qui nous unit.
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Nul ne peut se réjouir de la mort prématurée de Franz Schubert à trente-et-un ans. À part peut-être Bach, Mozart et Beethoven.
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J’ai regardé, hier, une longue série de vidéos sur internet pour vaincre la procrastination. En un mot : j’ai procrastiné.
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Mon aversion maladive à l’endroit de la chose administrative est abyssale, et même plus grave que je ne le croyais. Une véritable infirmité. J’aurais demandé une carte d’invalidité, n’eussé-je pas dû remplir tant de paperasse pour cela.

20/02/2019 – Shinzo Abe, Premier ministre du Japon, soutiendrait Donald Trump pour succéder à Denis Mukwege et Nadia Murad en tant que lauréat du Nobel de la paix. Dès lors, outre que toute cette affaire sent la coterie maçonnique, que ce soit bien clair : si jamais le prix lui est décerné, Stockholm peut rayer mon nom de ses tablettes.
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Ça vaut d’ailleurs pour le prix de littérature également – oui, je sais, c’est difficile à croire, mais M. Trump écrit des livres.
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On reconnaît l’ami véritable à cela que quand il prête son couteau, il le tient par la lame.
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Crise d’angoisse : sachant l’état de déréliction dans lequel l’humanité est déjà plongée, que serions-nous si, en plus, personne n’avait eu la lucidité d’inventer le vin ?

19/02/2019 – Certains, on se demande où ils trouvent le courage de mélanger leur salive. Eux par exemple qui, après avoir dévoré deux gigantesques portions de frites agrémentées d’un bon kilo de mayonnaise et d’oignons frais, s’embrassent comme on se met à table une seconde fois sans avoir lavé les assiettes.
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Si nombreux hélas qui, en poésie, s’enlisent dans la licence sans considérer le silence.
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En voyage, je m’efforce toujours à me fondre dans la masse. Pour m’adapter aux coutumes locales, je commence par me rhabiller de pied en cap dans les boutiques les plus fréquentées par l’autochtone. Et il y a que je possède un certain nombre de T-shirts qui, s’ils ne venaient pas des quatre coins du monde, me sembleraient curieusement identiques.
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Vu les progrès réalisés dans le secteur des piles cardiaques j’envisage de me faire greffer un cœur de métal à propulsion atomique. Prudence est mère de sûreté. Et il faut vivre avec son temps.

18/02/2019 – Le corps, si précieux qu’on ne le partagera pas même avec ses amis de toujours – parfois offert malgré tout à l’inconnu de passage.
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L’expérience épiphanique de la madeleine, chez Proust, est finalement bien pauvre en termes créatifs, en terme d’inventivité pure, comparée à un plateau de chiacchiere, de poffertjes, à une bouchée d’Apfelstrudel. Ne pas simplement revivre les années d’insouciance à Combray, mais plonger soudain dans le gouffre de toutes ces enfances possibles, ailleurs, sous d’autres soleils.
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Certains jours, avoir cinq ou six mains en plus ne serait pas du luxe.
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Je me demandais lequel, de l’homme et du cochon, s’acharne à ressembler si bien à l’autre. Ce qui n’est pas flatteur pour le cochon.

17/02/2019 – Aux filles de mes amis je n’offre ni dînettes, ni poupées, ni aucun jouet capable d’éveiller leur vocation de ménagère. Aux garçons pas de fusils, d’épées, de jeux de guerre. À quoi bon insister. Mes amis sont des parents consciencieux.
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Action-réaction : autant que tu le craches, ton crachat te crache.
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Voyez par vous-même. On peine à croire que, fut un temps, la couleur rouge était intimement liée au communisme.
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Enfant de mes dialectes j’ai traversé bien des frontières. Certaines à pied, d’autres à la nage, parfois simplement vêtu de guenilles que je ne portais plus. Ma voix ne connaît ni la brique ni le marbre, elle ne connaît pas la cupidité. Mais plus de frontières encore m’ont traversé : celles de l’amour, du désespoir, les fonds boueux du repentir. Partout, je les emmène avec moi. Partout, j’enrichis mon vocabulaire.

16/02/2019 – Ce piano à queue ne serait-il pas plutôt une harpe pour chat ?
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Fake news : Donald Trump aurait été élu quarante-cinquième président des États-Unis d’Amérique.
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Dégusté, au troquet des surréalistes, un petit jus de mots.
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La vie aussi a cette étrange tendance à s’accrocher désespérément à la vie.
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(Petit rappel au cas où : aliments de langage#3, suivez le lien)

15/02/2019 – J’ai donc un sosie à Bruxelles puisque cette femme en voiture, que j’ai moi aussi, un instant, depuis mon vélo, prise pour quelqu’un d’autre, m’avait salué avant que je ne le fasse.
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Après six semaines de cavale, enfin, ils parvinrent à attraper le courant d’air qui avait fait tomber le pot de fleurs sur la tête du curé. C’était prévisible : il leur fila entre les doigts devant la porte du tribunal.
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Les équations ont beau être d’une simplicité désarmante – Fumeur = Tumeur ; Tumeur = Tu meurs – ils sont des millions à chercher la solution.
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Tant d’énergies brûlées pour le seul bénéfice de vieillir.

Cherche figurants pour film indépendant tourné sans caméra, sans scénario, sans équipe technique ni budget. Sept milliards et demi de postes à pourvoir.
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On est ce qu’on mange, dit-on. Sauf les Péruviens, qui servent du poulet à chaque repas ou presque sans pour autant courir avec des plumes au cul.
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J’ai réalisé vers six ans que ma naissance m’interdisait de devenir un philosophe allemand. Par chance, je n’avais pas encore vraiment envisagé la vocation.
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Curieux malgré tout de rencontrer les amis que j’aurais eus si je n’avais pas eu ceux-ci.

13/02/2019 – Pauvre manchot, pauvre phtisique, pauvre boiteux qui n’ont assurément pas choisi de l’être, et qui soutiendrait le contraire ? Pauvre banquier aussi, pauvre huissier de justice.
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Une brassière de sport, oui, je vois. Mais une brasserie omnisports ?
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Depuis trente-sept ans que je mords la vie à pleines dents, elle ne m’a laissé que quelques éraflures en retour. Mais je la sais aussi lâche que rancunière, et je ne me leurre pas quant au dernier coup qu’elle me portera, dans mon dos.
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Pour le langage aussi, obsolescence programmée.

12/02/2019 – Ils parlent fort, leurs voix sont éraillées, leurs rires stupides, ils ont de gros nez, de grosses lèvres et des boutons d’acné plein le front, et je m’y reconnais si bien que grâce à eux je me sens soudain moins nostalgique de ma propre adolescence.
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C’est sans aucun effort que j’escalade la pyramide des âges.
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L’égalité des sexes ? Quand un homme aura été élu miss France.
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Dire je t’aime, c’est manger la moitié de tu et les deux tiers de toi.

11/02/2019 – Humide pays de vieilles pierres, le vent souffle en trombes tourmentées. La forêt se cambre, elle ploie sous la tempête, gondole, mais plus que de subir elle donne l’impression de jouer. Les racines sont solides, les arbres dansent.
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Pleuré en épluchant un tout, tout petit oignon. Un oignon trop petit pour faire pleurer, à dire le vrai. Un oignon comme prétexte, comme preuve qu’on n’apprend pas toujours de ses erreurs. Un oignon si bien épluché qu’il n’en est rien resté.
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À quelques pas de là, Madame Lejeune porte son nom de plus en plus mal.
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Quand ce n’est pas une roue à dévoiler, c’est le dérailleur ou les patins de frein. J’ai l’impression que mon vélo aussi a besoin d’attention, en ce moment.

10/02/2019 – Le tango est une manière sensible de faire l’expérience décrite par Jacques Rigaut dans Lord Patchogue. Danser, comme traverser un miroir et voir la vie derrière la glace. Voir éclore les intentions sous-jacentes, à la lisière de la conscience. Amplification de la pensée en mouvement. Prendre vie dans le corps de l’autre. Être soi dans le corps de l’autre.
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Et puis, à l’opposé du spectre, il y a ceux qui prennent le miroir à la lettre. Littéralement : quand ils dansent, ils ne cherchent pas leur partenaire, mais leur propre reflet dans les miroirs, si par bonheur il y en a. Et si pas de miroir, le regard des autres y remédiera. Leur partenaire, réduit à un alibi. C’est là tout le dilemme : ils le haïssent d’autant plus qu’ils en ont besoin. Tango exsangue.
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Ainsi ce fils d’immigrés siciliens qui parle encore le vieux dialecte à la maison, et condamne l’invasion des Marocains dans son quartier, des Algériens, des Noirs, qui viennent voler son travail.
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Oh, Maxime, combien tu manques.

09/02/2019 – Mauro, un ami géomètre qui cherche à se reconvertir en jardinier : c’est une période de ma vie dans laquelle j’ai plus envie de faire pousser des arbres que des immeubles.
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Je suis très différent de ma mère. En dépit de quoi j’ai hérité d’un de ses traits de caractère les plus saillants : sa capacité à aimer, qui dépasse l’entendement. Il va sans dire que ce patrimoine est assorti d’une intransigeance implacable, et d’une capacité à mépriser qui dépasse l’entendement.
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La nuit a porté conseil. Je pense la même chose qu’hier.
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Quant à Jean Trifier, c’est peine perdue. Il faut savoir quitter les Jean Trifier. Savoir aussi, s’il le faut, quitter qui ne sait pas quitter les Jean Trifier. Sans compromis. Pour mieux s’offrir aux jardiniers.

08/02/2019 – Prodigieuse dichotomie de la chaussure qu’on enfile pour se préserver des intempéries, des débris de métal et de verre, des chevilles vrillées sur les trottoirs, et qui bien loin de nous protéger nous creuse de magnifiques ampoules sanguinolentes dans les talons. On en rirait.
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Même le langage est technologie, un raffinement superflu de la culture. Aussi, s’en déshabiller. Se dévêtir du progrès et de toutes ses excroissances. Être rythme, et splendide. Être enfant dans l’humanité, jouer, battre des mains et s’en émerveiller, frapper un caillou contre un autre caillou et se souvenir du soleil et de l’eau et des arbres.
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J’aimerais, une fois dans ma vie, faire l’amour avec une femme dont le plus grand plaisir sexuel consiste à se ficher les doigts dans le nez au moment de l’orgasme, ou à imiter le bruit d’une photocopieuse. Sûr que ça existe. Comme ça, pour voir la tête que je ferais.
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Fumer pue.

07/02/2019 – J’étais plutôt bonne à l’école, tu vois, pas la première de la classe, mais pas la dernière non plus, et j’aimais bien tout ce qui était histoire de l’art, pourtant jusqu’à aujourd’hui j’étais persuadée que Mozart, c’était un peintre.
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Dialogues capturés dans la rue, au faîte de la réalité, qui, écrits dans des livres, seraient fustigés par la critique. On leur reprocherait de manquer de vraisemblance.
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Je ne vous conseillerais pas d’y emmener une femme à un premier rendez-vous galant, ni même au deuxième d’ailleurs, du reste je n’irais certainement pas avec mes parents, ou quiconque de ma famille, ou de mes amis, ni pour un dîner d’affaires, mais en dehors de cela c’est un petit restaurant très bien et tout à fait recommandable.
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Je suis la personne qui, au monde, me comprend le mieux. C’est dire l’abîme de solitude.

06/02/2019 – Je n’éprouve jamais autant de sympathie pour Dieu que quand Il s’escrime à faire sécher la pluie avant même de lui faire toucher le sol.
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Guerre sans merci que l’homme livre à la tomate depuis des siècles.
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C’est mon côté militant-écolo, je recycle toujours les manuscrits non réclamés par leurs auteurs pour en faire des brouillons. Qu’on s’entende cependant : leurs idées, jamais.
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Quant à Jean Trifier, moins ils est drôle, plus il fait rire.

05/02/2019 – Sweeeeet (goombay) druuuums…
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La seule amie que je n’aie jamais trahie : la musique.
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Deux mille ans de progrès continus, de magnétoscopes, de téléphonie 4G, de sondes spatiales. En ce qui concerne le fondement humain toutefois, encore et toujours, cet indéboulonnable pantalon à deux jambes.
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Ces jours-ci je réfléchis à mon épitaphe. Comme en toute chose ces jours-ci, je procrastine.
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(Aliments de langage#3, suivez le lien)

04/02/2019 – La fausse modestie est à la vraie timidité ce qu’un trépied en rang d’oignon est à un aphorisme ankylosé.
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Si le moi d’aujourd’hui rencontrait le moi d’il y a dix ans, sûr qu’ils ricaneraient condescendants.
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Se couper les cheveux au carré, et même plus courts, à la garçonne, les rajeunirait en effet si elles ne le faisaient pas toutes, systématiquement, comme un témoin de leur âge justement, comme pour l’affirmer, le crier.
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Pensez un peu. Le nombre de personnes pour qui Du côté de chez Swann est une chanson, rien qu’une chanson.

03/02/2019 – On a vu des poètes se nourrir du seul pollen de la rose, pollen poussiéreux, desséché, puis vomir ses pétales douze heures plus tard, pisser des épines de sang dans le chagrin du crépuscule. Et d’autres écrire Il pleut de l’eau / il souffle de l’air / il passe du temps avant de pleurer sur la mort d’un arbre sans racines, imaginaire, un arbre aphone qu’ils nomment arbre.
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Tu ne tueras point. Moi, si.
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– Il est sympathique, ton copain, ma chérie.
– Papa, je t’ai déjà dit que ce n’était pas mon copain, juste un copain.
– Ça m’avait pourtant l’air d’un bel orgasme.
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Quant à Jean Trifier, qui a plongé parmi les mille couleurs des fonds marins et vu des grappes de poissons exotiques glisser sur la grande barrière de corail, l’autre jour encore il me parlait de ses craintes pour le futur : mes enfants auront-ils la chance de voir cela ? disait-il. Et les glaciers des Alpes, et la forêt amazonienne ? Ce cher Jean Trifier, bien oublieux des millions et millions qui aujourd’hui, sous sa fenêtre, rêveraient de voir une simple pomme de terre.

02/02/2019 – Bien sûr que tu as le pouvoir de changer le monde ! J’en veux pour preuve qu’à chaque seconde, tu le réchauffes.
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Ces villes lisses, ces villes usées, civilisées.
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Par où diable ressortent-ils, tous ces passants qui entrent dans mes yeux, mes oreilles ?
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La politesse est une vertu qui frôle parfois la couardise.

01/02/2019 – Le pamplemousse, son attitude de fierté résignée, dédaigneuse, au moment où j’y plonge ma petite cuiller.
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Il enfile toujours son bonnet, une grosse écharpe et ses gants avant de sortir affronter l’hiver. Question de principe. Il n’y dérogera pas au prétexte qu’il fait seize degrés.
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N’ayant pas couru devant témoins assermentés, mon record (6 s 72 aux 100 mètres) ne serait pas valide. Qu’importe, mes lecteurs au moins sauront la vérité.
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Quant à Jean Trifier, il a connu des femmes résolument clitoridiennes, d’autres plutôt vaginales, et d’autres encore à la poitrine si délicate que le simple fait de les effleurer leur était intolérable. Selon son psychanalyste, sa zone érogène la plus sensible à lui se situerait sous la ceinture, mais au niveau de sa poche gauche, dans son portefeuille, où il range sa carte de crédit.

31/01/2019 – Ces jours-ci, je rechigne moins à appeler nuits blanches mes insomnies : il neige.
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Vite, vite, devancer la journée avant que la journée ne me rattrape.
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Il m’arrive de me répéter sur ce blog, de recycler involontairement des idées déjà déployées six mois, un an, deux ans plus tôt. C’est que je suis un travailleur, et qu’en travailleur je m’adresse également aux camarades travailleurs qui chaque matin accomplissent leur petite routine quotidienne dans le plus grand déni de ce miracle qu’est la vie.
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Je voulais bien le laver avant de l’utiliser pour m’assurer qu’il soit bien propre. Conclusion, mon savon a fondu de moitié.

30/01/2019 – Nuit d’inquiétude inutile : hier soir, sans prévenir, Romain, mon partenaire de tango, n’est pas venu à la leçon. Ce matin, il répond à un e-mail pour me dire que son téléphone est hors service, et qu’il avait tout bonnement oublié.
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Les choses sont clarifiées, dans l’ordre, tout le monde va bien. Ça arrive. Aussi, quitte à vivre telle mésaventure, autant tirer les enseignements qu’elle veut m’offrir. En premier lieu : ce n’est pas la nuit qui porte conseil, mais le sommeil. La nuit, notoirement, est noire.
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Mais remettons les choses dans leur contexte. Pour cela, sortons-les justement de leur contexte. Mon grand-père, qui n’a pas connu le grand-père de Romain pour d’évidentes raisons géographiques, de source sûre, a dansé le tango : il l’évoque dans ses carnets de prisonnier, où il avait recopié les textes de chansons alors à la mode. Rien à voir toutefois avec le tango argentin, c’était un tango de la fin des années 1930, un tango des villages de Picardie, qu’on dansait sans prendre de leçon. Mon grand-père dont tous s’accordent à dire qu’il était homme simple, homme sage, qui, si jamais il s’inquiétait pour quelqu’un, n’avait qu’à enfourcher son vélo pour savoir exactement de quoi il en retournait. Mon grand-père qui n’a jamais eu de téléphone portable, ni jamais vraiment su ce qu’était internet.
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La technologie, le progrès, le confort, mes petites inquiétudes nocturnes. Et la montagne quelque part, sous la neige, splendide et impassible.

29/01/2019 – Elle aurait un avis autrement plus tranché au sujet de son époux, et plus tranchant, si elle n’avait pas fait la folie, il y a six ans, devant témoins, de dire lui oui.
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Il n’y a qu’un seul moyen de savoir avec certitude jusqu’à combien je sais compter.
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Les bonnes surprises arrivent toujours au moment où on s’y attend le moins, qualité qu’elles partagent assez équitablement avec les mauvaises. Vigilance et circonspection, donc, avant de tirer toute conclusion.
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Quant à Jean Trifier, on a beau connaître les mécanismes mis en œuvre dans l’évolution des espèces, on aimerait malgré tout savoir quelle mutation génétique a fait, de cet enfant joyeux qui s’émouvait devant la mort d’une sauterelle, un Jean Trifier.

28/01/2019 – Le vingt-huit janvier, déjà ? m’entends-je dire, candide, comme tous les ans à la même date.
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En ce moment je me pose beaucoup de. Je m’interroge sur le sens de la. L’impression que même les mots tombent dans le vide comme le parachutiste sans. Tout est si prévisible, pas besoin de finir mes. Et celle-ci : était-il seulement nécessaire de la.
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Trouver un compromis. C’est-à-dire : compromettre, et se compromettre. Non merci.
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Et tandis que devant son ordinateur, dans son bureau climatisé, le responsable des ressources humaines a le ventre en feu pour un pet qu’il retient depuis trois heures, l’ouvrier maghrébin payé au noir sur le chantier de la prison passe ses journées à siffloter.

27/01/2019 – Le libertaire au fond n’est qu’un despote qui veut abolir la liberté – que dis-je, liberté, le droit fondamental – du despote à opprimer les opprimés.
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Ce fut une excellente soirée de lectures poétiques, et je m’en souviendrai longtemps, notamment des feuilles d’endives et de la purée de betteraves.
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Les risques inconsidérés qu’on prend, dans la vie. Rien qu’hier, j’ai bu pas moins de sept verres d’eau. Et une théière.
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Comment se fier à la nouvelle génération ? Ils ne sont pas sortis de la maternelle, n’ont pas un poil au cul, pas la moindre notion du mot coït, et déjà la moitié d’entre eux divorcera.

26/01/2019 – La parole donnée, infiniment plus légère que la parole écrite. C’est ce qui la rend si lourde de conséquences.
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Arrivée au sommet du grillage métallique, en vain, la chenille se dresse sur ses minuscules pattes arrières comme pour se hisser encore plus haut, se contorsionnant sans plus trouver aucun support où s’accrocher. Et tandis que je la regarde s’échiner ainsi, je ne peux m’empêcher de me demander quel mal terrible elle a commis dans ses vies antérieures pour en arriver là, réincarnée en cet insecte sans autre destination que soi-même.
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Personne dans le quartier ne se doutait que toutes les portes avaient le même code d’entrée – l’année de naissance du technicien.
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Quant à Jean Trifier, il dit volontiers que rien ne lui fait peur. Il n’a jamais remarqué que son nom peut se lire T-rifier.

25/01/2019 – Maman, les années ont passé et il est temps que je te l’avoue, ce trou dans mon t-shirt, c’était en fait deux-cent-quarante-sept mille huit-cent-trente-deux trous. J’avais seulement pris soin de bien les coller les uns aux autres pour que tu n’y voies que tu feu.
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Mille célestes putains, m’exclamai-je, est-ce bien ce que je crois ? Mais il fallut me rendre à l’évidence : c’était tout autre chose.
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Faire pipi dans la douche vous permettra de réaliser de substantielles économies d’eau. L’idée toutefois n’étant pas de retourner vous doucher chaque fois que vous avez pissé.
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Comment tenir en équilibre à la chevauchée des nuages si, ni lecteur ni auteur de sa propre histoire, dépositaire d’aucune tradition, on s’est constitué otage de l’ocre vif des canicules ?

24/01/2019 – La fleur est un miroir comme un autre. Le poignard aussi.
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Alors qu’on ne s’y attendait plus, le taiseux se dévêtit de toute timidité et monopolisant l’attention s’élança dans un monologue débridé – il ronflait.
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La mer édifie ce décor hâtif : la mère, et dix fils, décoratifs.
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Tache de sang dans la chair de ma pomme ; en toute bonne foi je crus l’avoir mordue trop fort, c’était l’inverse.

23/01/2019 – Les chanteurs populaires ont deux caractéristiques fondamentales dont je ne peux pas me vanter : être chanteur, et populaire. Toutes proportions gardées, je ne les jalouse pas.
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Heureusement qu’il a une crête sur le crâne, sans quoi j’aurais pris ce punk pour un délégué du grand capital, avec ses baskets Adidas et son pull barré d’un immense logo Hilfiger.
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Il est absolument essentiel, et même vital, de, avais-je commencé à écrire quand une certaine Madeleine, dont j’ai d’abord cru qu’elle s’appelait Maëlle, puis Malienne – drôle de prénom, on en conviendra, à ma décharge le troquet était bruyant et j’avais la tête ailleurs –, quand Madeleine, donc, vint m’interroger sur ce que j’étais en train d’écrire, à quoi je répondis que je n’en savais rien, sans préciser que son interruption désordonnée m’avait fait oublier la fulgurance qui en premier lieu avait justifié que je sortisse mon stylo et mon papier.
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Quant à Jean Trifier, la gorge nouée il raconte ce magnifique coucher de soleil d’août dernier, sur l’arrière-pays provençal, l’effusion de couleur et les odeurs répandues, et l’on a nous aussi la gorge nouée, mais de colère, car on se souvient des feux de forêt dans la région, cette semaine-là.

22/01/2019 – Espace vidéo protégé, est-il écrit sur un panneau à la gare du Nord, à Paris. Pas surveillé, protégé. Aussi, d’un naturel curieux, je voudrais presque qu’un groupe armé déclenche une attaque, ne fût-ce que pour voir de quelles technologies ces caméras certes minuscules, mais non moins redoutables, sont équipées pour assurer ma protection.
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Le tango, oui, évidemment, souvent avec désinvolture. La valse, passe encore, on comprendrait. Mais pas la milonga. Cadeau sans prix, dernière indulgence de ceux qui n’ont plus rien à perdre, la milonga est trop précieuse pour être offerte à la légère.
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On mésestime trop les vertus de l’écriture automatique. Moi, par exemple, j’ai découvert en l’écrivant que j’avais une envie verte et délicieusement malhabile de mordre un chihuahua.
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Surtout, ils seraient capables, en cas de conflit nucléaire, de mettre Donald Trump à l’abri dans un bunker souterrain et d’en faire le dernier survivant. Autrement dit, après l’avoir convaincu qu’il était l’homme le plus puissant du monde, d’en faire pour de bon le plus important.

21/01/2019 – Certains mots se laissent mieux dire par le silence. Ce sont ceux qui ont le plus d’importance.
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Une brique suffit, un angle droit, une saillance, un point de rupture. Le penchant naturel de la forêt n’est pas au quadrillage.
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(L’oreille, souvent, plus aveugle que l’œil n’est sourd.)
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J’aimerais inventorier le jaune, le vert, toutes les nuances du bleu, mais je n’y parviens pas. Impuissant dans l’aube des stridences et des odeurs mortifères. Je ne peux que les écrire ici, en prévision du jour prochain où toute couleur vraie aura disparu. Le jaune. Le vert. Toutes les nuances du bleu.

20/01/2019 – L’homme est un crâne qui court, qui court ; un crabe, et sa trajectoire est courbe.
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Il avait pour habitude de se calfeutrer avant de dormir, toutes portes fermées, celle de l’entrée, celle de la chambre. Même ses draps, il les remontait sur ses yeux comme on ferme une porte. Et ses paupières. Après quoi, libéré dans le sommeil, il s’amusait à abattre des murailles.
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Au dos de chaque feuille d’arbre tombée sur le trottoir, platane, tilleul, marronnier, écrire un poème qui débute dans le souffle et persiste, intransigeant, dans le bleu.
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Quant à Jean Trifier, il n’a jamais pris de maîtresse. Il prétend, lui, partout, en toutes occasions, avec tous, être le maître.

19/01/2019 – Paris, dans le métro, l’impression qu’on me regarde bizarrement. La moustache peut-être, pensé-je un peu naïvement. Pour me donner contenance, je sors un livre de mon sac à dos – Proust, un gros volume. Soudain, davantage qu’une impression, s’impose la certitude. On me dévisage. Le malaise croît. L’atmosphère est à la claustrophobie. On sent les épaisseurs de béton qui nous surplombent. À cet instant, machinalement, pour regarder l’heure, je tire mon téléphone de ma poche : un téléphone ! avec des touches ! Le métro s’arrête. Les portes s’ouvrent. J’en soupçonne un ou deux de descendre alors que ce n’est pas leur station.
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Ah, au fait, M. Chopin m’a dit de te transmettre le bonjour.
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Dans les vitrines de toutes les librairies, affalé comme une indécence lascive, Houellebecq – et pas que son nouveau roman. Pourvu qu’elle porte son nom, n’importe quelle vieillerie exhumée sera exhibée. En marge de cet étalage archéologique, toutefois, surnage le dernier Chevillard. Et bien que je n’aie jamais mis les pieds sur un navire en perdition, la joie que j’éprouve me semble celle du navigateur qui, égaré dans la brume depuis des semaines, enfin, voit poindre au loin la lueur salvatrice d’un phare.
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Et tandis que les quelques grandes lignes du monde tiennent entre quelques grandes mains, je n’ai rien, sinon mon oreille pour entendre l’univers, ma bouche pour le siffloter.

18/01/2019 – C’est une période nimbée de superlatifs, autour de moi tout est le plus, le moins, j’oscille à haute fréquence sans repasser par mon zéro. La mire ajustée aux extrêmes. L’idée de milieu est chimère, aux antipodes de toute considération sensible. Aussi, pour garder les pieds sur terre, je m’efforce à me souvenir que je ne suis qu’une petite planète bleue croisant le long d’une trajectoire froide, impassible, parmi les silences du grand vide.
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Ils disent Liberté, Égalité, Fraternité. Sur leurs lèvres je lis Travail, Famille, Patrie.
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Toujours écrire à la craie, dans la neige, le mot amour. Et au charbon, sur les tableaux des écoles, le mot amour aussi, toujours.
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Ne plus dilapider aucun silence dans le silence. Hurler le cœur ouvert contre les vents, contre les murs, contre sa propre peau d’adulte s’il le faut.

17/01/2019 – Les instances du tennis s’intéressent de près aux paris sportifs, régentés dit-on par de sinistres réseaux mafieux qui truqueraient les matchs à vaste échelle. Pour ma part, on ne m’y prendra pas. Accepter deux mille dollars pour perdre la finale d’un petit tournoi de troisième division en Lituanie alors que je pourrais en gagner quarante fois plus en me luxant l’épaule au premier tour de l’Open d’Australie ? Très peu pour moi.
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J’ai, à l’école, appris bien des choses en cours. Beaucoup moins toutefois que dans la cour.
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Voilà des années que je développe un inquiétant syndrome de daltonisme vestimentaire. Incapable de voir la différence entre un chemisier rouge et un chemisier jaune, ou vert, ou mauve, je ne comprends pas qu’on passe des heures à se demander si tel pantalon ira mieux avec tel pull-over, telle jupe avec telles boucles d’oreilles. C’est l’angoisse. Je songe à consulter.
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Quant à Jean Trifier, il est un peu perdu en ce moment. Il a toujours mangé la croûte du Camembert, des crottins de Chavignol et du Chaource, laissé de côté celle du Comté, du Beaufort et du Saint-Nectaire, mais en ce qui concerne la tomme de Savoie et le Morbier ça se complique : parfois il les mange, parfois non. Aussi, il attend qu’Emmanuel Macron se prononce sur le sujet.

16/01/2019 – J’ai toujours eu la certitude que je mourrais jeune. Or les années passant comme un démenti sans trop atteindre à mon intégrité, je me demandais dans quelle mesure cette conviction était métaphorique. Puis, l’été dernier, je pris en main un ouvrage de Pierre Michon. Ce fut comme une déflagration révélatrice, épiphanique : soumis au cycle de la résurrection continuelle je meurs dans chaque livre refermé, pour renaître dans chaque page tournée.
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Mais il faudra partir, un jour, renoncer pour de bon à cette existence physique. Quand ce jour viendra, j’aimerais qu’on ne m’organise pas de cérémonie religieuse. Ni d’obsèques nationales, d’ailleurs. Parents, amis, je vous en prie. Un peu de simplicité.
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J’imagine un banquet dans une clairière, du bon vin, à manger, mes amis musiciens jouant sur mes cendres dispersées, les poètes lisant leurs mots, les saltimbanques faisant spectacle. On parlera allemand dans cette auberge espagnole, et italien, néerlandais, coréen, tout le monde sera invité à danser un tango. S’il veut venir, Dieu sera bien sûr le bienvenu. Mes amoureuses et maîtresses se trouveront un peu ridicules de n’avoir pas fait connaissance plus tôt. Des sentiments naîtront. J’espère mourir assez jeune pour que mon dernier jour soit, pour d’autres, le premier.
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Une dernière chose, et permettez-moi d’insister : n’allez pas m’allonger sur le dos dans un cercueil. J’ai toujours dormi sur le ventre, de préférence sous les ciels ouverts, habitude bien enracinée dont je ne pense pas changer comme ça, à la dernière seconde, au seuil de l’éternité.

15/01/2019 – L’infini, égal à rien sinon à lui-même, est infiniment plus grand que lui-même. Et infiniment plus petit aussi. En cela, il n’a d’égal que le néant.
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Pris au piège des filets du ciel, petite chose libre l’oiseau chante encore.
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Certains de mes meilleurs amis ignorent que je porte la moustache depuis six mois. Je ne leur en tiens pas rigueur. Parfois, les miroirs non plus ne me reconnaissent pas.
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Avec pour fil le souvenir muet de toi je me suis cousu un vêtement invisible, danseuse de minuit. Et je voyage vers le néant qui n’est qu’un nom feutré de l’infini.

14/01/2019 – D’avance, je présente mes excuses aux personnes que cette allégation téméraire aura le malheur de heurter, aux féministes en premier lieu, mais selon moi – et en ceci j’engage ma seule responsabilité – il existe une différence fondamentale entre l’homme et la femme : le premier a un pénis et la seconde un vagin.
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flux d’inconnues et reflux de déconvenues, lis-je dans un manuscrit de poésie. Quelqu’un visiblement n’a pas appris à l’école que l’alexandrin, c’est aussi des syllabes entre les rimes.
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Deux yeux pour la partition, dix doigts pour le clavier, deux pieds pour les pédales, un demi-million de visages offerts à la gloire de l’insaisissable.
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Quant à Jean Trifier, il s’insurge quand tu lui dis que tu n’auras pas d’enfants. Imagine, peut-être que ton fils ou ta fille sera justement la personne qui fera la différence, tu as peut-être un Einstein dans le ventre ! C’est que Jean Trifier, pour commencer, a un problème de projection : il abandonne volontiers ses responsabilités à la prochaine génération. Surtout, Jean Trifier ne lit pas la presse. Faire la différence ? Mais il est trop tard, Jean Trifier, il est trop tard.

13/01/2019 – Au prix d’une formidable contorsion dont je ne me croyais pas capable j’ai, d’une pierre deux coups, rattrapé en plein vol l’œuf évadé de la boîte et mis à mal ma réputation de maladroit. Ah ça, Maman, tu peux être fière de ton fils. Voilà un réflexe qui ferait naître des vocations. Sauver cet œuf de la chute, c’était un peu comme réparer les verres de mon enfance, les assiettes brisées, les vases, et tous les autres objets qui n’ont pas survécu à ma gaucherie légendaire.
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Mais revenant de mes émotions j’observe cet œuf de plus près et remarque, sur le côté de la coquille, une petite marbrure légèrement foncée. Dilemme existentiel : un œuf peut-il avoir une tache de naissance ?
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D’ailleurs, quelques plumes y sont collées aussi. Un poussin chercherait-il à éclore par l’extérieur, sorte de naissance extra-épidermique hors couvaison ? Devant cette perspective terrifiante, je tremble : moi, père de cette atrocité ? Préférant ne prendre aucun risque, la poêle frémissant déjà, vite je casse l’œuf et le jette dedans.
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Ce sera toutefois une bien maigre omelette, Maman. Mais peu importe, passons, car j’ai à faire. C’est un véritable carnage et il me faut maintenant ramasser les onze autres œufs, que j’ai dû sacrifier pour sauver mon repas.

12/01/2019 – Dévorer sa propre mère de l’intérieur, neuf mois durant, avant même d’avoir vu le jour. Lui donner force coups de pied, et coups de poing, tambouriner son ventre en forgeron enragé. Déchirer son corps au jour de la naissance. L’enfant innocent, c’est comme le mythe du bon sauvage : une autre mystification.
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Est-ce un truisme de rappeler que la Terre est notre première mère ? que les adultes d’aujourd’hui ont été des enfants, hier ?
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Quelle idée aussi d’avoir creusé un étang et planté une forêt pile là où, six mille ans plus tard, on construirait un centre commercial.
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On a évoqué les déserts arides, les glaces polaires, les jungles cannibales et autres immensités océaniques. Mais soyons honnêtes un instant. Au terme de toute politesse, l’homme demeure l’environnement le plus hostile à l’homme.

11/01/2019 – J’écoute trop de musique classique, moi, en ce moment. Mulatu Astatke hier soir, derrière ses percussions, il ressemblait comme deux gouttes d’eaux à Martha Argerich assise sur son piano, les pieds dans le vide, ou peut-être à Hélène Grimaud. L’impression d’entendre, jouée pour moi seul, la Pathétique de Beethoven – en allemand, on appelle ça Ohrwurm.
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Mais quand même, j’aimerais finir en vieil excentrique chauve et moustachu moi aussi, avec un xylophone et un boubou en coton blanc. Ah ! que ne suis-je éthiopien !
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(Précision : Mulatu Astatke ne joue pas du xylophone, mais du vibraphone ; écrire, parfois, c’est faire le sacrifice de la vérité.)
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Quant à Jean Trifier, on a pu s’assurer qu’il a été doté du muscle du poulet, qu’on retrouve par ailleurs chez le pigeon. Tout se passe dans la nuque. Dès qu’il entend du funk, de la soul, ou un jazz un peu rythmé et épicé, sa tête se met à s’agiter d’avant en arrière comme mue par une force externe à sa volonté, c’est mécanique, on croirait vraiment un poulet en train de marcher, ou un pigeon. Niveau synapses, Jean Trifier n’a aucune raison de s’inquiéter.

10/01/2019 – Il est tout bonnement scandalisé qu’on lui serve, en plein hiver, du melon. Mais enfin, dans les Ardennes, toutes ces couleurs, même en juillet ça aurait fait bizarre.
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Acharnement de l’homme, système d’équations au nombre infini de solutions, à réduire son existence à la plus directe, la plus évidente, qui prend l’abscisse pour asymptote.
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Voilà quarante-trois ans que cette société familiale produit des flexibles de douche. Et ils s’en vantent. Comme si c’était le truc le plus audacieux, le plus épatant du monde.
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Sublime est le paradoxe de la nuit, de plus en plus noire à mesure que les soleils s’y lèvent.

09/01/2019 – On devrait interdire aux Noirs de conduire, m’explique-t-il, leur retirer le permis et la voiture. Et idem pour les Arabes, ajoute-t-il tout à fait calmement. J’avoue que je n’avais jamais vraiment réfléchi à la question, mais là, spontanément, l’idée ne me semble pas si stupide que cela. Sans être tout à fait convaincu je suis séduit, tenté par cette ébauche de raisonnement. C’est qu’il faut pousser la logique plus avant. Tant qu’à faire, interdisons tout ça aux Blancs aussi.
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– Qu’ils sont prévisibles, ces films d’amour, je te parie qu’ils vont finir par s’embrasser.
– Oh, tu sais.
– Et tu vas voir, elle va lui faire une longue fellation, après quoi il va la pénétrer, peut-être même la sodomiser.
– En même temps, c’est un porno.
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Première pop-star de l’ère moderne, Adolf Hitler remplissait les stades bien avant les Beatles et les Rolling Stones.
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Telle est la puissance de la littérature que chaque fois que je mords dans une madeleine, Combray déferle en ma mémoire.

08/01/2019 – Encore un petit effort, M. Trump. L’année prochaine, pour Noël, on aimerait déjeuner sous le tilleul.
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Assurément, je ne l’aime pas moins quand elle perd un cheveu ou une larme. Mais si par malheur elle était diminuée d’un bras, et des deux jambes, d’une oreille, de la moitié de ses dents, je ne sais pas, il me semble que l’amour serait plus difficile, peut-être.
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Invasion de souris, je pensais prendre des chats. Manière de décaler le problème, car il faudra ensuite prendre un renard, puis un aigle.
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Quant à Jean Trifier, il ne sort pas la carabine comme d’autres au prétexte qu’un pigeon lui a pissé sur le crâne. Beau joueur, il se contente de faire ses cinquante mille kilomètres annuels en voiture.

07/01/2019 – Les jours de grisaille me remplissent d’allégresse et de légèreté. Plus le ciel est bas, plus il est facile de marcher sur les nuages.
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Dieu m’est témoin qu’en premier lieu, c’est de Sa faute si je ne crois pas en Lui.
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Lu sur un paquet d’amandes effilées : offre valable en France, en Belgique et en Corse. Quelque chose m’aurait échappé, récemment ?
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Une tranche à Bordeaux, deux à Toulouse, le reste du jambon dans un petit village des environs de Pau, du boudin en Dordogne et des saucisses aussi, disséminées, sans compter les jarrets, le lard, le filet mignon, les terrines. Ce cochon s’est embarqué dans une entreprise de colonisation dont la stratégie pour le moins me déroute.

06/01/2019 – Le trajet compte infiniment plus que la destination. Pour vous en convaincre, écoutez d’abord les quinze dernières secondes du premier mouvement, dit maestoso, du premier concerto pour piano de Brahms – de préférence jouée par Hélène Grimaud. Puis réécoutez-le, en entier, du début à la fin.
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C’est fou. Parfois, cinq cents mètres valent autant que mille kilomètres.
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Tenace et ambitieux il a travaillé dur pour en arriver là, au sommet ; et en effet regardez-le, tout en haut, voyez comme il est petit, comme il est minuscule, et invisible, et insignifiant.
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Stupeur l’autre jour, dans le métro, stupeur devant un jeune de vingt, vingt-et-un ans, plongé dans un pavé d’au moins sept cents pages qui n’était pas de la science-fiction, stupeur car espoir.
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(Aliments de langage#2, suivez le lien)

05/01/2019 – Il ne faut pas exagérer non plus, ni croire que les Wallons disent tous les jours des choses comme Je ne sais pas savoir. Pas tous les jours.
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et je dis hé, ouais, ouai-ais-ais
hé ouais, ouais
je dis hé, qu’est-ce qu’il se passe ?
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(Tout de suite, l’adolescence, ça sonne moins bien quand on comprend.)
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Quant à Jean Trifier, il vous dira qu’on lui a dit que l’Indonésie est le plus beau des pays, ou la Thaïlande, ou Madagascar, ou le Brésil.

04/01/2019 – Au menu de cet institut de beauté, extension des cils et épilation définitive au laser. Gageons qu’en professionnels, ils savent quelle machine convient à quel usage.
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J’ai pris, pour 2019, deux résolutions que j’espère bien honorer. La première : venir à bout de L’Autofictif ultraconfidentiel, d’Éric Chevillard, qui est plus gros que la Bible – le livre, pas Éric Chevillard – et autrement plus consistant aussi. La deuxième : continuer à seriner mon entourage pour que chacun lise, ou relise le cas échéant, Le Monde d’hier de Stefan Zweig – respecter cet engagement commence d’ailleurs ici et maintenant.
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Puis, après avoir célébré la mémoire de cette féministe exceptionnelle, cette femme d’esprit autant que d’action qui fut un modèle de générosité pour ses enfants, ses petits-enfants et bien au-delà de sa chair et de son sang, le prêtre clôtura la cérémonie ; Merci à vous tous.
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Grotesques oxymores que l’amour interdit, l’amour désespéré, l’amour impossible, l’amour coupable. Aux sentiments mesquins la culpabilité, l’amour est le plus beau des pays.

03/01/2019 – Il est un pays auquel je suis lié par un pacte d’immobilité et où je retourne souvent, le plus souvent possible, dès que je le peux, dès que la tragédie reprend son souffle et cligne des yeux. Régi par la dictature opalescente du désir, ce pays m’est aussi familier que j’y suis étranger. Moins j’y pense, plus j’y suis. Plus je le veux, moins il existe. Lorsque ma bouche prononce son nom il s’évapore, me dépossède de mes racines. Ce pays est une ligne courbe, une ombre bleue jetée sur l’océan par le ciel pléonastique des déserts. Et même si je devais n’en connaître que la première périphérie, même si je n’en devais jamais dépasser le premier cercle des confins, je persisterais malgré tout, pétri d’amour, car nul voyage ne vaut la peine d’être entrepris s’il n’a pour destination ce pays ; formidable aventure humaine, je suis un gouffre, une pyramide, un cirque glaciaire, je suis le plus beau des pays.
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Tandis qu’au loin tels trains de nuit franchissent telles frontières sans un bruit, dormir, en insurgé, lové entre les bras secrets de l’insomnie.
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Sevrage, repos végétatif hivernal. Prélude aux dix ou douze printemps qu’il faudra bientôt empoigner.
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Et n’oublie pas : les poings en sang contre les murailles acérées et dans le regard anémié d’autrui, dans la disgrâce, le repentir et jusqu’en ta dernière seconde, tu es le plus beau des pays.

02/01/2019 – Il était clairement destiné à travailler en abattoir, lame aiguisée à la ceinture, écorcheur parmi les carcasses, une vie passée dans l’odeur persistante du sang, mais suite à une erreur dans la distribution des rôles il naquit avec les mains sveltes et allègres d’un pianiste dont on a malheureusement perdu la trace, tandis qu’il éparpille ses grimaces bovines au-dessus des claviers du monde entier.
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– Pardon, je crois que vous vous êtes trompé, vous m’avez rendu trois euro en trop.
– Oh, merci, d’habitude les gens ne disent rien. Vous, au moins, vous êtes honnête.
– Honnête, moi ? Ça dépend des jours ! Mercredi dernier par exemple, je vous ai volé deux tablettes de chocolat. Et lundi, de la feta et du romarin.
– C’est bien ce que je disais. Vous, vraiment, on peut dire que vous êtes honnête.
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Toi l’amie, l’amoureuse, l’amante : tu es le plus beau des pays.
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Quant à Jean Trifier, à le voir transpirer en silence au sauna, on se demanderait si c’est le même Jean Trifier qui tous les ans, l’été, sous un soleil de métal en fusion, s’agite comme un danseur de la Saint-Guy en Espagne, en Grèce, en Turquie, en Italie.

01/01/2019 – Surtout n’attendez pas de moi que je vous reparle ici du réchauffement climatique, des migrants qui se sont noyés cette nuit dans la Manche et la Méditerranée, des hectares que le printemps fera partir en fumée ; pas aujourd’hui, c’est 2019 et on repart du bon pied. Table rase, feuille blanche, on relance la machine avec le sourire. D’ailleurs je n’évoquerai pas davantage la disparition des oiseaux dans les campagnes et des poissons dans les océans, ni la prolifération des dictatures démocratiques. Obscénité que tout cela, obscénité que je vous épargne, m’en remettant à la saison pour vous souhaiter, bien sobrement, une excellente année.
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Année qui débute malgré tout par un sacré torticolis, et une gueule de bois d’autant plus insolite que je n’ai pas bu. Résurgences déjà de 2018 ?
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Aucun d’eux, cela va de soi, aucun ne concevait que la planche à clous du fakir pouvait être plus confortable que leur grand matelas à ressorts et leurs petites aisances bourgeoises.
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Guten Rutsch ins neue Jahr, se souhaite-t-on en allemand, une bonne glissade dans la nouvelle année. Et l’on repense à la flaque d’huile, à la plaque de verglas, on repense à la peau de banane.

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