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16/12/2019 – Un de mes plus grands regrets : n’être jamais allé en prison. Car dès lors rien ne prouve que j’en sois jamais sorti.
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Ce panettone au chocolat pour te rappeler que la vie est une chienne, mais de celles dont on dit qu’elle est la meilleure amie de l’homme.
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– Merci, vraiment, merci pour ces conseils. Vous travaillez tous les dimanches ?
– En ce moment, oui.
– Bien, dans ce cas, désormais je reviendrai le dimanche.
– Surtout pas ! Vous risqueriez de faire du travail un loisir.

15/12/2019 – L’on fit procéder à l’ablation des défenses de l’éléphanteau. Le risque était trop grand qu’il crochète la serrure de sa cage.
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Afin de préserver le grand public d’une énième lecture imbécile, un premier groupe de citoyens bien intentionnés s’était rué sur ce petit bouquin médiocre. Vain sacrifice hélas car, suite à un déplorable malentendu, l’éditeur a relancé une impression. D’autres bonnes âmes ont dû se sacrifier. Puis d’autres, et d’autres encore, établissant l’assise d’un roman à succès.
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La mouche se souvient-elle au moins de ce qu’elle cherche, depuis le temps qu’elle furète aux quatre coins de l’appartement ?

14/12/2019 – Déchiré, hier, un bout de papier sur lequel je n’avais rien écrit de très pertinent. Que j’ai malgré tout laissé derrière moi, sur une table, en évidence, pour le cas où cela intéresserait quelque curieux de passage.
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Quand il la prend dans ses bras, qu’il lui parle tout bas, son nez contre sa joue, elle voit la vie en couperose.
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S’il était aussi intelligent qu’on le dit, le dauphin ne passerait pas son temps à s’empêtrer dans des filets de pêche, à suffoquer dans des sacs en plastique. Il siroterait plutôt des cocktails dans les beaux hôtels de la côte, fumerait des cigares, entouré de jolies filles.

13/12/2019 – L’ami véritable, il se marie avec une femme laide et idiote dans le seul but de ne pas vous soumettre à la tentation.
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Sur mon bureau traîne une chaussette que j’ai déchirée au niveau du talon en essayant de l’enfiler il y a trois bonnes semaines. Et conservée, poussé par la certitude qu’il y avait là matière à réflexion, potentiellement à narration. Je voulais écrire quelque chose sur la vie des chaussettes – plutôt, sur leur mort. Car la manière avec laquelle celle-ci s’est déchirée, béance de huit centimètres, résolument, plus qu’un accident avait des allures de suicide. Besoin d’en parler, d’écrire quelque chose à ce sujet. Mais le dépit, à trois semaines de distance, de ne savoir toujours pas quoi en dire, sinon ceci, ce qui est bien peu, on en conviendra.
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Ah, tiens, tu tombes bien, lui dis-je alors qu’il se relevait, les mains égratignées, le front couvert de boue.

12/12/2019 – Trois siècles plus tard, les instruments sortis de l’atelier de Stradivarius continuent de fasciner. Rappelons-nous cependant qu’ils ne vaudraient pas un clou – avec tout ce que cela a de conséquences sur le répertoire classique – sans le cheval qui nous a gracieusement fait l’aumône de quelques poils de cul.
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Mais plutôt que lui arracher son crin pour nos archets, a-t-on seulement pensé à lui prêter un violon ?
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Quant au sourire énigmatique de la Joconde, il n’est pas fair-play de la part de Léonard de s’en accaparer tous les mérites. Autant qu’à la précision de son poignet, la gloire revient à l’aimable cochon qui a offert son poil pour le pinceau.

11/12/2019 – Un ami m’a récemment conseillé de lire tel roman de László Krasznahorkai, au travers duquel je suis totalement passé. Il n’y avait rien pour moi dans ce livre, ou presque. La longueur de phrase n’était pas la mienne, ni la manière de sur-décrire, de sur-qualifier. La noirceur générale du récit, soulignée non pas jusqu’à la nausée, ce qui aurait servi le texte, mais jusqu’à l’ennui. Certains éléments clefs qui selon moi s’encastraient mal dans le schéma narratif. À cet ami, j’ai conseillé tel roman d’Italo Calvino. Je m’attends à ce qu’il ne l’apprécie pas vraiment. Je crois que l’amitié en sortira grandie.
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Comparer la ville à une fourmilière. C’est réchauffé. Surtout, c’est inepte. Les fourmis travaillent les unes avec les autres, les unes pour les autres.
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Je passe mon temps à lister sur des bouts de papier les noms de personnes qui me sont chères et à qui je n’ai pas donné de nouvelles depuis trop longtemps. Sur ces listes que j’égare, que je retrouve, qui s’allongent et se condensent au fil des jours, j’écris aussi farine, œufs, olives, gingembre, etc. Aussi, amies et amis, ne vous étonnez pas si je tarde à vous appeler, à vous écrire. J’aime vous voir côtoyer l’essentiel de si près.
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Amis bruxellois, admirateurs, admiratrices, groupies et thuriféraires, vous qui m’êtes si fidèles, notez dans vos calepins que j’accompagnerai les camarades pyropoètes ce samedi 14 décembre aux Meubles du cœur, où je donnerai lecture de certains textes incendiaires. Toutes les informations ici.

10/12/2019 – Il me semblait avoir déjà écrit à ce sujet, et en effet, le 2 juin 2018 : Voyant deux hommes sortir du métro main dans la main, je me dis que c’est bien, qu’il faut se montrer ainsi, que c’est important. Et aussitôt réalise le long, long chemin qu’il reste à parcourir pour que les homosexuels puissent se promener sans qu’on trouve cela bien, important, normal. Scène similaire hier, à la librairie, où j’ai vu deux jeunes femmes s’embrasser. Et ma réaction, un an et demi plus tard, identique en sa condescendance. Penser que c’est bien, et important, quand j’aurais voulu ne pas avoir à enregistrer ce fait anodin, banal, quotidien.
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Fort versatile en son amitié, le vent me donne tantôt de grandes tapes camarades dans le dos, tantôt m’assène de solides coups de poings sur le nez.
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Insuffisants à nous-mêmes, et nous ne nous en cachons pas au moment d’empoigner notre fourchette alors que la nature nous en a donné deux.

09/12/2019 – Il en va de l’amour et de la fidélité comme, disons, de la banane et du Liechtenstein. Si nous ressentons le besoin de disposer de deux mots bien distincts, c’est bien que ce sont deux choses bien distinctes.
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Le solenodon, dont j’apprends l’existence au moment où il disparaît. Encore un rendez-vous manqué.
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Ou alors, faire quelques semaines de stage chez un boulanger-pâtissier.

08/12/2019 – Plus le vernis se craquelle, moins ils se ressemblent. Le fait qu’ils soient jumeaux est finalement assez anecdotique.
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De quel étrange animal la tour Eiffel est-elle le triste squelette de métal ?
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Bientôt il sera temps de me réinventer pour la énième fois. Je réfléchis à une carrière en soliste de joueur de scie musicale.

07/12/2019 – Petit, il avait dans sa chambre un globe lumineux qu’il faisait tourner sur son axe, les mains grasses de beurre, de confiture, ou terreuses, laissant des traces de doigt sur les pays, les océans, les continents. Depuis, il a bien grandi. Il laisse son empreinte directement sur la planète.
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Voyez, j’apprends de mes erreurs, je m’améliore. Je me suis donné un coup de marteau bien plus douloureux que la dernière fois.
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On ne sous-entend rien de blessant pour les prostituées quand on dit que, quand même, il y a de ces sacrés fils de pute.

06/12/2019 – Un million de personnes défilent dans la rue : Emmanuel Macron certes ne facilite pas la tâche de ses électeurs qui croyaient sincèrement avoir voté à gauche, mais au moins peut-il se targuer d’avoir bel et bien mis la République en marche.
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La nuit porte conseil. Elle m’a dit de me rendormir.
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Cet égoïste se plie en quatre et rend service à tout le monde pour le seul plaisir de dire que tout le plaisir est pour lui.

05/12/2019 – Ma plus grande ambition en cette fin d’année est de passer Noël à la table des enfants.
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Aux prochaines élections, plutôt qu’à un ambitieux parlant le miel et promettant mondes et merveilles, je donnerai ma voix au candidat qui me fera un gratin dauphinois, une ratatouille, des galettes bretonnes, un petit salé aux lentilles, une quiche lorraine ou un cassoulet. Quelqu’un qui connaît ses régions et les préoccupations des Français.
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Quelqu’un pourrait-il enfin me dire où trouver une troisième et une quatrième mains de seconde main ?

04/12/2019 – Le concept de bon père de famille, tel que mis en œuvre dans le droit civil, m’apparaissait effectivement un tantinet discriminatoire à moi aussi.
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Existence navrante et misérable, car incomplète, de toutes ces peuplades d’Afrique, d’Amazonie et d’Océanie que l’on a laissées jusqu’ici dans l’ignorance de la technologie du bilboquet.
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En ce qui concerne le don de votre corps à la science, la loi est on ne peut plus explicite. Vous pouvez changer d’avis à tout moment. Enfin, presque.

03/12/2019 – Penser qu’il y a un an, le terme chaconne m’était inconnu et aurait tout aussi bien pu représenter un outil d’ébéniste qu’une province canadienne.
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C’est en réprimant une quinte de toux que je réalisai que je m’étais retenu de respirer depuis le début du concert.
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Et que dire à cet Italien qui me fustige de compliments sur ma maîtrise de sa langue, que lui répondre, à lui qui en l’espace d’une petite heure a non seulement donné à l’accordéon une vie dont j’ignorais jusqu’à la possibilité, et m’a fait découvrir que Pachelbel était bien plus que l’homme d’un seul canon. Oui, je parle bien italien, très bien même. Mais, que je sache, ça n’a jamais fait pleurer personne.

02/12/2019 – Bien que ce soit beaucoup plus flagrant au théâtre où, d’une représentation à l’autre, la même pièce n’est jamais vraiment la même même pièce, cela vaut pour le cinéma aussi où, d’une séance à l’autre, le même film n’est jamais vraiment le même même film.
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Il m’importe toutefois de préciser que je ne suis jamais allé voir deux fois la même pièce au théâtre. Ni, d’ailleurs, au cinéma, deux fois le même film, ou si rarement que je ne saurais dire lesquels.
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En fait, je ne vais pour ainsi dire jamais au théâtre. Ni, d’ailleurs, au cinéma, ou rarement. C’est que je passe trop de temps en milonga. Et est-il bien utile d’insister sur le fait qu’au tango, la même tanda n’est jamais vraiment la même même tanda ?

01/12/2019 – Black Friday, on a vu les bigots des temps modernes massés pieusement devant le temple du grand commerce en attendant l’ouverture de la messe. On les a vus se ruer sur des télévisions comme les moustiques se jettent dans le feu. Se bousculer dans le rayon des jouets. S’invectiver, en venir aux mains pour des trottinettes électriques. Et ce n’est qu’un avant-goût innocent des joies promises aux portes du Paradis, à la veille du Jugement Dernier.
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Rappelons que les démographes estiment à cent milliards le nombre d’humains ayant marché sur Terre depuis l’apparition de l’homo sapiens. Parmi ces cent milliards, des Juifs et des Nazis. Des Serbes et des Croates. Des Maures et des Espagnols. Des Romains et des Carthaginois. Des Napoléon, des Gengis Khan, des Hannibal. Qu’on imagine dociles aux portes du Paradis, à la veille du Jugement Dernier, patients, échangeant les civilités d’usage pour passer le temps.
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Une queue de cent milliards d’humains. De grâce, envoyez-moi directement en Enfer.

30/11/2019 – Le paradoxe ultime de l’humain est que ce sont précisément ses paradoxes qui font de lui un humain. Moins contradictoire, il serait un caillou.
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Pendant ce temps, je soupçonne mes neveux de grandir dans mon dos tandis que je vaque à mes occupations.
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Cet être humain qui, doit-on le préciser, dans certains registres occultes, est comptabilisé comme un avoir.

29/11/2019 – Il était une fois un conte de fées qui ne commençait pas par il était une fois.
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Souvent à la librairie, c’est flagrant, quand je suis au comptoir avec ma collègue Sofie, les hommes en quête de renseignements se tournent vers moi uniquement. Pas un regard pour elle, comme si elle n’existait pas. Ceux-là, quand je le peux, je les emmène du côté des livres féministes.
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Ainsi la forêt, qui toujours se ressemble sans jamais se caricaturer.

28/11/2019 – Depuis quinze ans, les amateurs de tennis se déchirent. Les uns glorifient l’élégance de Roger Federer, sa technique irréprochable, la souplesse de son jeu ; pour eux, il est le David Oistrakh du tennis moderne. Les autres, fanatiques de Rafael Nadal, ovationnent la pugnacité de leur idole, son endurance, l’impression de force pure que dégage le Taureau de Manacor. Il est temps, je crois, de départager une bonne fois pour toutes ces deux immenses champions. Aussi ai-je pour projet d’organiser un match où, chacun empoignant les armes de l’autre, le premier jouerait avec l’épée et la muleta du matador, et le second avec un archet et un violon.
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Que je sois seul, entre amis ou en famille, je garde toujours le meilleur pour la fin – la vaisselle.
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Crise du logement dans les cimetières aussi, où le processus de dégradation du corps humain est semble-t-il de plus en plus long. La faute à notre mode de vie moderne, saturé d’antibiotiques, de conservateurs alimentaires, de pesticides, substances nocives aux bactéries œuvrant à notre décomposition. Réjouissons-nous cependant. Après notre durée de vie, voici allongée notre durée de mort.

27/11/2019 – Indécence des arbres, qui ces jours-ci se livrent à un naturisme effréné.
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Un demi-siècle après avoir marché sur la Lune, l’humanité se rêve sur Mars, sauf quelques rabat-joie qui rêvent d’un simple lit, sous un toit, d’un endroit où rêver.
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En revanche, je serais tout à fait incapable de dire combien de femmes ont dormi dans le mien, de lit, puisque je l’ai acheté d’occasion.

26/11/2019 – J’ai mis toute la journée d’hier à m’habituer au fait que c’était le 25 novembre, efforts réduits à néant par la nuit puisque c’est désormais le 26. Et pire encore, dans un gros mois il faudra s’accoutumer à 2020.
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Le truc infaillible pour ne jamais rater la première crêpe : faire une tarte aux pommes.
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La vie ne m’a certes doté d’aucune disposition pour le dessin, mais nul mieux que moi ne saurait peindre mon portrait, que je reproduis à chaque instant.

25/11/2019 – Je ne fais pas d’erreur. Ce sont mes erreurs qui me font.
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L’espace public, devenu peu à peu espace publicitaire.
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Ainsi la nature est-elle faite que le chat mange l’étourneau, la coccinelle mange des pucerons, le hérisson mange des limaces, l’ours polaire mange le phoque, je mange du chocolat.

24/11/2019 – Certains clients de la librairie m’accablent de responsabilités démesurées. L’autre jour par exemple, un type vient, et est-il nécessaire de préciser qu’il arrive à trois minutes de la fermeture ? Il me demande conseil pour un cadeau, un livre, et est-il nécessaire de préciser que la personne à qui il veut offrir ce livre est une femme ? Une femme qu’il a récemment rencontrée et qui lui a fait fondre le cœur ? Une femme dont il pressent qu’elle pourrait l’aimer comme il l’aime déjà, avec qui il pourrait avoir des enfants, passer le restant de ses jours, être heureux ? Oui, le type joue tout ça sur un bouquin, en trois minutes chrono. Jours où l’on aimerait être magicien.
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Décortiquez chaque phrase que vous prononcez, et vous verrez que l’essentiel de vos interactions se résume à une variation entre J’ai bien dormi cette nuit et bien mangé ce matin et J’ai mal dormi et mal mangé.
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Je suis loin de regretter tous les excès que j’ai commis dans le passé. D’autant moins qu’après avoir arrêté l’alcool et les drogues, j’ai continué de vieillir au même rythme, et peut-être même un peu plus vite.

23/11/2019 – À Paris je ne sais pas, mais à Bruxelles, la trottinette électrique se fait de plus en plus discrète. À ce rythme, il faudra bientôt l’inscrire sur la liste rouge des espèces menacées.
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Une thérapie, chez un psychanalyste ? Mais qu’aurais-je donc de plus à lui apprendre que le patient précédent ?
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Et n’allez pas me dire que la trottinette électrique, c’est comme l’amour, qu’à force de l’avoir sous les yeux on finit par ne plus la voir.

22/11/2019 – C’était il y a douze ans, petite histoire sans lendemain dont il ne cesse de reparler, formant à lui tout seul un vieux couple anémié.
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Doyen de l’humanité, voilà un métier que je n’aimerais pas faire.
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Ce teinturier décidément passe son temps à s’occuper des affaires des autres.

21/11/2019 – Le quart d’heure de célébrité de Donald Trump commence à se faire long.
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Ce trèfle – du latin trifolium, dérivant de tres, trois, et de folium, feuille – à quatre feuilles est donc en réalité un quadrifle dont les vertus porte-bonheur par conséquent m’apparaissent contestables.
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Où l’on apprend que Gerard Reve, auteur majeur de la littérature néerlandaise, a habité dans la Drôme.

20/11/2019 – Combat d’ego chez le dentiste qui, ayant diagnostiqué une minuscule carie naissante en haut à gauche, insistant, entend y déployer son expertise, perdant quelque peu de vue qu’en premier lieu je suis venu pour une insoutenable douleur en bas à droite.
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Certaines poubelles vides valent mieux que des baignoires de champagne.
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Pour tout, pour mes méfaits comme mes mérites, en guise d’excuse, j’ai l’Arabie saoudite.

19/11/2019 – On soulignera sa capacité d’adaptation, elle qui diplômée d’une prestigieuse école de commerce s’effeuille désormais dans les cabarets burlesques des quatre coins de la francophonie. Et la mienne également, moi qui, sorti d’une grande école d’ingénieur, ai été gardien de refuge et suis aujourd’hui libraire. Tous deux ambassadeurs en quelque sorte de l’excellence du système scolaire à la française.
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Le Midi de la France, d’accord, mais le matin ? le soir ?
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Infini, le potentiel de nuisance du mot inoffensif.

18/11/2019 – Noël approche et déjà se pose, récurrente à cette période, la question des cadeaux. Et quel idiot ! Ayant publié mon premier livre au printemps, on peut dire que j’en avais un tout fait, cette année, de cadeau. Un recueil de poésie, voilà qui aurait été original. Pour la famille, les amis, les collègues. D’autant que c’est un bel objet, imprimé sur du beau papier, rehaussé de belles peintures en couleur. Un cadeau tout fait, oui, si dans l’enthousiasme de la publication je ne l’avais déjà offert à tour de bras. Me voilà bien ennuyé. Il va me falloir réfléchir.
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Les amis de mes amis sont mes amis. Sauf certains. De vrais cons.
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Plus j’y pense, plus je me dis que je préférerais être à ta place plutôt qu’à la mienne. Car si cette affaire de cadeaux de Noël t’est supplice autant qu’à moi, ce dont je ne doute pas, au moins as-tu la chance d’en avoir un tout fait, toi, cette année. Quoi ? Tu l’as déjà offert à ta famille, à tes amis, à tes collègues, à tour de bras ? Ah, je te reconnais bien là. Ton enthousiasme te perdra.

17/11/2019 – Il y en a, tu tiens à eux, les témoignages de ton amitié abondent pour le prouver, les années ont forgé une relation de respect réciproque, de confiance, et dès que tu as le dos tourné, je vous le donne en mille, ils en profitent pour aller acheter une pizza surgelée.
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L’Europe traverse une période historiquement brexcitante.
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Ce fut une intuition souveraine, digne de celle que Newton eut après avoir reçu la pomme sur la tête : quand, au service, croyant avoir frappé dans la balle – la toute première balle de mon tout premier tournoi –, je l’ai sentie rebondir une demi-seconde plus tard sur mon crâne, j’ai su que je n’avais pas la carrure du tennis professionnel.

16/11/2019 – Il m’aura fallu moins de quatre jours pour venir à bout de ce pavé, bien aidé en cela par l’auteur qui sur sept cents pages avait prévu qu’on puisse en sauter une bonne moitié.
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La vie est un miracle. Les quatre ou cinq premières années.
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Suspense insoutenable pendant toute la séance, et même après le film puisque j’ai dû attendre que le générique soit terminé, et les lumières rallumées, pour savoir si les deux timides assis derrière moi s’étaient oui ou non embrassés.

15/11/2019 – L’agent de police ne se montra pas pour autant compréhensif de le voir descendre de voiture précédé de sa canne d’aveugle.
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Le cul est une bouche et tout ce qui en sort est poésie, affirme le gastro-entérologue.
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Futurs immortels, veillez à faire graver quelques repères biographiques sur vos statues, que l’on sache au moins qui vous étiez.

14/11/2019 – Le matin, il part au travail en bon père de famille. L’été, quand se joue la coupe du monde ou l’Euro, il supporte l’équipe nationale. Autrement dit, c’est un pétainiste qui s’ignore.
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Certains plats se laissent mieux déguster autour d’une table. D’autres, dessus, ou dessous, ou loin, à des kilomètres de la première chaise, sans couteau ni fourchette.
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Tout ce que je sais de l’amour, je l’ai appris dans les bras langoureux de la solitude.

13/11/2019 – Sacré champion du monde de flitige-ball pour la vingt-septième année consécutive, je n’en reste pas moins humble et accessible.
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Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Sur ce passage piéton, à 93%, il passe des voitures.
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Avoir toujours été à côté de la plaque m’aura permis d’éviter bien des séismes.

12/11/2019 – Je ne vois pas ce qu’il y a d’avilissant à prendre mes désirs pour des réalités.
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L’actrice principale de ce film, embellie par le maquillage, réalise-t-elle qu’elle est l’allégorie d’un oxymore ?
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On distinguera aisément, chez les fourmis, les colonnes de style dorique, ionique, corinthien.

11/11/2019 – Le monde, qui appartient aux lève-tôt, appartient de facto aux coqs. Ce qui en fait une basse-cour.
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Je reçois depuis plusieurs mois des lettres de menace anonymes où il est question tantôt de canapés en solde, tantôt d’offres spéciales sur des barquettes de viande, tantôt de systèmes de chauffage et de climatisation. Je crois qu’un sadique est à mes trousses. J’hésite à alerter la police.
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La mémoire légendaire de l’éléphant se révéla bien inutile le jour où le professeur de géographie l’interrogea sur les capitales européennes.

10/11/2019 – Voilà un tic de langage pour le moins original. Là où d’autres ponctuent leurs discours de tu vois, de quoi, de euh, cet Argentin ayant récemment appris le français emploie le mot soudain. Pour reprendre son souffle il dit soudain. S’il cherche un mot il dit soudain. Pour marquer son assentiment il dit soudain. Ce mot soudain dont il se sert comme de béquilles, mais avec un flegme tel, une telle quiétude, une telle régularité qu’on s’y laisse prendre. On sursauterait au moment où il raconte que, soudain, il a ouvert son tube de dentifrice et s’est brossé les dents.
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Demandez-le leur. Rarement ils vous diront que le plus bel âge est celui qu’ils ont.
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Quand le temps vint pour la nymphe de s’arracher à sa prison de soie, elle trouva le cocon plus épais que prévu. Elle dut s’y éreinter de longues minutes, raclant, mordant, martelant, avant d’enfin découvrir la lumière. Alors le papillon étendit ses ailes mais, au lieu de prendre son envol au-devant de la vie, il chuta lourdement dans le sable et, rampant sans grâce entre les débris de bois et de plastique, se dirigea vers l’océan et son existence résignée de tortue.

09/11/2019 – J’ai peu à peu acquis la certitude que mon incapacité à m’adapter au monde des adultes remonte à mes deux ou trois premières années à l’école, où l’on m’avait envoyé pour apprendre les savoirs nécessaires à l’édification de mon avenir et où, dans la pratique, j’ai avant tout perfectionné ma technique du gribouillage et fait la sieste.
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Donald Trump, il y a quelques semaines de cela, des témoins assurent que son ombre ne mesurait pas plus de douze centimètre.
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Jusqu’au douzième siècle, l’on laissait vagabonder le cochon dans les rues de nos villes pour nettoyer les immondices abandonnés par la population. Aujourd’hui encore, éboueur, vide-ordures et usine de recyclage tout à la fois, cet omnivore par excellence se roulerait de joie dans la boue si vous lui donniez à manger vos vieilles huiles de vidange. Le seul souci finalement, quand on sait que tout est bon dans le cochon, est de décider par quel morceau l’entamer.

08/11/2019 – Damoclès, la nuque raidie d’avoir passé la journée à regarder en l’air, n’avait guère vu Dieu au surplomb de son crâne, juste une épée susceptible de le lui fendre en deux sans raison particulière.
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Malin comme un singe, dit-on, ce singe qui n’a pourtant pas inventé l’eau chaude, ni la tiède d’ailleurs, ni la poudre, ni le fil à couper le beurre, ni la carte postale.
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Lui, c’est fabuleux, on trouverait plus facilement un interprète pour traduire Dante en mélanésien ou en guarani qu’un médiateur qui lui fera comprendre sa femme.

07/11/2019 – Moins lâche, ce poltron ne rayerait pas les portières des SUV hyper-polluants et autres berlines luxueuses qui prolifèrent en ville. Il tailladerait plutôt les joues de leurs propriétaires.
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J’ai fait ces deux ou trois dernières semaines plusieurs plaisanteries si sagaces, et avec un tel sens de l’à-propos, qu’il serait ma foi inutile de les reproduire ici, en dehors de leur contexte.
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Tant qu’il y a des luthiers, il y a de l’espoir.

06/11/2019 – D’une pierre deux coups j’ai fini de lire un bouquin et résolu la question du voyage dans le temps : à peine revenu de l’après-guerre, c’était 2019 et une bonne heure avait passé.
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Mo-no-syl-la-bi-que-ment.
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La nuit dernière, je me suis vu jouer de l’accordéon en virtuose. Assez vite, ce matin, j’ai décidé de ne pas m’attarder sur la qualité prémonitoire de ce rêve.

05/11/2019 – Dans mon enfance, à la campagne, on allait sonner chez les voisins qui nous dépannaient volontiers d’un kilo de sucre ou de farine, d’une bouteille d’huile, d’un paquet de riz. C’était chose naturelle. La ville est moins altruiste, j’en veux pour preuve que ma voisine d’en face, qui m’a vu à maintes reprises me promener nu dans mon salon, au lieu de me rendre la pareille a fait installer des rideaux.
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Je veux bien croire que je ne fais pas mes trente-huit ans. J’aurais cependant du mal à nier qu’ils m’ont, eux, fait.
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L’œuf ou la poule ? L’homme ou ses dieux ?

04/11/2019 – Ils intimideraient, avec leurs blousons Harley-Davidson, leurs crânes rasés à blanc et tatoués de motifs belliqueux et leurs longues barbes tombant en cascade sur leurs torses qu’on devine épais comme le marbre, s’ils n’étaient pas, l’un, accoudé au caddie, et l’autre, penché sur les fromages à la découpe, hésitant entre roquefort, reblochon et quelques crottins de Chavignol.
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La vie est une passoire et je suis une banane à tête de clou. Ou peut-être était-ce l’inverse.
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C’est pour éviter qu’on ne se pose trop de questions sur notre lien de parenté avec le toucan qu’ils continuent à nous faire croire que l’on descend du singe.

03/11/2019 – Malgré l’hécatombe, la presse reste muette sur la recrudescence du taux de suicide chez les souris, qui continuent de se jeter dans nos pièges.
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Sevrage difficile, mais je tiens bon : cela fait six jours que je n’ai pas dansé le tango.
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Ayant grandi dans l’Oise et vécu mille aventures en Nouvelle-Zélande, Patagonie, Arabie saoudite, Amazonie, Corée du Sud et dans bien d’autres pays, j’étais destiné à lui conseiller, comme elle le souhait, un roman picardesque.

02/11/2019 – Indifférent au cycle de l’eau et aux nuages qui s’amoncelaient dans le lointain, j’éprouvai une soudaine sensation de puissance à l’idée des océans dont j’allais grossir le flot en pissant au fond du jardin.
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Éplucher, à la manière des matriochkas russes, les choux de Bruxelles.
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L’être humain, cette race géniale qui ne s’est pas contentée d’enfanter un Dave, une Sheila, un Patrick Juvet, mais qui leur a trouvé tout un public aussi.

01/11/2019 – Mets-toi un peu à ma place, me dit-il. Or, lui comme moi savons pertinemment que je ne suis pas qualifié pour passer huit heures par jour à son bureau, avec ses collègues. J’en déduis qu’il souhaite que je passe huit heures par nuit dans son lit, avec sa femme.
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On a trop vite tendance à oublier qu’il y a exactement mille cent quarante-et-un ans de cela, jour pour jour, Louis II, dit le Bègue, fils de Charles II le Chauve et d’Ermentrude, a rencontré à Fouron, près de Liège, Louis le Jeune, roi de Francie orientale, fils de Louis II le Germanique et d’Emma de Bavière, pour mener à bien certaines affaires les concernant et dont les détails sont consignés dans la documentation correspondante.
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Plus tu lis, moins tu as lu.

31/10/2019 – Ainsi en va-t-il de tout organisme complexe, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, de la plus élémentaire des bactéries aux galaxies inaccessibles. Passé le premier saisissement qu’est l’éveil à l’existence, il s’agit de lutter à la survie. Se nourrir, croître. Après quoi, inéluctable, le lent déclin. Puis le néant.
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Dès sa première femtoseconde, le Big Bang contenait le Big Crunch. Fier dans l’érection, le sexe bientôt se dégonflera, flaccide. L’enfant qui tarde à dire ses premiers mots porte déjà en lui un vieillard édenté, tassé sur une chaise. La vie, cycle prédestiné sur lequel le soleil ne se lève qu’une fois, la vie est une graine dont le plus sûr fruit est la mort.
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Ainsi en va-t-il de ce blog, enfanté en aveugle il y a quatre ans. Je postais une brève quotidienne, alors. Puis, au bout d’un an environ, spontanément, j’ai doublé le rythme de croisière, pour le tripler un an plus tard. J’ai vu le monstre prendre volume et épaisseur. Je l’ai nourri et choyé. J’ai tremblé pour lui aussi, j’ai tenté de le protéger avec mes armes, et mes faiblesses. En aveugle, sans réaliser que la fuite en avant valait compte à rebours. Car aujourd’hui s’amorce le repli, il est temps de laisser le projet se recroqueviller doucement sur lui-même. Les galaxies aussi finiront par s’évaporer.

30/10/2019 – Le jeune chauffard qui, hier, vers 17h30, au kilomètre 70 de l’autoroute E19, c’est-à-dire à la hauteur du parking de Hal, dans la direction de Mons, conduisant l’Opel Astra immatriculée 1-ETG-42, m’a doublé, était de fait en excès de vitesse puisque je roulais moi-même à plus de 140 km/h.
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Saigné à blanc par des années de coupes budgétaires réalisées sans trembler et au scalpel, l’hôpital public cherche d’urgence une place à l’hôpital.
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À Bayonne, le procureur s’interroge sur la stabilité psychique du suspect qui, à 84 ans, a blessé deux innocents par balles et tenté d’incendier une mosquée pour, selon sa confession, venger la destruction de Notre-Dame de Paris qu’il attribue aux Musulmans. Mais enfin, même si on omet la fusillade et l’incendie, même si on ferme les yeux sur le mobile complotiste, le type, un admirateur d’Éric Zemmour, s’était présenté sous l’étiquette FN aux dernières élections départementales. Niveau psychique, on a vu plus stable.
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Sous mon oreiller, un stéthoscope. Pour m’assurer, chaque matin, que je suis encore en vie.

29/10/2019 – Façon de lutter contre la routine, ce matin, je pane mon beurre.
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Et tandis qu’ils défilent en chantant des slogans contre le changement climatique, sans un bruit, le changement climatique galope.
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Mais qu’est-ce donc que la générosité, sinon l’égoïsme des braves ?
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Ça, pour ce qui est de décevoir, on peut faire confiance aux Anglais, ils ne déçoivent jamais.

28/10/2019 – Comment continuer d’avoir foi dans le progrès quand, les millénaires passant, tous les sept jours, encore et encore, on doit se couper les ongles ?
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Régulièrement, mes partenaires de tango me complimentent pour ma musicalité. On apprécie ma capacité à m’adapter aux différentes strates de la musique, en particulier quand il s’agit d’interpréter des morceaux peu connus, voire jamais entendus. Le reste du temps, je manque de répartie dans la discussion et c’est, à ma connaissance, le seul trait de caractère que je partage avec Jean-Jacques Rousseau.
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L’anagramme du jour : couple, copule.
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De mon troisième étage je vois des gens sortir les poubelles, des voitures en stationnement et d’autres en marche, des enfants qui vont à l’école en tirant de lourds cartables à roulettes, et quelques miettes de pain que j’avais éparpillées l’autre jour sur le rebord de la fenêtre, que ni le vent ni les oiseaux n’ont trouvées.

27/10/2019 – On m’a dit hier, en fin de matinée, alors que je parlais italien, que j’avais un accent sarde. Dans la soirée, quelqu’un m’a dit que, de profil, je ressemblais à Bertrand Cantat. Deux heures plus tard, commentant ma tenue un ami m’a dit que j’avais l’air d’un dandy intellectuel parisien. Je ne sais que penser de tout cela. Je tenais toutefois à préciser que la Sardaigne est la seule région d’Italie où je ne suis jamais allé.
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Les pauvres, ils n’ont lu qu’un seul livre dans toute leur vie et c’est la Bible.
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Oh la la, les océans.
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On ne me verra pas plus boire le vin de messe que cracher dans une bière trappiste.

26/10/2019 – Mais quelle conquête des continents ? Crevettes, requins, baleines, mollusques, anguilles, on n’a pas tant changé que cela.
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Ce collègue à la santé capricieuse qui, quoique poli, déjeune toujours seul, et semble se réfugier derrière ses lunettes et sa solitude dès qu’on lui adresse la parole. Il se fait peut-être appeler Alberto en secret, et Ricardo, et Bernardo, et Alvaro, se donne bien d’autres noms que le sien. Il a peut-être une grande malle chez lui, dans laquelle sont jetés pêle-mêle des papiers dont il vous dirait qu’ils sont sans grande importance.
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On n’écrit pas les mêmes poèmes quand les fenêtres sont ouvertes
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Innocent, il se laissa trancher la main pour rendre coupables juges et bourreaux.

25/10/2019 – Je travaille à un prototype de lance-roquette universel qui lancerait du persil aussi, de la laitue, du pissenlit.
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Il est intolérable d’accuser quelqu’un de racisme sous prétexte qu’il crache systématiquement par terre quand il voit un Bougnoule ou un Nègre. Et la présomption d’innocence, alors ? Qui vous dit que ce bon Français, dès qu’il en a l’occasion, ne vote pas socialiste dans le secret de l’isoloir ?
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Toute caresse est usure.
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Pêche à la truchole, foie d’ortie farci à la mousse de chevreau, maroquinerie tisserande de Saint-Berthoud-des-Marais, hussement de la pleurinette en automne ; louons la mondialisation, grâce à laquelle il se trouve toujours un touriste bien informé pour nous faire découvrir les coutumes ancestrales de nos régions.

24/10/2019 – Saperlipopette ! m’exclamai-je in petto quand je réalisai n’avoir pas une seule fois, depuis quatre ans que je tiens ce blog, employé l’interjection Saperlipopette !
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Il pensait avoir fait le plus dur en donnant à l’humanité la recette des petits choux à la crème tels qu’on les connaît aujourd’hui. Mais non, cela ne suffisait pas. L’on jugea indispensable de posséder l’arme atomique aussi, des avions de combat, des chandeliers.
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Le phénomène, vérifié tout le long de notre façade maritime, de la côte d’Opale au pays Basque, se confirme. Le Soleil, qui se jette ici dans la mer et là dans l’océan, serait donc un fleuve.
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Et tiens, va, triple ration pour le plaisir, et pour rattraper le temps perdu : saperlipopette !

23/10/2019 – L’amour qu’un homme éprouve pour une femme, même sans être aimé en retour, n’est jamais gratuit. Même le plus fou d’entre eux, le plus fervent, teintera son sentiment de l’espoir qu’un jour elle lui retournera ses sourires, ses regards, ses attentions. En ce sens, le culte qu’il voue à sa voiture est plus pur.
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D’une oreille distraite, j’écoute l’anecdote qu’avec passion et à grand renfort de détails il me relate et qu’il aura, d’ici une ou deux semaines, relégué au rang de souvenir flou et lointain.
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Toutes les études scientifiques réalisées sur le sujet prouvent que la corne de rhinocéros ne vaut pas tripette, comme aphrodisiaque. Vous pouvez la piler, la hacher menue, la faire bouillir ou revenir avec de l’ail dans l’huile d’olive, rien, nada, c’est juste un coup marketing qui a trop bien marché. Sauf, cela va de soi, pour le rhinocéros. Lui, oui, il en avait besoin.
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J’ai habité dans tant de maisons, d’appartements, de cabanes, dormi dans tant de lits, sous tant de voies lactées, j’ai appelé tant de lieu chez moi que je m’y perds.

22/10/2019 – L’on sabra le champagne dont le bouchon, après avoir rebondi contre le plafond, fusa vers le piano, puis repartit en flèche vers le plafond, puis vers le piano, et ainsi de suite à la Jerry Lee Lewis, c’était une fête très réussie.
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Enrhumé, bi bi big bro brother is wa wa watch watch-oum !-tching you.
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Le bordel que ça va être, à la Haye, quand la Cour pénale internationale devra se pencher sur le cas de la trottinette électrique.
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Mais quelle vengeance cherchent-ils tous à accomplir en voulant devenir parent ?

21/10/2019 – De jeunes poètes et poétesses à l’oeuvre, me dis-je attendri en les voyant pianoter sur leurs téléphones portables à la sortie des collèges, des lycées.
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Et quelle belle spontanéité, quelle fougue. Comme j’admire cette génération qui publie sa prose sans la relire, ni lui laisser le temps de reposer. L’urgence est le moteur. Le monde n’attendra pas.
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Le syndrome de la page blanche? J’avais trop peur du noir, enfant, pour que la perspective d’une feuille de papier me tétanise aujourd’hui.
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À force de réécrire sans cesse le même livre, il était devenu la création de sa création.

20/10/2019 – Sans même me référer à la notion de distribution de Dirac, je trouve incroyable qu’on puisse encore soutenir que Dieu, qui a mis six jours à créer le monde et a dû se reposer tout le septième, est omnipotent.
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La vie, accablante succession de départs manqués dont on ne réussit jamais vraiment que le dernier.
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Si ça ne tenait qu’à moi, je ne serais pas si romantique. Mais il y a les femmes aussi.
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Contradictoire, cette foule vous bouscule pour vous rappeler à la fois votre existence et votre insignifiance.

19/10/2019 – Mais reparlons de Nicolas Sarkozy, qui nous a réservé hier l’honneur immense de venir deux heures en dédicace à la librairie. Et juste là, sans me vanter, à quelques mètres de moi, puisque la direction avait jugé opportun de réquisitionner la section internationale où je travaille pour l’y installer commodément. Un homme de cette envergure, on n’allait pas l’installer au rayon jeunesse, au milieu des jeux de société et des ours en peluche. Pas besoin de lire son bouquin, Passions. On sait bien que l’amitié de monsieur le Président va davantage à Kadhafi, aux infirmières bulgares et à Viktor Orbán, qu’elle ne va aux enfants.
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Et moi, ému et fébrile, les larmes aux yeux presque de l’avoir à portée de main pendant deux heures, à quelques mètres de moi, sans compter les heures de préparation préalables pour vider nos tables, le temps passé à remettre les livres en place, les meubles déplacés. Imaginez un peu, un homme qui snobe le tribunal, mais qui nous gratifie de son auguste voisinage. Les larmes aux yeux, je vous dis.
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Oh, le public ! L’excitation palpable dans la file d’attente ! Le tout premier visiteur qui, avec cinq heures d’avance, sautillait d’être le tout premier visiteur. Quelle joie de les voir tous réunis là, vibrant d’impatience devant les caméras de télévision, incertains, devaient-ils dire Bonjour Monsieur Sarkozy, voire Bonjour Nicolas, ou Bonjour Monsieur le Président, tous plus admiratifs les uns que les autres, à la manière des serfs du temps naguère qui s’entêtaient à employer les titres de noblesse de leurs seigneurs déchus, au pied de l’échafaud.
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L’un dans l’autre, au niveau statistique, la journée a été un grand succès. Plus de trois cents exemplaires de Passions sont partis dans la journée. Pour donner un ordre de grandeur, c’est le tirage moyen d’un recueil de poésie. Aussi, rendons hommage à nos clients, nombreux à avoir acheté le bouquin en deux, trois exemplaires. Quelques-uns en ont pris quatre, et j’ai même vu une personne qui en portait cinq comme elle pouvait, contre le ventre. On n’annonce pourtant pas un hiver particulièrement froid.

18/10/2019 – On ne soupèse pas assez, quand on dit C’est la vie, le fait qu’on n’en ait qu’une.
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Finalement il n’était pas si tard que ça, quand on pense qu’il était vingt-deux heures passées de deux cent soixante-treize minutes.
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C’est une pluie fine, mais continue, doublement scélérate puisqu’en plus de vous tremper à petit feu à l’extérieur elle vous fait transpirer de l’intérieur tant la chaleur est moite sous le T-shirt.
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Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy dédicacera son nouvel ouvrage, Passions, à la librairie. Clairement, ça va parler littérature.

17/10/2019 – Au moment de croquer dans l’appétissante part de moelleux au chocolat dont, gourmand, j’avais décidé de faire bombance sans lambiner, directement à la sortie de la boulangerie, pris d’une soudaine prémonition, je fis un quart de tour sur moi-même pour esquiver la rafale de vent que j’avais senti arriver ; moins acérés, les réflexes de la jeune femme qui me suivait, remaquillée de cacao en poudre du front jusqu’au menton.
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Sylvester Staline.
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Mon ordinateur a mal vieilli. La batterie m’offrant vingt minutes d’autonomie au mieux, c’est uniquement par habitude que je le qualifie de portable. D’autant que les lettres a, e, u, i et o ne répondent plus depuis longtemps, si bien que je dois utiliser pour écrire un clavier externe encombrant, guère mobile. Carcasse moribonde, assignée à résidence et de plus en plus lente par ailleurs, à qui la simple action de démarrer coûte des efforts inouïs. À peine allumé et déjà en surchauffe, son ventilateur tourne en permanence. Un asthmatique atteint de coqueluche semblerait moins essoufflé. Alors j’attends, je patiente. Je m’adapte au rythme poussif de la machine. Pendant ce temps, ironiquement, une fenêtre dans mon dos produit sur l’écran un contre-jour tel que je vois, dans cet ordinateur vieillissant et cahotant, mon reflet, comme dans un miroir.
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Je vous amènerai les cinq ou six éléphants que j’ai à la maison, maîtresse. Vous verrez bien que leurs défenses ne sont pas en ivoire mais en plastique.

16/10/2019 – Corrélation statistique à vous glacer le sang : toutes les femmes que j’ai aimées ont eu la grippe au moins une fois dans la vie, toutes sans exception, certaines à plusieurs reprises, peut-être l’une de mes premières maîtresses est-elle clouée au lit sans que je le sache au moment où j’écris ces mots. Sans compter les angines, les bronchites, l’usure des brosses à dents, l’envie de faire pipi à intervalles réguliers. Terrifiant pouvoir que je détiens sur les gens.
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Ce qui me fascine, chez Œdipe, n’est pas tant qu’il se soit crevé les deux yeux, mais qu’il ait crevé le deuxième.
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Que ce soit bien clair, la France redonnera l’obélisque de Louxor à l’Égypte le jour où les Anglais rendront le thé aux Chinois.
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À la voir si rigide, on ne dirait pas que cette table possède autant de pieds qu’une antilope.

15/10/2019 – Mais imaginons un instant que la Suisse, avant-gardiste comme on le sait sur la question du suicide assisté, se soit appelée, par exemple, la Génosse.
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Aucun autre animal n’ayant répondu à l’appel de son nom, par défaut, l’homme décréta que le chien serait le meilleur ami de l’homme.
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Dieu seul sait combien j’appréciais, à l’époque, de voir Lucie faire.
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À Rome, comme les Romains. Or j’habite et travaille en Belgique et, dès lors, quoique ça m’en coûte, au travail, je dis septante, je dis nonante. Au travail.

14/10/2019 – Enfin, après avoir pris ces quelques jours de réflexion, au bousier, au pou, à la tique et au ver solitaire, l’homme répondit Γνῶθι σεαυτόν.
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C’est avec une conscience aiguë, douloureuse presque, de sa supériorité sur le règne animal que l’adolescent prit son smartphone dans sa poche et confirma à son amoureuse qu’il serait à l’heure pour le cinoche.
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On ne peut jamais savoir à cent pour cent, je vous l’accorde. Mais moi, si j’étais Dieu, c’est-à-dire omnipotent et doué d’ubiquité, le dimanche, ce n’est pas forcément à l’église que je passerais la matinée.
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Cela faisait un certain temps qu’il augmentait la dose. Il avait tout d’abord commencé avec une petite pile bouton CR1025 (3V, 30 mAh), puis avait continué avec une BR1225 (3V, 48 mAh), et ainsi de suite, chaque jour, jusqu’à en arriver au cocktail de sept LR14, deux LR8D425, une CR2 et quatre SR54 qu’il jeta ce matin-là dans l’eau du bain pour parfaire sa mithridatisation. La foudre ne le prendrait pas au dépourvu.

13/10/2019 – La longueur, ça va ? me demande le coiffeur qui, tenant ses ciseaux à deux centimètres de ma gorge, ne s’attend certainement pas à ce que je proteste.
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L’incinération, un raffinement pour climato-sceptiques.
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Sans perdre de vue que cette jeune femme qui, non sans minauderie, fume une cigarette dont les volutes hypnotisent les courtisans pressés autour d’elle, dans quelques années, grossira les rangs des vieilles bonnes femmes qui puent, clope au bec.
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Le piano est un arc-en-ciel comme un autre.

12/10/2019 – Été qui fut et qui sera.
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On atermoie, on procrastine, puis on rate le coche. Pour dire, l’idée de prendre une femme de ménage m’a bien traversé l’esprit il y a cinq ou six mois, mais j’ai tant hésité que la poussière s’est accumulée, et la vaisselle, et les insectes, et les choses qui avec le temps ont perdu forme, nom et fonction, et j’aurais désormais trop de scrupules à jeter qui que ce soit dans le limon où j’ai creusé mon terrier.
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Certes toxique, la relation entre le marteau et le clou n’en est pas moins symbiotique.
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Gardien ultime de mes œuvres complètes, je suis et resterai la seule personne au monde à avoir lu absolument tout ce que j’ai écrit. Il en va de même pour Julien Gracq. Soit dit entre nous, ça devait quand même être vachement mieux d’être Julien Gracq.

11/10/2019 – Habemus Nobelum ! allais-je écrire, mais non, deux pour le prix d’un, Habemus Nobelos !
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Il est des serments prononcés en mer qu’on n’entend pas depuis la rive, avec les pieds dans le bitume et les rêves pris dans le béton.
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Trop chaleureuse à mon goût, la caresse du fer à repasser.
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Il est vrai que je me sens un peu ridicule quand, à la librairie, voyant un client lorgner du côté du présentoir des best-sellers, je me concentre très fort pour envoyer des ondes qui le repousseront vers des lectures plus nourrissantes. Prenez le type qui m’a conseillé l’autre jour au magasin de bricolage. Lui, typiquement, je ne le vois pas faire une cirrhose parce qu’un couillon a acheté trois bêtes pots de peinture minérale à la chaux manufacturés en Chine et bon marché alors qu’il aurait pu faire l’acquisition d’une couronne-trépan béton avec mandrin SDS-plus de diamètre 83.

10/10/2019 – On ne connaît un homme que lorsqu’on a éclos et festoyé dans sa merde, réplique le bousier au pou, à la tique et au ver solitaire.
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C’est une période dont je dirais, par litote, pour ne pas alarmer ma mère au cas où elle se livrerait à l’extravagance de lire ce blog, qu’elle n’est pas particulièrement joyeuse. Saison de questionnements, de lassitude, saison mélancolique. L’impression de faire tout mal sans le vouloir, de blesser tout le monde, de n’avoir de temps pour rien ni personne. De me complaire dans la banalité. Le sommeil, quand il daigne venir, est cauchemars et sueurs et tremblements. Toutefois, je ne voudrais pas donner l’impression que je me plains, ni que je cherche à attirer la compassion en déversant ici mon mal-être. Au contraire, je chéris ces trop rares moments où, égoïstement tourné vers moi-même, j’en oublierais enfin que le monde est si laid, et d’en souffrir.
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Le mécanisme hélas – à l’image du réchauffement climatique quoiqu’on veuille nous faire avaler – n’est pas réversible. Telle est ma dichotomie que, lorsque j’irai mieux, invoquer mes petites joies et peines ne m’aidera nullement à oublier l’exquise idiotie de mes contemporains.
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Après l’amiante, le sang contaminé, les particules fines, les ondes électromagnétiques, les OGM, le méthane et le dioxyde de carbone atmosphériques, les pesticides, etc., etc., me vient l’envie de sourire quand je lis que le don de son corps à la science est une démarche personnelle et réservée aux personnes majeures.

09/10/2019 – On ne connaît un homme que lorsqu’on a grignoté ses migraines par la racine, oppose le pou à la tique et au ver solitaire.
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Il est un âge où le pire cauchemar d’un homme est de rencontrer la femme de ses rêves.
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Mais où est donc l’ornithorynque ?
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J’étais plutôt bon à la pétanque, enfant, l’été, en camping, mais pas assez pour envisager une carrière. C’est pourquoi j’ai tout plaqué. J’ai même arrêté le camping.

08/10/2019 – On ne connaît un homme que lorsqu’on s’est débarbouillé dans son sang, rétorque la tique au ver solitaire.
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L’usage imprécis que font les journalistes de notre belle langue française est de plus en plus exaspérant. Quand ce n’est pas la grammaire, c’est la conjugaison, et quand ce n’est pas la conjugaison c’est le lexique. Rien que ces derniers jours ; l’incendie à la mairie de Grenoble : criminel, l’inaction des gouvernements face à la crise climatique : criminelle, l’attentat à la Préfecture de police de Paris : criminel ; tout le monde est soupçonné. Mais vont-ils enfin comprendre que rien de tout cela ne relève du crime et que, s’il faut illustrer le propos, criminel, par exemple, c’est oublier de saler l’eau des pâtes ?
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Épris comme au premier jour après quinze ans de mariage, il continue de lui faire l’amour comme si c’était la première fois. Elle de son côté songe à prendre un amant plus expérimenté.
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Moi aussi j’aurais un appétit de moineau, devant les miettes de pain rassis et autres graines mesquines qu’on refile habituellement aux moineaux.

07/10/2019 – On ne connaît un homme que lorsqu’on a partagé un certain nombre de ses repas, affirme le ver solitaire.
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Pas d’été indien cette année, la belle saison est morte sans même avoir poussé le chant du cygne. Hélas, à l’heure des bilans, je ne peux plus me voiler la face. J’ai manqué de prévoyance. Je n’ai pas assez de chaussettes pour l’hiver.
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D’un autre côté, objecteur de conscience, c’est se priver des dignités et honneurs rendus aux soldats inconnus.
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Ma petite sœur, que sans succès j’avais essayé d’appeler, m’écrit un message pour me dire qu’elle est en formation et qu’elle me rappellera à la sortie. En formation. Mais, Élise, tu es très bien telle que tu es !

06/10/2019 – Erratum : j’ai été un peu vite en besogne, hier, en affirmant à la légère qu’au moment d’aller se coucher, les Flamands se souhaitent de dormir savoureusement. Une amie qui compte parmi les plus fidèles lectrices de ce blog m’a écrit pour m’expliquer que slaap lekker est davantage néerlandais. Les Flamands, moins poétiques sous la couette, disent slaapwel – littéralement : dors bien. Mea culpa.
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Qu’à cela ne tienne, et vive l’Europe. Moi, quand j’ai le choix, j’aime autant la version où je m’endors savoureusement.
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Hautain et quelque peu irascible, il m’invita à aller voir ailleurs s’il y était. C’est ainsi que j’allai frapper à toutes les portes de la ville. Or, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant qu’effectivement, il se tenait là, sur chaque seuil de chaque maison, lui, entier, identique à lui-même à quelques menus détails près, nuances insignifiantes.
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Le cerf, le renne, le wapiti et l’élan aussi font craquer le bois qu’ils piétinent.

05/10/2019 – Il me dit qu’il a été à un mariage à Angers. J’entends un mariage arrangé.
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Immense aveu d’impuissance chez les Wallons qui, empreints de fatalisme en ces jours de pluies torrentielles, se souhaitent une belle journée, une belle soirée, un beau weekend. Mais quelle délicatesse côté flamand, où, au moment d’aller se coucher, l’on se souhaite de dormir savoureusement.
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Le remords roule sans un bruit, lisse et soyeuse bille de plomb.
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Amélie Nothomb, à la postérité ? On a bien oublié le nom du type qui a inventé la roue.

04/10/2019 – Il espérait recevoir sur ses lèvres les lèvres de la femme désirée, en place de quoi il reçut sa main sur sa joue, puis le poing du mari sur son nez.
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Congratuler n’est pas grattouiller le con.
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Ne vous laissez pas berner. Ils vous promettent la vérité nue, mais au mieux c’est en petite culotte et soutien-gorge qu’ils vous la livreront, et pas du type où l’on voit à travers.
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Petite piqûre de rappel après Le Monde d’hier de Stefan Zweig, son Érasme. À mettre entre toutes les mains.

03/10/2019 – Bien que ces deux inconscients m’aient condamné, il y a bientôt trente-huit-ans de cela, à une lente et douloureuse agonie qui se soldera dans une mort certaine, j’aime mes parents inconditionnellement.
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Manifestation des forces de police, hier, à Paris. On dénombrait 27000 manifestants selon les organisateurs et, fait assez rare pour le souligner, 27000 manifestants aussi selon la police.
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Plus qu’une simple allégorie, le mythe de Babel continue de se déployer chaque jour sous nos yeux dans la réalité la plus tangible. Ainsi la lotte, la rascasse, le congre, le saint-pierre, la vive, le grondin et la langoustine continuent-ils de chipoter sur la recette de la bouillabaisse.
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nom point prénom arobase gmail point comme tout le monde.

02/10/2019 – Ce fut un très beau concert dont je suis sorti bouleversé, pétri de chagrin pour la dernière touche du piano qui en deux heures n’avait pas été jouée une seule fois.
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Tel est le paradoxe de l’immortalité qu’il faut mourir pour y atteindre.
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Arc-en-ciel d’émotions, hier soir, quand J. m’a dit qu’il avait rapporté mon livre. Surpris d’abord qu’il sache que j’ai publié un recueil de poésie, flatté ensuite qu’il se le soit procuré, puis mortifié dans la foulée qu’il l’ait jugé si mauvais qu’il veuille s’en débarrasser. Jusqu’à ce qu’il me mette entre les mains ce petit roman que je lui avais prêté l’année dernière et dont j’avais tout oublié.
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En revanche, quand on entend la soupe qu’ils servent en musique à l’entrée des supermarchés, on ne s’attendra pas à des miracles de raffinement, côté bouffe.

01/10/2019 – Après l’hommage qu’Emmanuel Macron a rendu à Charles Aznavour au nom de la nation, la cérémonie pour Jacques Chirac, tout de suite, ça fait quand même plus sérieux. Même si, soit dit en passant, à mon enterrement, ce n’est vraiment pas la peine d’inviter Vladimir Poutine.
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Les anciens présidents français bien sûr étaient présents. Pensez donc, Bill Clinton avait promis de faire le déplacement. Ainsi a-t-on vu François Hollande, Nicolas Sarkozy, et Valéry Giscard d’Estaing pour qui ce fut l’occasion par ailleurs d’une répétition générale grandeur nature.
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Désireuse de rappeler qu’avant d’être un homme d’État, son époux était un homme de goût sachant manier le verbe, Mme Bernadette Chirac réfléchit à faire graver en épitaphe un de ses aphorismes sur sa tombe. Elle hésite encore, parmi ses traits d’esprit les plus insignes, entre Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre et J’ai quand même bien niqué les socialistes.
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Enfin, pardonnez mon opportunisme, mais n’hésitez surtout pas à me faire signe si vous connaissez une bonne biographie du défunt président en anglais, voire en néerlandais. Gros potentiel de vente à la librairie.

30/09/2019 – Cette belle jeune femme qui, la trentaine rayonnante, traverse la route en tenant son fils par la main et qui, dans les yeux de son fils, n’est plus si belle, ni jeune assurément, ni rayonnante, trente ans, rendez-vous compte, heureusement qu’il est là pour l’aider à traverser.
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Il m’aura fallu aller à ce récital de piano pour – concert dans le concert – réaliser l’épouvantable épidémie de toux et d’éternuements et de raclements de gorge qui frappe Bruxelles ces jours-ci.
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Heure de pointe dans le métro, les gens par-delà les regards usés se lancent des sourires complices. La compréhension est réciproque. Moi non plus, semblent-ils dire, moi non plus je n’étais pas destiné à devenir agent immobilier, clerc de notaire, employé de banque, j’aurais été une rampe d’escalier très efficace, un casier à légumes énergique à l’ouvrage, un bac à sable, j’en avais le talent, mais que voulez-vous, la vie n’a pas été clémente.
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L’on pourrait glorifier la magnanimité de Dieu qui, s’Il l’avait désiré ainsi, aurait pu doter le moustique d’une mâchoire de crocodile. Mais quitte à se perdre en conjectures, l’on pourrait tout aussi bien s’interroger sur Son manque d’imagination, et Son incapacité à concevoir le monde sans moustiques.

29/09/2019 – En public, on offre plus volontiers ses rires que ses sanglots. Comme si la tristesse était émotion abjecte, ou ordurière. Une réaction honteuse tout juste admissible chez les enfants. Moi-même, quand il faudrait fuir en pleurant, parfois, je souris comme on enfile un uniforme. Où ai-je appris à faire ça ? Quand ai-je désappris l’authenticité des émotions ?
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Tueur en série au modus operandi millimétré, le jour nouveau s’annonce dans un splendide lever de soleil rougeoyant. Aujourd’hui comme chaque jour sera collecte, impôt, réquisition.
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J’ai escorté un courant d’air jusqu’en sa dernière demeure, puis j’ai guidé une goutte d’eau au pied d’un rocher assoiffé. Alors, éreinté d’avoir tant vécu, je me suis allongé pour prendre mon repos dans l’insomnie.
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Recommander la lecture de tel auteur à tel ami, partager un secret entre initiés. Puis découvrir qu’il l’a recommandé à d’autres, qui à leur tour l’ont recommandé à d’autres, et ainsi de suite, formant communauté dans l’avalanche. Tirer fierté d’avoir été le premier contaminé de cette épidémie inconséquente, le sujet zéro, tandis que déjà on se laisse infecter par un nouveau texte, un nouvel auteur, développer de nouveaux symptômes, toujours les mêmes symptômes, toujours les mêmes symptômes.

28/09/2019 – Sans doute n’as-tu pas tout compris à la théorie de l’évolution, toi qui affirmes que le ridicule ne tue pas.
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Son plus grand fantasme étant de coucher avec des jumelles, je lui offris pour son anniversaire une paire de Nightstar 16×70 munies d’une visée inclinable à 45° et livrées dans une valise en aluminium pour un transport plus facile et plus sûr.
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Le type, quarante centimètres de plus que moi au bas mot et deux fois plus large, des bras comme mes cuisses et des cuisses comme mon tour de poitrine, le crâne rasé à blanc, habillé en tenue de camouflage, ce type qui pourrait m’assommer rien qu’en éternuant, je le croise, et puis rien. Chiffe molle.
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La librairie où je travaille a, je l’apprends, reçu François Hollande l’an passé. Le mois prochain, c’est Nicolas Sarkozy qui sera invité. Deux présidents parmi les plus impopulaires de la cinquième République, tous deux mis à la porte de l’Élysée après un seul mandat. L’on en tirera les conclusions qui s’imposent quant aux autres auteurs qui viendront présenter leurs ouvrages en cette période de rentrée littéraire : rien ne dure.

27/09/2019 – Indiscutablement, Jacques Chirac aura été le dernier grand président français. Un mètre quatre-vingt-dix, tout de même.
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Pour la deuxième fois de suite, j’arrive en retard de dix minutes. La prochaine fois, pour compenser, je viendrai avec une demi-heure d’avance et un bon bouquin. Question de principe.
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Mort, même l’ennemi a droit au respect. Telle est la réaction de Jean-Marie Le Pen à l’annonce de la disparition de Jacques Chirac. Pas adversaire, ennemi. Ce qui serait un beau compliment, s’il ne visait pas à se grandir soi-même.
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Le fauteuil était bancal, mais personne n’en devina rien puisque le type assis dessus – moi – l’était tout autant et de manière parfaitement symétrique.

26/09/2019 – À choisir, je préférerais mourir dans mon sommeil. De toute manière, je ne me souviens presque jamais de mes rêves.
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Le chemin le plus court entre deux points est la ligne droite, comme en attestent le papillon, et les branches du vieux chêne, et la rivière, et l’amoureux écrivant des poèmes, et les enfants qui jouent à loup dans le parc.
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Mais à quoi bon légiférer sur la vivisection, me direz-vous, quand, simultanément, l’on ratifie la trottinette électrique.
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Si j’avais la furtivité et l’habileté du pickpocket, je crois que je m’amuserais beaucoup, dans le métro, à glisser dans les poches des passagers de petits mots sur lesquels j’aurais écrit Vigilance, des pickpockets sont susceptibles d’opérer dans ce métro.

25/09/2019 – Dix mois qu’il ne peut plus aller acheter le journal sans qu’on le prenne pour un hurluberlu, avec son costume et sa barbe. Le Père Noël commence à trouver le temps long.
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Oh la la, cette pluie. On regretterait la canicule.
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J’éprouve une forme de défiance farouche à l’endroit des adultes qui n’ont pas un poil au cul. Ces gens-là semblent avoir quelque chose à dissimuler. Il faut ne pas avoir la conscience tranquille pour se vêtir aussi sournoisement de l’innocence des nouveaux-nés. Raison pour laquelle je me tiens toujours sur mes gardes avant d’octroyer ma confiance à quiconque. J’espère d’ailleurs pouvoir fourrer bientôt mon nez sous le croupion de deux ou trois jeunes femmes récemment rencontrées, m’assurer qu’il n’est pas un peu trop lisse, que l’amitié est possible.
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Mes qualités, d’autant plus éblouissantes que mes défauts sont éclatants.

24/09/2019 – Ne serait-il pas équitable, au nom de l’alternance démocratique, de modifier le code de la route et d’accorder la priorité à gauche pendant un ou deux quinquennats ?
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Encore un mythomane qui soutient qu’il a vu grandir ses enfants.
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L’homme le plus riche du monde et, je dirais même plus, de l’Univers, et du Cosmos.
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La foi soulève les montagnes, ce qui n’a pas empêché Mahomet de devoir aller à elles puisqu’il n’arrivait pas à les faire venir à lui.

23/09/2019 – Comme tous les jours depuis sept ans, pour lui, hier, c’était journée sans toiture.
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Réjouis-toi de l’agonie du grand amour, qui prouve enfin le grand amour.
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La seule question à se poser, dans ces cas-là : à qui profite l’escrime ?
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Revoyant La Guerre des boutons, je me disais que les politiciens d’aujourd’hui manquent de bravoure, avec leurs fermetures éclair, depuis que les bretelles sont passées de mode.

22/09/2019 – Rien de tel, dans une période de brouillard et d’incertitudes, que d’aller à une soirée karaoké en Belgique.
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Il neige de gros flocons de temps qui tombent sur mon nez et collent à mes cheveux.
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Mais on me reproche de forcer le trait comme toujours. Ce n’était pas un karaoké, c’était – nuance – un concert dont la partie instrumentale était pré-enregistrée.
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Ici les chasseurs agissent pour la biodiversité, clame ce panneau. Reconnaissons le pragmatisme de la stratégie. Tant il est vrai que plus on exterminera d’espèces, plus sera valorisée la diversité de celles qui auront survécu.

21/09/2019 – Né en 1981, j’ai l’immense chance d’avoir un grand frère de six ans mon aîné et, surtout, d’avoir eu dix ans quand est sorti Nevermind de Nirvana. D’autres groupes et albums m’ont accompagné au cours des années – je citerais Pink Floyd en premier lieu –, et pas uniquement des groupes de rock. Pendant toute une période, exclusif, j’ai écouté en boucle le Concerto pour violon en ré majeur, op. 35, de Tchaïkovski. Mais avec le recul, je dirais aujourd’hui que Nevermind a été le tout premier de mes albums fondateurs.
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On était des bons petits gars, avec les copains – nous le sommes d’ailleurs restés. On passait nos mercredis et nos samedis à sillonner la campagne sur nos vélos, à douze ans on n’avait jamais pris le métro et, tandis que certains de mes amis d’aujourd’hui découvraient l’herbe, l’idée ne nous serait pas même venue de fumer des cigarettes. On était des campagnards. Pour autant, on savait qu’il se passait quelque chose, ailleurs. On écoutait Nevermind, on dansait et sautait et hurlait et on traversait sans le savoir des états extatiques proches de la transe et c’était comme accoster à ce quelque chose, à cet ailleurs. Et puis, un jour d’avril 1994, on a appris que Kurt Cobain était mort.
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Mes parents vous diront que je n’ai pas vraiment fait de crise d’adolescence. Né pour être un bon petit gars, je n’ai jamais ressenti le besoin de démentir cette prédestination. Quand je suis revenu à Nevermind à vingt-six, vingt-sept ans, plus mature, j’ai cru pouvoir expliquer ceci par cela. Le pouvoir cathartique qu’a eu l’album sur moi. Façon de faire de Kurt Cobain un immortel, dans mon petit mètre carré d’existence.
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Les sociologues s’appuient sur les concepts de génération X, de génération Y, de génération Z. Quant à moi, limité certes par l’empirisme de ma seule expérience, cette nomenclature fondée sur la gaussienne et sur un mode de vie citadin m’apparaît fallacieuse. Je ne m’y reconnais pas. Je n’y reconnais pas non plus les jeunes adultes que je rencontre aujourd’hui. Je leur demande toujours leur année de naissance. Systématiquement, j’observe que la rupture ne s’opère pas tant en 2000 qu’en 1994. Tristesse pour cette génération, qu’on a spoliée de son Kurt Cobain. Mais peu importe, les dés sont jetés. Comme on dit en anglais : never mind.

20/09/2019 – C’est comme aller à Naples et, à la sortie de la cappella Sansevero, acheter une carte postale du Cristo velato. On s’imagine des morts grandioses, chef-d’œuvre dans le trépas, et puis on glisse sur le trottoir et patatras – coup du lapin.
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Lui, plus je le vois, moins il ressemble à son sosie.
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Réminiscence de la princesse au petit pois, trois personnes se sont assises tour à tour et sans inconfort sur le mince recueil de poésie que j’avais posé hier, dans le tram, sur le siège en face de moi.
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Travailler à midi ? À l’heure où même mon ombre part faire la sieste ?

19/09/2019 – Le truc nocif, avec le réchauffement climatique, c’est qu’on en vient à pronostiquer avec assez de pertinence lesquels de nos amis auraient collaboré en 1940.
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C’était un supermarché. Ils en ont fait une galerie d’art. Mais pas d’amalgame, n’est-ce pas, pas de causalité. C’est sans arrière-pensée sarcastique que je tenais à souligner la circonstance.
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La prose de la seiche, trop sombre à mon goût, trop nébuleuse.
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Il y a cette collègue au travail que je trouve plutôt jolie sans qu’elle le soit particulièrement, qu’en tout cas je ne qualifierais pas de souriante tant elle se montre indifférente à mon égard, ce que je lui rends bien, c’est tout juste si nous avons échangé deux phrases en trois mois et à dire le vrai je ne suis pas certain qu’elle sache comment je me prénomme, à laquelle il m’arrive cependant de penser dans les moments les plus inattendus, en voiture vendredi dernier, avant-hier soir alors que je rinçais des tomates cerises, ainsi que ce matin visiblement puisque me vient le désir spontané de l’évoquer ici ; voilà en tout cas un désir rondement exorcisé.

18/09/2019 – Force est de constater les effets dévastateurs de l’alcool chez les jeunes. Par ailleurs, l’on connaît le pouvoir diurétique de la bière. Mais quand même, ce qu’il a dû siffler, le Manneken-Pis.
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Exiger d’un chirurgien qu’il ait étudié treize ou quatorze ans avant de lui confier le moindre cœur à greffer, un foie, un rein. Mais sacrifier chaque jour son libre-arbitre au premier gugusse de passage qui a lu un ou deux bouquins de marketing. Ah, la versatilité des gens.
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Dieu est un taxidermiste sans foi ni loi.
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Après avoir été ingénieur puis gardien de refuge, après avoir donné des cours de mathématiques, de français, de tango, et exercé mille autres métiers, désormais libraire, je crois pouvoir affirmer que je n’étais pas destiné à être conseiller d’orientation.

17/09/2019 – J’aime manger, danser et faire l’amour. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est manger, danser et faire l’amour tout à la fois. Simultanéité extrêmement rare, suffocante presque, que je traverse comme une première approximation de l’immortalité.
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Trois feuilles mortes volant au gré des courants d’air, puis trois gros nuages, puis trois oiseaux en file indienne ; on dirait que Dieu envoie des SOS.
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On concevra le cas limite du type dont le père était québécois et la mère belge, qui né en Bourgogne et ayant passé sa vie en Suisse ne parlait pas un mot d’anglais, ni de flamand, ni d’allemand, ni d’italien, ni de romanche.
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Si vous saviez les endroits où je retrouve mes chaussettes, moi, parfois.

16/09/2019 – Parasol parfait, le nuage n’en est pas moins un piètre parapluie.
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Petit Aigle Sagace que les ancêtres ont visité hier en rêve et qui, dans ses visions, a reçu cette double révélation : non seulement s’appelle-t-il en réalité Loup Bleu de Lune Gibbeuse, mais Les Républicains, ex-UMP, ex-RPR, ex-UDV, ex-UNR-UDT, changeront de nom aussi dans quelques années.
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J’ai en ma possession un stock de paires de ciseaux brisées en leur axe dont je pense me séparer à moitié prix.
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Pro-cra-sti-na-tion. Le temps de prononcer le mot, en effet, il est déjà l’heure de passer à la suite.

15/09/2019 – Depuis que j’ai accepté ce boulot de libraire, je peine à dégager du temps pour écrire. Certains jours, c’est tout juste si je parviens à tenir le fil de ce blog en équilibriste. Aussi, cela va sans dire, tous mes projets de roman sont en pause. En revanche, les circonstances sont tout à fait propices à l’élaboration poétique. Cette compression du temps par le travail me pousse à élaguer pour aller au plus vite à l’essentiel. Je fais mûrir les silences. Voici donc ce poème en avant-première, extrait du recueil auquel je travaille en ce moment :
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Outre l’art d’accoucher en silence, je m’efforce à la continence. Entre pudeur et frugalité, j’apprends à modeler le non-dit en orfèvre, à le tailler comme un petit diamant précieux. Aussi, pour le plaisir, un second poème illustratif de ce que la postérité nommera peut-être ma période silencieuse :
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14/09/2019 – On m’accusera difficilement d’être un vieux pervers lubrique au prétexte que je lorgne systématiquement vers la poitrine des femmes que je croise dans la rue, puis souvent me retourne pour reluquer leurs fesses : en naturaliste, je me fais un point d’honneur à observer parfois les hommes aussi. Et, autant que faire se peut quoique discrètement si elles sont accompagnées de leur père, les adolescentes.
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Nu, debout devant la glace, je me demande pourquoi ces oreilles-là, avec cette forme-là, cette acoustique-là, indissociables de mon expérience de la vie. Mes oreilles seraient-elles prévues pour recevoir un message déterminé, une phrase ou une musique spécifiques, exclusives peut-être, une vérité ontologique qui soudain donnerait un sens à ma vie sans altérer en rien celles des autres ? Si oui, reconnaîtrai-je ce message quand je l’entendrai ? Comment être certain que je ne l’ai pas déjà entendu ? Se peut-il que ma chance soit passée sans que j’en aie rien su ?
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Voilà enfin une bonne nouvelle. Contrairement à ce que j’ai souvent écrit ici, le monde est un endroit merveilleux et de plus en plus agréable à vivre. L’homme est bon par nature, sa générosité sans limites. Le Pape en tout cas s’en porte garant, raison pour laquelle il a, ces six dernières années, canonisé vingt fois plus que son prédécesseur au cours des huit années précédentes.
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On ne combat jamais une addiction qu’en lui substituant une autre addiction moins nocive pour l’esprit et, si possible, pour le corps. Aussi ce matin, gueule de bois d’avoir exagéré hier, acidité des courbatures et tremblements à cause du manque, sur le point de replonger dans l’ivresse jusqu’au milieu de la nuit, j’envisage d’arrêter le tango et de me remettre à la cocaïne.

13/09/2019 – Et parmi les millions investis dans la recherche sur le cancer, la sclérose en plaques, le SIDA, etc., rien, pas même quelques euros pour étudier le vote néo-fasciste.
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Aujourd’hui est un vendredi 13 comme un autre.
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Double défaillance cognitive de la part de l’énergumène qui, au volant de sa berline sportive, rendu nonchalant par l’usage inconsidéré de la marijuana, a failli me renverser avant-hier alors que je traversais la route, et qui a ensuite crachouillé sur un ton menaçant – je cite – on verra ce que t’aurais dit si je t’aurais écrasé – fin de citation.
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Ainsi l’humanité, comme cet asile où les médecins de temps en temps s’installent à la table des patients sans que personne ne s’en émeuve.

12/09/2019 – Telle confiture épiphanique qui me replonge trente ans en arrière, non pas à la manière de la madeleine de Proust, faisant rejaillir un goût occulté de mon enfance, mais en cela que je me brise les dents sur les noyaux mal tamisés.
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Le soleil me fait d’autant plus penser à une grosse, grosse balle de tennis qu’il tend ces jours-ci à s’effilocher un peu.
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La loyauté indéfectible dont il fait preuve envers ses amis l’honorerait si elle ne témoignait pas si ostensiblement d’un aveuglement total, aggravé d’une intelligence ma foi bien ordinaire.
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La Sécurité sociale ne devrait-elle pas rembourser l’achat de livres tels que Le Monde d’hier, Le Pont sur la Drina, etc., aux lecteurs valétudinaires des blockbusters de la rentrée littéraire ?

11/09/2019 – Les amputés, c’est connu, éprouvent des douleurs fantômes, des démangeaisons inapaisables puisque le membre n’y est plus. Au contraire de bien des adultes en parfaite santé qui, dotés par habitude d’un cœur qu’ils ne remettent jamais en jeu, n’en ressentent plus les soubresauts, les asphyxies, les suspensions.
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Mes amis doivent être un peu racistes. Ils ont presque tous fait des enfants blancs.
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Après avoir passé leur vie au premier plan, les Trump et autres Poutine aussi tomberont un jour dans l’anonymat des vieillards. Quelle ironie. Au moment même où, recroquevillés sur leur sénilité, l’on pourrait finalement éprouver quelque sympathie à leur égard.
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Le libraire vous assurera qu’il exerce son métier par passion. Et l’on ne peut lui retirer qu’il aime le livre comme, disons, le charcutier aime le cochon.

10/09/2019 – 50% sur les tartes, annonce le boulanger sur sa vitrine. Autrement dit, pour chaque tarte prise, une tarte offerte. Arrière-goût de catholicisme.
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Nuages vaporeux qui flottent loin au-dessus de mon crâne, mais qui insidieux s’y infiltrent également, profitant de ma porosité pour forcer les oreilles, les yeux, la bouche, le nez ; nuages visqueux qui s’accumulent entre mes tempes pour faire enfler les mauvais rêves.
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On n’est jamais aussi seul que dans la foule.
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Autant de raisons pour lesquelles je garde toujours en réserve un pot ou deux de confiture de fugue.

09/09/2019 – Ce petit restaurateur marocain pensait bien faire, et en effet je dois dire qu’il m’a rendu un fier service en projetant en arrière-plan dans son boui-boui son documentaire un tantinet convenu sur Marrakech. En un sens, il aura achevé de me convaincre.
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J’aborde toujours les inconnus avec humilité. Peut-être ai-je devant moi, sans le savoir, un type de la trempe de Silvio Sabba, connu pour détenir le record mondial du nombre de slips enfilés en trente secondes.
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Je me souviens de ce gros ingénieur américain qui soutenait qu’à la fin du monde, ceux qui auraient le plus de chance de s’en sortir seraient justement les ingénieurs, qui sauront bricoler de quoi survivre avec ce qu’ils trouveront, et plus particulièrement les gros ingénieurs, qui ne manqueront pas de stock de vivres, et plus particulièrement les gros ingénieurs américains, animés comme on le sait d’un esprit d’entreprise à nul autre égal. Preuve que le monde est injuste.
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Il possédait davantage de miroirs que de raisons de s’y mirer, plus de baignoires que de temps pour s’y baigner ; il regardait le temps rouler sur lui comme on enfile un costume élimé.

08/09/2019 – Des mots tels que gérontophile, zoophile, pédophile. Les mots bibliophile, germanophile.
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Tous les moyens sont bons pour nous faire bourse délier. De nos jours, même quand tu vends ton âme au diable tu paies la note de a à z, et triplement.
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On les prendrait pour des frères. Ils se ressemblent comme deux stations de métro.
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Il a du caractère, celui qui cherche le midi de Karachi aux quatorze heures de Jakarta.

07/09/2019 – Septembre, le gris revient baigné d’averses, la rue reprend son rictus renfrogné. Lenteur et fatigue tombent en franges de nos épaules. Une bien maigre réjouissance dans l’inertie, mais une réjouissance malgré tout : bientôt débutera la saison des tisanes au gingembre et au laurier.
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Nos villes orthogonales, leurs angles saillants. L’on déplorera que les architectes et urbanistes n’aient pas passé plus de temps en vélo, à grimper des côtes derrière des femmes en danseuse.
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Trois clous au mur. Au premier j’ai suspendu mon manteau, c’était à la fin de l’hiver dernier. Au deuxième, mon chapeau, dont je n’ai guère eu usage en cet été de sécheresse. Encore libre, le troisième accueillera ma peau après ma prochaine mue.
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La poésie, deux fois cette semaine, prétexte aux retrouvailles. Une émotion difficilement quantifiable, que je me contenterai donc d’effleurer ici. L’heure n’est pas à l’autopsie.

06/09/2019 – Il lui a offert un diamant. Un caillot incolore sorti du côlon de la planète, un caillou sans plus de goût, ni d’odeur, ni de valeur qu’un calcul ôté à son rein.
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Parlant de darwinisme, tiens, j’aimerais qu’on m’aide à analyser l’avantage sélectif qui me pousse à fermer les yeux par réflexe quand, faisant la vaisselle, je laisse tomber un verre, et en quoi cet instinct me rend plus apte à survivre dans mon environnement, au sens de la sélection naturelle, que l’animal qui les garde ouverts pour le rattraper avant qu’il ne se brise.
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Nous mangions sous la lune des abricots trop mûrs ; entre nos dents restaient collés de grands éclats de soleil.
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Oups : j’ai déchiré par mégarde le coin de papier où j’avais gribouillé mes notes du jour.

05/09/2019 – Il lui a promis la Lune. Un caillou gris dans l’univers, un caillou opaque, et mort, et froid.
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C’est mécanique. Si réellement je suis de plus en plus maigre, comme me l’ont répété pas moins de huit ou neuf personnes la semaine dernière, alors je vais finir par disparaître tout à fait. Ou, et c’est une hypothèse qu’il convient explorer, les gens ont les yeux de plus en plus gros.
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L’année avait été si sèche jusqu’alors qu’il fallut revoir le soleil pour réaliser qu’il avait plu.
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J’ai beau observer ma bouilloire attentivement, la scruter sous tous les angles, sa technique m’échappe. Je reste incapable de siffler sans les doigts.

04/09/2019 – Ces pauvres enfants qu’on prive déjà d’avenir, d’une planète où vivre en paix. Et il faudrait les spolier aussi de leur vie de gamin en les envoyant à l’école ? Rentrée scolaire, mes fesses. Laissez-les donc jouer.
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Je ne crois pas connaître de Boniface, d’Hermione, de Moïse ou d’Iris, mais ma mémoire est ce qu’elle est et, dans le doute, je tenais à leur souhaiter une bonne fête aujourd’hui.
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Son nez rappelle la trompe d’éléphant de Ganesh et l’on aurait du mal à nier que ses oreilles pointues de chacal lui donnent un petit côté Anubis – ce jeune homme est beau comme un dieu.
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Les journaux restent étrangement muets au sujet du triple attentat que j’ai commis hier à Paris, en fin de matinée, alors que j’ai laissé pas moins de trois recueils de poésie dans trois métros différents, entre la Gare du Nord et République. Nul mot non plus quant à la lecture à laquelle j’ai participé en soirée. L’omerta règne.

03/09/2019 – Inhumain qui prend l’avion, et monstrueux. Cela vaut aussi pour le train. Moi, simple mortel, j’ai toujours été pris par eux.
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L’orpailleur porte bien son nom, qui rêvant de rouler sur l’or dort sur la paille.
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Et après avoir aiguisé le couteau en bourreau consciencieux, d’un geste vorace mais précis, décapiter l’ananas et lécher son sang à même la lame.
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Combien de réputations soudain abîmées, et durablement, si l’on en revenait au temps jadis où les pages des livres n’étaient pas pré-découpées.
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Amis bruxellois, admirateurs, admiratrices, groupies et thuriféraires, vous qui m’êtes si fidèles, notez dans vos calepins que je donnerai lecture de Heimat ce vendredi 6 septembre à l’espace Senghor, centre culturel d’Etterbeek. Par ailleurs, la boutique maelstrÖm 4 1 4 accueillera en exposition une partie des peintures originales qui accompagnent le recueil. Toutes les informations ici.

02/09/2019 – Chapelets de touristes sous feu la flèche de Notre-Dame, amoureux prenant des selfies à Montmartre, concerts et feux d’artifice sur le Champ-de-Mars ; Paris est sans conteste la pissotière à ciel ouvert la plus visitée du monde.
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La question n’est pas tant de savoir ce que la municipalité a fait des cadenas retirés du pont des Arts à grands coups de coupe-boulon, mais ce que sont devenus les amoureux qui amoureusement les y avaient accrochés en symbole de leur amour infrangible.
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On en profitera, le cas échéant, pour aller s’enquérir de l’étymologie du mot symbole.
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Bananes à la peau lisse qui lentement, après quelques jours, se constellent de taches de rousseur puis, au bout du rouleau, agonisant, de taches de naissance.

01/09/2019 – Nous avions pris ce rendez-vous il y a longtemps, oh, très longtemps. Je lui avais laissé la clef et, arrivé au beau milieu de la nuit comme toujours, il a attendu calmement que je me réveille, retenant sa respiration. Bien sûr, j’ai comme deviné sa présence diffuse, en bordure de mes rêves. J’ai pressenti son souffle imperceptible. Pourtant ce matin, engourdi de sommeil, je me réveille ébouriffé de le trouver déjà là, assis sur mon ventre, aussi ponctuel que de coutume. Un an que je ne l’avais pas revu. Bonjour, septembre, comment vas-tu.
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Le tabagisme passif est un fléau. En premier lieu pour la garrigue.
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Plus que le perroquet qui sans comprendre un traître mot de ce qu’il raconte chante la Marseillaise en coassant, ce qui m’impressionnerait, ce serait d’entendre l’oreiller fredonner un petit Brassens.
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Rentrée littéraire, les librairies du tout Paris ont déployé leur attirail, Victor Hugo et Marcel Proust ne vont pas tarder de revenir de leurs trois semaines de vacances à la Grande-Motte.
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Amis parisiens, admirateurs, admiratrices, groupies et thuriféraires, vous qui m’êtes si fidèles, notez dans vos calepins que j’accompagnerai les camarades Chan Dargery et Germain Tramier ce mardi 3 septembre à la librairie de l’Autre livre, où je donnerai lecture de Heimat. Toutes les informations ici.

31/08/2019 – J’aimerais que la fin de l’été soit terrible, comme quand j’étais enfant, une tragédie accablante digne de Sophocle, d’Eschyle, d’Aristophane, mais non, à la veille de septembre je me contente de couper les tomates cerises, la mozzarella, et, pour prolonger l’illusion, d’agrémenter le tout de quelques feuilles de basilic et d’une belle rasade d’huile d’olive.
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Certains, ils promènent un minuscule caniche au bout d’une laisse, un petit chihuahua imbécile. D’autres, c’est un scorpion colossal, tatoué sur la jugulaire.
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Un abricot après l’autre, une cerise après l’autre, une drupe de soleil après l’autre.
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Saluons toutefois le sacrifice de ce brave homme qui, didactique, défile dans la rue avec ce scorpion colossal tatoué sur la jugulaire pour bien faire entrer dans le crâne de nos enfants que si le ridicule ne tue pas, l’on ne finit jamais vraiment de s’acquitter du coût de la frivolité.

30/08/2019 – Sachant que le coton de ce pantalon a été produit en Ouzbékistan, tissé en Inde, teinté en Afrique du Nord et vendu en Europe, et que d’une étape à l’autre il a parcouru plusieurs dizaines de milliers de kilomètres avant même d’être enfilé, l’on s’estimera heureux qu’il ait gardé assez d’énergie pour mettre un pied devant l’autre sans tituber.
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Allez savoir comment s’en sortira l’homme, une fois réintroduit dans son habitat naturel.
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Enfant, mon père m’a appris à faire du vélo. Plus tard, il m’a appris à faire du patin à roulettes. Puis, à la fin de l’adolescence, le dimanche matin, sur les routes de campagnes et les parkings des supermarchés, il m’a appris à conduire une voiture. Mais les temps ont bien changé et, ce soir, j’ai vu un père apprendre à son fils à faire de la trottinette électrique.
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Et ce n’est pas Diogène qui me contredira.

29/08/2019 – Tomber comme ça d’un coup, toutes ensemble, par millions, alors qu’on n’en avait pas vu une seule en trois semaines. On ne me fera pas croire que ces gouttes d’eau n’avaient pas ourdi leur assaut de longue date.
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Et j’ai de bonnes raisons de penser que les nuages aussi étaient dans la combine.
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La rue de Paris est, à Bruxelles, l’une des plus courtes et étroites de la ville. Simple hasard sans préméditation. N’allez pas imaginer qu’il s’agit de la manifestation urbanistique d’un quelconque contentieux historique, la confession d’un complexe refoulé.
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Une pluie qui malgré tout tombe bien, tandis qu’il y a deux jours je relisais l’Étranger, pétri d’un certain sens tragique, entrevoyant déjà l’abîme barbare dans lequel le soleil doucement plongeait cette fin d’été, une pluie qui tombe à point nommé.

28/08/2019 – Nul doute que j’aurais inventé l’eau chaude si on ne m’avait pas devancé dans cette formidable aventure.
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Prière de mettre votre portable en mode aviron.
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Depuis le temps qu’il tourne, et tourne, et tourne, et tourne, et tourne, le disque du Soleil serait rayé que ça ne me surprendrait pas.
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Journée bien calme, à la librairie. Puis, à trois minutes de la fermeture, une femme : J’aurais besoin que vous me conseilliez un livre en néerlandais, c’est pour une fille de cinq, six ans, mais un livre très populaire, hein, un livre que vous vendez beaucoup, et il faut ab-so-lu-ment qu’il soit écrit par une femme, hein, une autrice très connue, lue partout dans le monde, et surtout pas une traduction, d’ailleurs, un livre écrit en néerlandais par une autrice contemporaine, vous auriez ça ? Et de sourire. Et moi de lui retourner son sourire. Le petit Prince, peut-être ?

27/08/2019 – Sans être particulièrement sensible à son toucher, qui me semble toujours incliner légèrement du côté du trop, je dois néanmoins reconnaître l’intensité que met Daniil Trifonov à jouer les Kreisleriana de Schumann et la manière incandescente qu’il a, en deux ou trois minutes de feu à peine, derrière sa gueule de Lucifer indifférent, de réduire en cendres mes quinze ou vingt dernières années.
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Ça, une canicule ? Onze petits degrés de rien du tout au-dessus des normes saisonnières, et pendant trois jours seulement ? Un peu de pudeur, voyons, un peu de retenue.
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Improbable Blitzkrieg dans laquelle s’est embarqué ce moustique isolé.
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J’aimerais voir la tête que font certains auteurs au moment où ils apprennent qu’ils sont lauréats de tel ou tel prix littéraire prestigieux. Moi, le Pulitzer ? Après Steinbeck et Hemingway ? Le même Pulitzer que Faulkner et Harper Lee pour mon petit roman falot ?

26/08/2019 – Deux heures. Derrière la fenêtre fermée, le monde ressemble mal au monde.
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Trois heures. À la faveur de l’insomnie, du bout des lèvres dans le noir, je murmure des poèmes que tu recevras une nuit où tu ne dormiras pas. Le vent, mon émissaire, se lèvera quand se lever il devra. Il trouvera le moment juste et il te trouvera, toi, où tu seras.
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Quatre heures. Du plafonnier, la lumière tombe brutale et disgracieuse sur moi, mes yeux trop longs, mon regard comme un insecte affolé. Je cherche la compagnie d’un livre ; tu n’y apparais pas, à chaque page il n’est question de rien d’autre que toi. Tu es le plus beau des pays.
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Cinq heures. Dans la cuisine. Gestes nocturnes, ébullition de l’eau, coups de couteau, le riz s’enrichit de teintes estivales. Dégradés de rouge dans le blanc, nuances de vert, d’orange, et les épices, les aromates. Mes mains, meilleures conseillères que mon palais, mes mains cuisinent pour deux car elles savent le chemin qui mène à toi. Et quand le jour se lève, derrière la fenêtre ouverte, le monde ressemble déjà un peu plus au monde.

25/08/2019 – C’est sans arrière-pensée bien sûr qu’après avoir évoqué ce proverbe japonais – si tu hais quelqu’un, laisse-le vivre –, ce camarade croisé par hasard dans la rue repart ensuite à ses flâneries en me laissant vaquer aux miennes.
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Certes, il est parfois nécessaire de s’asseoir sur ses principes. Mais ceux des autres sont bougrement plus confortables.
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Avide de commérages et suite aux jurisprudences établies par Nicolas Sarkozy, remarié avec une chanteuse, et par François Hollande, en couple avec une comédienne, le peuple français est en droit de savoir où en est Emmanuel Macron quant à ses amours secrètes : a-t-il finalement pris une danseuse pour maîtresse, ou une poétesse ?
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J’échangerais volontiers mon existence contre celle, autrement plus enviable, du hibou, qui non seulement sait voler, mais, surtout, la nuit, ne cogne jamais son gros orteil contre le pied d’un meuble.

24/08/2019 – Quoique entrecoupée de sursauts de conscience, cette nuit a été un long cauchemar continu avec, en toile de fond, les incendies qui ravagent l’Amazonie. En particulier, je crois avoir devisé une cinquantaine de manières d’assassiner Jair Bolsonaro. Façon d’abréger ses souffrances. Il faut avoir eu une jeunesse douloureuse pour haïr les arbres à ce point, et une vie d’adulte guère plus joyeuse.
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Son psychanalyste d’ailleurs est formel, le président Bolsonaro est la première victime de ce bouillonnement intérieur. Tout est la faute d’un gamin dont il a hélas oublié le nom et qui trouvait très amusant, à la petite école, de le pincer, de le mordre.
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Revenons un instant à la question du smartphone. Imaginons que chaque SMS envoyé soit un bourgeon dardant ses espoirs sous un bâillement de la canopée. Que chaque coup de fil soit une jeune liane. Chaque vidéo téléchargée, une orchidée. Et ainsi de suite, chaque ananas en hiver un toucan égorgé, chaque hamburger un hectare de jungle parti en cendres. Madame Bovary, c’est moi, disait Flaubert. Eh bien Jair Bolsonaro, c’est toi.
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Mais il convient aussi de voir le verre à moitié plein, et on ne peut pas accabler Jair Bolsonaro de tous les maux qui enveniment la planète. On ne pourra notamment pas lui reprocher d’être à l’origine de la fonte des glaciers brésiliens, et s’il n’y a pas là matière à se réjouir alors je suis un récif de corail.

23/08/2019 – Le smartphone, symbole d’un monde qui n’est pas le mien. Ce n’est pas l’objet qu’ils essaient de me mettre entre les mains, c’est trente ans, sur mon crâne, martelés seconde après seconde.
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Crise d’angoisse l’autre jour, après avoir vu une interview d’Italo Calvino parlant de la Paris qu’il aimait tant, crise d’angoisse en pensant au sort funeste que subiraient ses manuscrits s’il les proposait aujourd’hui aux maisons d’édition, ses Villes invisibles trop ceci, ses Cosmicomics pas suffisamment cela, Si par une nuit d’hiver un voyageur invendable, Madame, Monsieur, malgré la qualité de votre manuscrit, nous sommes aux regrets de etc., etc.
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Nostalgie pour le temps où mes parents m’envoyaient arracher les mauvaises herbes sous la haie, où je devais passer des heures à équeuter les haricots, et passer le balai. Ce que je donnerais, pour m’entendre dire d’aller ranger ma chambre.
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Assurément, le féminin de gars n’est pas garce.

22/08/2019 – L’année dernière, mon fils cadet m’a offert pour la fête des Mères un savon à la glycérine dans lequel était caché un minuscule renard qu’il avait modelé en argile polymérique, m’écrit une amie en référence à cette brève du 6 août dernier où il était question, à mon plus grand regret, de savons fondant sans jamais révéler le secret tapi dans leurs entrailles.
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À ce propos, je vous invite à relire le texte aussi pétillant qu’instructif que Luigi Pirandello a rédigé vingt ans après la première édition de son chef-d’œuvre Il fu Mattia Pascal, intitulé Avvertenza sugli scrupoli della fantasia. Et s’il vous faut apprendre l’italien pour cela, soit : vous n’aurez pas perdu votre temps et me remercierez deux fois.
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Cela dit, et avant toute chose, c’est à moi qu’il incombe aujourd’hui de dire merci : merci à toi, Eli, merci d’avoir offert ce savon à ta mère, et de me démontrer si joliment qu’il y a toujours de l’espoir. Merci de me rappeler que l’enfance, si elle est illusion, est de ces illusions qu’il faut chérir, et prolonger, car elles sont le semis de la vie. Enfin, merci de m’avoir offert cette splendide explosion de poésie : ce savon est le plus beau poème qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps.
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Et désormais quand le ciel tombera sur mon front, trempé jusqu’aux aux os par la pluie, grelottant dans le froid, j’attendrai que la dernière goutte du tout dernier nuage me raconte les mystères que le ciel abrite en son cœur. Et la dernière bouchée de pain. Et ce vieux pull de laine cent fois racommodé, et de nouveau troué aux coudes.

21/08/2019 – C’était la première fois que je prenais le peyote. J’avais passé la cérémonie à me tordre de terreur devant le feu des ancêtres et à descendre, chute inexorable et sans fin, dans la matrice originelle. Le lendemain, alors que les effets de la médecine avaient fini par s’estomper, une tique, la tête plongée dans mon bras, se gorgeait de mon sang. À ce jour, je me demande quel voyage elle a bien pu accomplir, quelles visions elle a eues.
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Serai-je encore anachronique à l’orée du vingt-deuxième siècle ?
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Juger les autres est peut-être un comportement de petit con, mais quand même, reconnaissez qu’il y a de ces gros cons.
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Il distribue de grands sourires, la bouche ouverte pour montrer qu’il ne lui manque pas un seul chicot, comme si on ne voyait pas combien sa bille est lisse.

20/08/2019 – J’avais rarement voyagé dans un train si bondé. Faute de sièges libres, nombre de voyageurs en étaient réduits à s’asseoir sur leurs valises, ou à rester debout dans les couloirs, contre la porte des toilettes. Peut-être certains s’étaient-ils même résignés à s’y installer.
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On trouvait là un véritable condensé de notre société, avec des personnes de tous âges, méli-mélo de toutes langues (on voyageait de l’Allemagne aux mille dialectes vers le trilinguisme officiel de la Belgique), et de tous les continents (à côté de moi une Sud-Coréenne, plus loin des Africains, etc.).
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Pourtant, parmi cette foule bigarrée, un seul voyageur a attiré mon attention. Un homme normal, ascendant banal, la quarantaine bien entamée, de taille moyenne, cheveux bruns grisonnant amplement, dégarni sur les tempes. Monté dans le train à l’aéroport de Francfort, il est descendu à Bonn. Pour tout bagage, il emportait avec lui un paquet de seize rouleaux de papier toilette.
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Ça se confirme, je ne suis pas de ces ascètes qui gardent le meilleur pour la fin.

19/08/2019 – Tristesse des villes touristiques, le lundi matin.
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En Allemagne et aux Pays-Bas, je m’acquitte volontiers d’une pièce de cinquante centimes pour aller aux toilettes. En outre, puisqu’il s’agit de préserver l’emploi, je me soulage le plus souvent à côté de la cuvette.
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Sur le pont, avec le fleuve en arrière-plan, et les grues, et les enseignes lumineuses des commerces, et l’autoroute tout au fond, et le smog urbain suspendu comme un mauvais présage au-dessus des gratte-ciel, c’est bel et bien sa femme et sa fille qu’il cherche à prendre en photo.
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L’une des grandes frustrations de ma vie est que je ne saurai jamais ce que ça fait de danser avec moi. En revanche, l’une des grandes joies de ce weekend aura été de danser avec Michael, et Mariano, et Lukasz. L’impression d’être vierge de nouveau, comme purifié dans le baptême.

18/08/2019 – Quelqu’un un jour m’a dit que la vie est trop courte pour apprendre l’allemand. En ce qui me concerne, j’adapterais le proverbe ainsi : la vie est trop courte pour apprendre l’allemand, et l’oublier.
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Alors danser, pour ne pas trop penser au mot damals.
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L’atmosphère est si chaleureuse, et bienveillante, qu’on en oublierait qu’il y a une porte et que derrière cette porte se déploient un dehors, des routes bitumées vers ailleurs, des câbles électriques supportés par des pylônes. Le monde serait tellement plus beau si tout le monde dansait le tango, dit un enthousiaste frisant l’ingénuité, sans trop savoir pourquoi il dit cela. En guise de réponse, les gens sourient paresseusement. Un peu d’innocence ne fait certainement pas de mal.
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Le seul soldat inconnu qui mérite mausolée est celui qui a combattu à mains nues au nom de la paix.

17/08/2019 – Francfort, je suis déjà venu ici, c’était il y a presque vingt ans, à l’automne. Je me souviens d’une ville trop haute où ni l’air ni l’eau ne circulent, une ville trop grise aussi, et peu m’importe s’il est convenu de l’écrire. À distance de vingt ans rien n’a changé, Francfort est une de ces métropoles bouillonnantes où l’agitation n’est fruit d’aucun arbre. Aujourd’hui je suis soulagé de ne faire que passer, simple étape qui pour tant d’autres est destination.
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Mais je réalise qu’à l’époque déjà, je n’ai fait que passer sans peser. Et partout, depuis, toujours. Aucune destination ne l’est jamais vraiment.
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Je crois pouvoir dire sans prendre trop de risque que je suis, dans ce train, le seul moustachu qui, en route vers un long weekend de danse, écrit de la poésie avec les pieds qui puent l’humidité mal séchée de chaussures bon marché. Mais enfin, sait-on jamais.
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Puis arriver à Dresde, revenir en Allemagne après de longues années et, sur le quai de la gare, passant devant les amoureux réunis, glaner un ou deux baisers imaginaires. Butiner les larmes de joie abandonnées sur le pavé et s’en nourrir. Mêler mon ombre aux accolades des autres. Rien de tout cela ne m’est destiné, ce ne sont que fantasmes, mais puisque personne n’est là pour le faire j’accueille mon retour en Allemagne dans de grandes effusions de silence.

16/08/2019 – Ce siècle de pornographie massive ne retire rien à la littérature du dix-neuvième. Comme les vieux héros romantiques, il m’arrive de défaillir devant la rondeur d’une épaule, devant une cheville bien faite.
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Ce bon vivant n’en fera pas pour autant un mauvais mort.
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J’ai allumé ma première et dernière cigarette à cinq ou six ans – en chocolat, elle a fondu.
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– Tu as vu, le nouveau Modiano sort à l’automne.
– Oui, enfin bon, il écrit bien, Modiano, mais c’est toujours un peu la même chose.
– Quand même, il écrit bien, Modiano.
– Oui, d’accord. Il écrit bien.
– C’est le moins qu’on puisse dire.
– Mais c’est toujours un peu la même chose.

15/08/2019 – Pour lui, la montagne est un triangle tracé à la va-vite sur le dos d’une enveloppe. Clairement, c’est un ambitieux qui ne redoute pas la glissade.
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Le monde n’est plus ce qu’il était. J’en veux pour preuve ce chat qui, il y a deux mille ans, sans autre forme de procès, aurait dévoré la main devant laquelle il minaude aujourd’hui dans l’espoir de recevoir quelques secondes d’attention et une caresse.
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D’un strict point de vue étymologique, tous, nous sommes toxicomanes. Sans exception.
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Et comme dit Simone de Beauvoir à Jean-Paul Sartre un soir qu’elle relisait le Traité théologico-politique de Spinoza, son regard une forteresse de sagacité, J’ai une petite fringale, moi, je mangerais bien une bonne omelette.

14/08/2019 – Ni voyeur ni exhibitionniste, je ne lave jamais mes fenêtres.
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À peine sorti du ventre de sa mère il se mit à pousser d’horribles petits grognements terreux, son corps minuscule, frissonnant, était recouvert de poils, son nez un groin, son dos marbré des couleurs de l’automne ; papa sanglier était très fier de son petit marcassin.
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Partant du principe qu’on est ce qu’on mange, j’ai décidé d’allier l’utile à l’agréable : je ne me nourris plus que de végétariens militants.
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La poésie, comme le tango du reste, est une petite affaire bien désinvolte qu’il convient d’aborder comme s’il s’agissait du premier cri d’un nouveau-né ou, plus précisément, du dernier verre de vin concédé au condamné à mort.

13/08/2019 – D’aucuns reprochent à Freud de nier à l’homme son libre-arbitre et de le réduire à un canevas de pulsions sexuelles refoulées. Ceux-là pour autant ne se risquent pas à proposer modèle plus convaincant.
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Le changement, c’est maintenant, avait prévenu François Hollande – le changement climatique.
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Il y avait samedi matin, en bas de l’escalier qui descendait vers le métro, une poussette abandonnée. Elle était toujours là samedi soir.
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La goutte d’eau qui fait déborder le vase bien souvent est une goutte de mauvais schnaps.
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Merci à Baptiste Pizzinat pour cette note de lecture sobre et sensible au sujet de Heimat.

12/08/2019 – Il y a quelques années, plus sérieux qu’il ne voulait l’admettre, un ami me disait qu’il avait percé mon secret ; et à ce jour il est convaincu que j’écris de la poésie uniquement pour séduire les femmes.
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Le fait est que trois mois après la parution de mon premier recueil, en effet, je reçois chaque jour des centaines de lettres enflammées. Les gens me reconnaissent dans la rue et, du matin au soir, me couvrent de regards débauchés. J’ai même dû cesser de prendre le métro pour éviter les mains libertines. Ce sont des femmes jeunes et belles, bien sûr, en quantités ineffables, mais des hommes aussi, de tous âges, toutes nationalités, avec ou sans taches de rousseur. Je suis tellement sollicité ces temps-ci que mon corps n’est plus qu’un outil délabré. Je crois que je manque de sommeil.
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Soumis à ce régime stakhanoviste, j’ai dû prendre une secrétaire et que voulez-vous, j’en ai fait une maîtresse. Idem avec mon psychanalyste, devenu mon amant. Par crainte, j’ai dû annuler mes rendez-vous chez l’ostéopathe et le dentiste.
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Le problème est que contrairement au philosophe qui jamais ne se baigne deux fois dans la même eau, le poète encore et encore se saigne dans les mêmes mots. Ah ! la vie eût été bien plus douce si j’avais été percepteur des impôts. Dieu, je m’en remets donc à Toi car je me repens d’avoir tant fréquenté la débauche aux côtés du Diable : ô Tout-Puissant je T’en supplie, fais que les gens cessent de lire tant et tant de poésie.

11/08/2019 – Qui sait, l’inventeur de la trottinette électrique est peut-être un de ces visionnaires dont on glorifiera la clairvoyance dans un siècle ou deux.
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La seule maison qui n’ait jamais rapetissé à mes yeux est celle où j’ai grandi.
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En bon catholique, Donald Trump laisse à Dieu le soin de juger son œuvre.
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Si vous saviez les conneries qu’on vend, quand il est question de chats, les gens sont cinglés. Mettez un matou sur un livre, dans un livre, sous un livre, le livre marchera. C’est compulsif, on en ferait rimer chat et achat. Aussi hier, inspiré comme rarement ces dernières semaines, je réfléchissais à écrire un bel ouvrage de cuisine contenant exclusivement des recettes pour nos amis félins d’appartement. Idée géniale s’il en est, qui hélas ne fera pas ma fortune puisque le créneau, déjà pris, est saturé.

10/08/2019 – En ces après-midi de canicule où les ventilateurs tournaient, insondables, pour souligner combien les horloges étaient apathiques, le temps figé dans ses ornières.
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Si peu au fait des bonnes manières que je serais moins angoissé à l’idée de dresser un lion que face à la perspective de dresser une table.
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Après eux, le déluge. Après nous, la sécheresse.
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– Quel âge ont-ils ?
– Je ne sais pas exactement, dans les onze ou douze ans, je dirais.
– C’est un âge charnière, vous savez. Sont-ils plutôt précoces, déjà adolescents ? Ou douze ans encore un peu enfants ?
– C’est difficile à dire, à ce stade.
– Et ce sont des garçons ou des filles ?
– Un peu des deux, je pense.
– Ah, je comprends, c’est pour un groupe. Vous êtes enseignante, ou alors c’est pour une bibliothèque.
– Non, pas du tout, c’est pour mes enfants. Quand j’en aurai.

09/08/2019 – Il est grand temps de rétablir la vérité car la rumeur, parfaitement infondée, a trop enflé : on n’attrape pas d’hémorroïdes en lisant des bons livres.
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Pauvre vieux copain à qui, contre l’amitié qu’il m’offre, je n’ai rien à offrir sinon mon amitié.
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C’était il y a quelques années, j’avais passé douze jours et douze nuits à veiller sous le panneau de signalisation triangulaire bordé de rouge où l’on peut admirer le chevreuil suspendu dans son vol, et finalement, dans le matin splendide du treizième jour, alors que désespérant de le voir atterrir je réprimais un bâillement, l’espace d’une seconde, l’animal posa pied à terre et d’un bond athlétique reprit les airs.
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Émotion : quelqu’un a profité que j’avais le dos tourné pour acheter le bouquin de Juarroz que j’avais glissé dans le recoin poésie de la section espagnole.

08/08/2019 – Course-poursuite sous ma fenêtre, on se croirait dans un de ces programmes en direct à la télévision américaine, la scène vue en plongée de mon troisième étage comme si j’y assistais depuis la cabine d’un hélicoptère : un centième de seconde a pris en chasse le centième de seconde précédent.
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Sourde menace du mot lyophilisation.
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Il faut être tout à fait irresponsable pour endosser certaines responsabilités. Moi, par exemple, je n’aurais jamais pris la charge ô combien délicate de concevoir les règles de la belote coinchée.
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La disparition de Toni Morrison aura au moins confirmé les pulsions nécrophages des libraires, qui se sont rués sur le stock : ses ouvrages sont momentanément indisponibles chez tous les fournisseurs anglophones. Quant à l’appétit charognard du public, il faudra patienter quelques jours pour conclure, quelques semaines. Malgré son Nobel on ne prévoit pas, dans les milieux concernés, qu’elle pèse lourd face à un Philip Roth, un d’Ormesson. Une femme. Grosse dans l’âge. Et noire. Il ne faut pas exagérer.

07/08/2019 – Je repensais hier aux histoires que votre père vous lisait le soir avant d’éteindre la lumière, à votre poupée préférée, à cette cabane qu’une bande rivale avait détruite, à tout ce à quoi vous attachiez de l’importance il y a vingt, trente, quarante ans. C’était à la vie à la mort, alors. Petites choses de rien qui aujourd’hui, de valeur, n’ont que celle du souvenir.
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Et je vous le demande, que sont devenus les livres qui vous accompagnaient comme des meilleurs amis ? Dans quels greniers avez-vous remisé vos poupées, dans quelle poussière ces jouets si précieux qu’il vous insupportait de les prêter ? Et cette cabane sommaire de branches mortes, que vous auriez détruite vous-même en jouant à la guerre, ou pire, abandonnée aux sangliers et à l’hiver pour en bâtir de nouvelles au printemps.
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Oh, comme nous étions volages, à l’époque, et capricieux, quelles merveilleuses petites manies nous entretenions. Et à l’adolescence, les meilleurs amis reniés, les adversités si bien enterrées qu’elles sont désormais oubliées, les amours qui nous feraient rougir de honte. Et plus tard, toujours, constamment. Les jalousies grotesques. Les convoitises. Les triomphes mesquins. Les ambitions. Nous gaspillons nos vie à attacher de l’importance à ce qui n’en a pas.
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L’adulte est un enfant tombé d’innocence en médiocrité.

06/08/2019 – Puis le mégalomane avala tous les médicaments de son armoire à pharmacie et en effet, avec lui, c’est toute l’humanité qui fut anéantie.
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Depuis mon enfance, secrètement, j’attends le jour où le savon révélera le secret dissimulé en son cœur, j’espère y trouver un jouet, un petit message plié sur lui-même, la graine de l’arbre à savon, quoi que ce soit, je ne sais pas, un oisillon qui enfin libéré s’envolerait, mais non, rien, les savons fondent les uns après les autres pour décevoir mes dernières illusions d’enfant.
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Eau non potable. Eau dangereuse à boire. Eau impropre à la consommation. Autant prévenir tout de suite que ce n’est pas de l’eau.
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Puis le mégalomane se réveilla sain et sauf à l’hôpital, purgé de tous les médicaments avalés, et, en effet, avec lui, c’est toute l’humanité qui fut sauvée.

05/08/2019 – Fusillade au Texas, le gouverneur s’indigne. Cette journée, qui aurait dû être normale pour des gens venus faire du shopping, s’est transformée en l’une des plus meurtrières de l’histoire du Texas. Dans un pays où se faire mitrailler est monnaie courante, faire du shopping est en effet une définition de la normalité comme une autre.
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Il faut être lourdement atteint d’anthropocentrisme pour croire que les plants de tomates ont attendu les humains et leurs tuteurs pour produire des tomates.
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Hésitant à la présenter à sa famille et ses amis, et plus réticent encore à les lui présenter, eux, à elle, il tint promesse et l’emmena au bout du monde.
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Comme chacun j’ai mes addictions, mes petits plaisirs coupables. J’aime faire la vaisselle.

04/08/2019 – Mes élans spirituels, trop ardents pour les circonscrire à un seul dieu.
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Moderne, écologique, renouvelable : j’ai embauché un moustique comme réveille-matin. Ce n’est pas tout à fait ça, il sonne de manière intempestive et ne capte pas la radio. Mais on y travaille, on peaufine les réglages.
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Il est plus aisé de faire honneur à ses défauts qu’être digne de ses qualités.
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Effectivement vos soupçons sont fondés, ce très vieil ami ne lit aucun des livres qu’il vous offre chaque année à votre anniversaire, à Noël, dès que l’occasion se présente. Sachez en outre qu’il les achète dans la hâte, à cinq minutes de la fermeture de la librairie, petit détour inoffensif sur le chemin de la fête. Ce qui en soi n’est pas si grave, puisque vous ne les lisez pas non plus.

03/08/2019 – Pour tout vous dire, plutôt que doué de raison, j’aurais préféré être doté d’ailes et savoir voler. Ce serait rien épatant.
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À quoi bon le Mexique, l’Indonésie ou le Japon ? Il y a toujours un Mexique après le Mexique.
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Ne reculant devant aucun stratagème pour attirer l’attention sur lui, mon crétin de vélo est du genre à dérailler quand il passe à côté d’une jolie bicyclette.
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Ce chat dont le ronronnement vous attendrit tant m’a surtout l’air d’un asthmatique à l’agonie.

02/08/2019 – Et déjà, après les cinq ou six premières secondes, dans l’abrazo, savoir que ce tango dérivera d’un absolu difficilement descriptible, cinq ou six secondes immobiles mais empreintes de danse qui soudain légitiment les années d’effort continu, les leçons, les tentatives et les incertitudes, et l’anxiété, secondes qui enfin justifient les longues nuits de tergiversation, la sueur toujours et la douleur aussi parfois, six ou sept secondes et c’est comme n’avoir pas vécu pour rien car il reste les minutes ; c’est comme mourir un peu, mais dans l’exultation silencieuse des béats.
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La sombre nudité d’une ombre, une nuit d’été.
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Lent suicide de l’arbre dont les racines, depuis vingt-cinq ans, attaquent les fondations de l’immeuble qui bientôt s’effondrera sur lui.
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Je suis quelqu’un dont on peut dire que, comme tout le monde, il n’est personne.

01/08/2019 – En forêt, le plus souvent, je reste muet. Trop grande est ma crainte, chaque fois que j’ouvre la bouche, de renvoyer au mutisme des siècles un grand chêne sur le point de livrer son secret.
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Créer de l’emploi ? C’est simple. Il suffit de démissionner.
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Bougies et encens se consument doucement sous la lumière tamisée, l’atmosphère est à la communion érotique, et tandis qu’ils se mêlent jusqu’à ne plus former qu’un corps leurs ombres se détachent sur les murs et semblent s’égorger, s’étouffer, deux monstres informes qui se déchirent et se dévorent.
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Rien n’est pire qu’avoir mauvaise réputation. À part peut-être la perdre.

31/07/2019 – Cas d’école du darwinisme, aucune de ces jeunes femmes en jupe légère et débardeur ne survivra à l’été.
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Les mondiaux de natation sont terminés, Gwangju tourne la page et dilue un peu plus de chlore que de coutume pour nettoyer les bassins après tous ces records battus.
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Affable et sympathique avec tous, il a toujours un bon mot pour faire rire, une oreille attentive à offrir à son prochain, un bras pour faire traverser les vieilles dames dans la rue ; l’égocentrique est trop conscient qu’il n’existe pas sans les autres.
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Ce ne sont pas les amis d’enfance que l’on perd de vue, c’est l’enfance.

30/07/2019 – La probabilité est faible, quand on a publié un recueil de poésie, de le voir en vente sur une aire d’autoroute. Pour ce qui me concerne, je m’en fais une raison.
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Magari. Un de ces mots qui manquent si cruellement au lexique français.
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Sont-ils réellement inconscients, comme je l’ai été à leur âge, qu’un jour ils auront mon âge ?
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Différence indiscutable entre le kilo de plume et le kilo de plomb dont on doit garnir son oreiller.

29/07/2019 – J’aimerais savoir ce que sont devenus les vieux camarades de classe qui, au collège, en cours de géographie, avaient eu vingt sur vingt au contrôle sur les capitales européennes. Savoir où ils en sont, dans la vie.
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J’allume la radio : l’animateur dit Au revoir et à bientôt. J’éteins.
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C’est un jeune cadre dynamite.
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Une fois dans la vie, l’espace de quelques jours, de quelques semaines peut-être, pouvoir observer le monde depuis un cadre photo sur une cheminée.

28/07/2019 – Aurait-on besoin de clefs, de serrures, d’alarmes, de gardiens, de systèmes de surveillance, etc., si l’on était vraiment chez soi, au sens le plus inaliénable du terme ?
//
Ainsi le chat qui, propriétaire incontesté de tous ses territoires, entre et sort à sa guise, qui revient manger et boire quand il le veut, et, surtout, s’il le veut. Est-il utile de préciser qui, du chat et de son maître, est le maître de qui ?
//
Si j’étais sarcastique je dirais que cette deuxième canicule de l’année n’était, au regard de ce qui nous attend, qu’un échauffement.
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Peur viscérale de finir comme ces palanquées de personnes d’âge mûr qui n’ont pas eu le cran de mourir jeunes.

27/07/2019 – Et leur léguer, pour toute hérédité, l’aridité.
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Emmanuel Macron, président de la République française, ne préside donc pas la France, ni les Français.
//
Mon type de femmes ? Celles dont je suis le type.
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Un bon libraire est avant tout un bon menteur.

26/07/2019 – Cette boulangerie a instauré un système de points pour les clients qui réutilisent leurs sachets en papier. Je ne me souviens pas du barème exact, quoi qu’il en soit cinq ou six points donnent droit à une viennoiserie gratuite (gratuit, donc, le croisant du dimanche matin), et après une quinzaine de points on recevra une pâtisserie. Précisons que c’est une très bonne adresse qui propose un assortiment de qualité.
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Ce n’est un secret pour personne : le point commun entre cet étudiante qui part en voyage avec son énorme sac à dos, cette horde de clochards qu’on ne remarquerait pas s’ils n’évoluaient pas en horde, cet Anglais de passage et ce chef d’entreprise finement costumé et à l’allure importante est les toilettes de la gare de Marseille.
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Ce n’est pas après vous que j’en ai, m’explique-t-elle. Sous-entendu : ma collègue responsable des fournitures de bureau serait une incompétente notoire. Au prétexte qu’il n’y a plus que deux types différents de surligneurs.
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Ainsi en librairie comme dans le domaine médical, certains clients, on aurait envie de les prendre en charge comme des patients.

25/07/2019 – Impatient malgré tout de découvrir à quoi ressembleront les canicules quand la canicule sera la norme.
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Qui ne dit mot consent. Sauf dans le métier de l’édition.
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Bien que l’eau ne soit pas mon élément, j’aime la mer. Je crois cependant qu’elle me serait plus aimable si elle se trouvait, plutôt qu’en son pied, au sommet de la montagne.
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Ils ne reculent devant rien. Ils ont même fait fermer les maisons closes.

24/07/2019 – Hier, pour la première fois de ma vie, je suis allé à Montpellier. Une heure, entre deux trains. Et quoi, certains font bien la Californie en dix jours.
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À l’école déjà ils enseignent l’addition avant la soustraction. Pour beaucoup la division semble une opération diabolique, tandis que la multiplication se fait plus accessible.
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Arrive l’heure où il est mesquin de trinquer à la santé du camarade qui, demain, sera resté agrafé au comptoir.
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Les voyages en train d’habitude sont source d’inspiration pour moi, j’en ressors toujours avec quelque observation à partager ici. Sauf aujourd’hui.

23/07/2019 – Sur le mont Saint-Clair, au surplomb de Sète, une croix, une antenne-relais et une grue. Religion, religion, religion.
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Quant à la rue Lacan, elle se conclut en impasse, et cela – détail notable – en ses deux extrémités.
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Petit-déjeuner sur la terrasse, ne vous embêtez pas à débarrasser, nous nous chargerons des miettes, roucoulent les pigeons.
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En poésie comme en toute chose, l’onanisme n’est jamais que la forme ultime de la monogamie.

22/07/2019 – On a tant et tant commenté les errances des Faust, des Dorian Gray et autres Raphaël de Valentin qu’on en a oublié de se pencher sur le cas de ceux qui, dans les millions et les millions, ont vendu leur âme à Dieu.
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Opulence louche et cossue que se concède la fenêtre ouverte.
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Et après avoir porté deux packs d’eau à bout de bras jusqu’au sixième étage, en pleine canicule, il me faudrait encore les boire ? J’estime avoir fait ma part d’efforts ; aussi, hop, bombes à eau sur les passants.
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Contrairement au poète, la mer quand elle se répète ne se répète pas.

21/07/2019 – C’est décidé, et irrévocable, c’est pourquoi je l’annonce ici en toute solennité : je me retire de la vie politique.
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Il y a, à Sète, sur la place de l’hôtel de ville, une maison dont la façade est peinte en vert et où il est très justement écrit, en blanc, LA MAISON VERTE. Si ça n’avait tenu qu’à moi – manière de dire que ces choses-là tiennent à d’autres qu’à moi – j’aurais peint cette mention en vert.
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La mer un jour aura fini de recracher sur nos fronts ce que nos bouches auront fini de vomir dans son ventre.
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Après avoir respiré pour la septième fois l’air de la mort, de moi il n’est resté qu’un mot – un mot égal à lui-même.

20/07/2019 – Libère-toi du rouge à lèvres, du bleu aux yeux, du mascara. Le plus élégant maquillage est ton sourire.
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Chose que je ne m’explique pas, je déteste le café. Tout, je déteste tout dans le café, depuis toujours : le goût, l’odeur, la fausse couleur lavasse ; tout, jusqu’aux gobelets de polystyrène dans lesquels on le sert parfois, sertis de couvercles en plastique ; sans évoquer la traite des Noirs, l’exploitation éhontée des terres et des humains pour engraisser quelques empires déjà trop gras. Ce que je m’explique encore moins, cependant, c’est que le café nauséabond de ma voisine ne m’indispose pas, comparé au roman qu’elle lit et dont elle m’impose la couverture – un roman de Michel Houellebecq.
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On omet de préciser que chez Pavlov, c’est le chien qui conditionne son maître à exulter pour quelques centilitres de bave.
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Couverte de noir la page du poète malgré tout reste blanche. L’on n’y lit rien sinon le fond du fond de soi.

19/07/2019 – Tant de guerres ont été livrées. Et tant de chansons ont été écrites. Mais l’homme est ainsi fait qu’il doit écrire et réécrire toujours les mêmes vieilles musiques, et les jouer comme s’il s’agissait de quelque nouveauté.
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Le soleil est une pomme retranchée de la présomption d’innocence.
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Mes plus beaux rêves, je ne les ai pas faits dans des draps lavés de frais, entre quatre murs blancs et lisses, mais allongé sur un banc rugueux, ou dans les cailloux, sous les étoiles.
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Toutes ces inepties qu’on écrit dans les livres. L’arbre n’était-il pas un roman suffisant, fallait-il le couper ? N’était-il pas le plus beau des poèmes ?

18/07/2019 – Une nouvelle canicule se profile, la seconde en trois semaines et l’été est loin d’être fini, qui certes asséchera un peu plus les nappes phréatiques, mais qui au moins aura le mérite de renflouer les caisses des salons d’épilation.
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Qu’est-ce qui me prouve que ce n’est pas le même moustique qui, inlassable, depuis trente ou trente-cinq ans, revient de l’enfer des insectes pour se venger de la mort qu’inconsidérément je lui ai infligée alors ?
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Le monologue du fou est un dialogue comme les autres.
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J’ignore quel plan machiavélique prépare cet homme par ailleurs anodin, du genre qui passe inaperçu dans le métro, ou à la boulangerie, mais bien naïf qui soutiendra qu’il n’est pas louche d’acheter, au beau milieu de l’été, sans essayer d’en négocier le prix, un agenda.

17/07/2019 – Depuis une heure, ce passereau fait des allers et retours avec des bouts de plastique dans le bec, des filaments, des lambeaux, des débris. Et si au début j’ai cru qu’il contribuait à nettoyer le quartier aux côtés des services de propreté, j’ai finalement compris. Ce n’est qu’un égoïste, un coquet de surcroît, qui ne pense qu’à sertir son nid de jolies décorations colorées.
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Plus qu’il ne désaltère, souvent le vin altère.
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Parmi les femmes qui ont le plus compté dans ma vie, certaines n’en étaient pas encore, d’autres n’en étaient plus, d’autres enfin étaient des hommes.
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Sculptures monumentales érigées à la gloire de rois, d’empereurs, de demi-dieux, aux frontispices lentement rognés par le temps.

16/07/2019 – Et comme Janus aux deux visages, je suis ventriloque et mon cœur parle dans plusieurs voix, dans plusieurs langues.
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L’impression que Dieu l’omnipotent choisit ses fils préférés non pas en Syrie ou en Amazonie, mais dans le pays où naissent les banquiers et les pétroliers.
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Pensez donc, à l’époque il fallait réunir des collèges d’intellectuels pour déterminer qui entrerait dans le dictionnaire des noms propres.
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Joie : c’est mon premier weekend de la semaine.

15/07/2019 – Cuisses de poulets qui, faute de pattes, de hanches, de buste, de cou, d’ailes, etc., en sont réduites à s’entasser dans des camions pour aller au supermarché.
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Avoir un alibi et le crier sur tous les toits, c’est prouver un peu déjà sa culpabilité.
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Encore un poste de jeune fille au pair qui me passe sous le nez.
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Vous savez, il n’était pas nécessaire d’écrire autant de livres pour tomber dans l’oubli.

14/07/2019 – Il faut que tu y ailles, il faut que tu y ailles, mais sais-tu seulement ce qu’est ce y vers lequel tu te précipites ?
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C’est un colosse de deux mètres vingt, un gigantesque Noir aux épaules aussi larges que mes jambes sont longues et je pèse mes mots. Il traverse la ville en pantalon de treillis, muscles saillants sous son débardeur, avec un béret à la Che Guevara. On s’attendrait à ce qu’il porte un fusil mitrailleur en bandoulière. Mais le plus intimidant reste la nonchalance avec laquelle il marche, chaussé de sandales. Un tel homme, s’il porte des sandales, c’est pour montrer qu’il n’a peur de rien, qu’il n’a rien à perdre.
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J’ai cédé le passage à cette trottinette électrique, certes, mais il faut voir avec quel dédain.
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Nombre de mes amis enfilent leur costume du dimanche tous les matins sauf le dimanche.

13/07/2019 – Ce n’est pas pour lancer des accusations diffamatoires à la légère, mais ici la neige n’est jamais blanche, ni les nuages. Les tomates non plus.
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Quant à la mouche à merde, bien sûr elle est programmée pour satisfaire sa nature essentielle de mouche à merde, là n’est pas la question. Ce qui étonne en premier lieu, c’est que tant d’humains programmés pour satisfaire leur nature essentielle d’humains s’acharnent à satisfaire celle de la mouche à merde.
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Dieu, quand il se cure le nez, parfois, ça dure deux ou trois de nos siècles.
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On dit qu’il a grandi sans dent de lait, directement pourvu de ses dents définitives de requin.

12/07/2019 – Mais laissez donc les braconneurs en paix, ils ne font jamais que rétablir un ordre des choses plus raisonnable que celui que l’on connaît. Avec une telle fourrure, le lion n’était de toute manière pas destiné à vivre en Afrique.
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J’ai vérifié. On ne fait pas mal aux murs en se cognant la tête contre les murs.
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Et à la fin on découvrit que le maniaque sanguinaire, dans son camion, avec son sourire suave et sa petite musique pour attirer les enfants, était en réalité un simple marchand de glace.
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Le supermarché est un lieu de culte comme les autres.

11/07/2019 – C’est fait, je peux le dire, le crier, le hurler, j’ai conquis cette victoire un jour après l’autre et sans aucune aide extérieure, dans l’endurance du quotidien et l’abnégation solitaire, et c’est une fierté qu’on ne pourra jamais me retirer : cela fait un an que je porte la moustache.
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Autrement plus futé que l’infirmière, le fossoyeur a bien compris qu’on meurt moins souvent dans un cimetière qu’à l’hôpital.
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Les courbes du corps humain m’auront détourné du droit chemin.
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Parti de zéro, d’une page blanche pour ainsi dire, il écoule aujourd’hui tant et tant de marchandise qu’on peut affirmer qu’il maîtrise les rouages du métier mieux que quiconque. Les mécanismes de la vente n’ont plus aucun secret pour lui, les impulsions qui animent le client, l’art de la communication. Il s’est fait beaucoup d’amis en route, beaucoup d’ennemis. Il en a perdu, aussi. Il ne sait pas vraiment lesquels lui manquent le plus.

10/07/2019 – C’est un vieux sage dont l’empreinte se réduit à l’essentiel, il vit dans le dénuement le plus strict et pour commencer a renoncé à ses cheveux et à ses dents. Avachis, ses muscles ne sont qu’un prélude à la chute de son sexe dans l’abstinence.
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Loin de moi l’intention de meubler, mais n’est-il pas illusoire de prétendre remplacer l’irremplaçable ?
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Emmanuel Macron est typiquement le genre de Picard qu’on imagine mal, enfant, avaler des groseilles par pleines poignées, des framboises, des fraises, les mûres directement cueillies sur les ronciers, et se débarbouiller museau et babines dans le suc rouge d’un bel été.
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Il y a ces choses que j’acquiers de seconde main, surpris que leurs précédents propriétaires s’en soient débarrassées puisqu’elles peuvent encore servir. Et ces autres articles que j’abandonne à leur sort, surpris non pas qu’ils soient là, disponibles, mais que leurs précédents propriétaires aient pu un jour les acheter avec l’ambition de s’en servir.

09/07/2019 – Le fascisme, un mauvais petit jeu de société où la première fois déjà tout le monde avait perdu.
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La mort râle de l’âme orale de la morale de l’amiral.
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Il ne fait aucun doute que comme tous les bébés, Jésus Christ mouillait ses culottes. Mais saura-t-on jamais s’il a pleuré une seconde fois à sa seconde naissance ?
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En voie de disparition aussi, l’écriture ronde.

08/07/2019 – Viendra le jour où, aux enfants de mes amis, je dirai Je t’ai connu grand comme ça. Secrètement, j’espère qu’ils me répondront avec ce qu’il faut de mépris qu’au contraire d’eux, je n’ai pas beaucoup grandi.
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Tout travail mérite salaire ; aussi, étant donné le mal qu’ils se donnent à la tâche, j’espère que les bûcherons affairés en Amazonie sont millionnaires.
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Parfois le destin est un homme gros et laid, transpirant au volant d’une grosse berline climatisée, les doigts fichés dans le nez.
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Incapable de raconter des histoires drôles, je suis de ces personnes qui font rire quand même quand elles racontent des histoires drôles.

07/07/2019 – Étrange banc à cinq jambes, pensai-je avant de réaliser que j’étais assis à côté d’un pirate.
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Cinq matins par semaine, répétitifs, ils se lèvent et, répétitifs, vont au travail pour, répétitifs, rentrer chez eux le soir, et on se demande quel spectacle colossal ils préparent ainsi pendant quarante ans de leur vie, et où les mènera cette irrespirable répétition générale.
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Penser à envoyer un courrier au diocèse pour faire mettre les cloches de l’église en mode vibreur.
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Vous l’avez lu ? me demande une cliente de la librairie, avec en main le best-seller des deux dernières années, rayon développement personnel. Vous devriez le lire. Believe me, you should read it. Et c’est vrai qu’elle m’a convaincu, d’une certaine manière.

06/07/2019 – Bien mal fondé, le mot départ.
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Lestés de l’honneur futile des survivants, deux princes s’apprêtaient à livrer leur dernier combat tandis que le coq, régent de sa basse-cour, chantait sur des coquilles d’œufs brisées.
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Le nombre de pommes de terres qu’une seule mâchoire peut réduire à néant en une vie.
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Aujourd’hui n’aura pas été une journée perdue : j’ai vendu une copie des Cosmicomiche de Calvino en italien.

05/07/2019 – Cent mille dollars à quiconque me dessinera un carré.
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Dieu a fait une faveur à l’épouse de l’aveugle, dont le mari ne cherche pas à voir Dieu partout.
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Il vit en vis-à-vis de sa vie, courant derrière un courant d’air nommé hier.
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L’avantage de travailler dans une grande librairie est qu’on peut vite savoir quels livres se vendent le mieux. Comme on s’en doutait, ce ne sont pas ceux d’Éric Chevillard.

04/07/2019 – Ne le regarde pas, dit cet ami à sa fille tandis que je sors de la douche, il est tout nu. Ainsi, croyant bien faire, inculque-t-on la notion de perversion chez les enfants, et voilà une petite fille de treize mois conditionnée à voir dans l’état de nature les turpitudes de l’immoralité.
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Certes faible, la probabilité existe que je meure à L’Aiguillon-sur-Vie (85).
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Voyant les gens se bousculer le nez plongé dans leur smartphone, j’ai longtemps cru que l’humanité avait touché le fond de l’incivilité. Puis la trottinette électrique a déferlé sur la ville avec son lot d’incidents, d’accrochages, d’accidents et de lésions, et là encore je croyais qu’on avait atteint l’apogée de l’irrespect. Mais non, l’idiotie est un gouffre sans fond et cette génération n’a rien trouvé de mieux que cumuler les effets, et de rouler sur une trottinette électrique le nez plongé dans un smartphone.
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Le Nobel à l’économiste qui aura le courage de renommer la loi de l’offre et de la demande en loi de l’offre.

03/07/2019 – Misogynie patriarcale de nos académiciens, qui font entrer dans leur petit cénacle plus de femmes de ménage que de femmes de lettres.
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Sachant la mode cyclique, et eu égard aux dynamiques socio-politiques de notre temps, je suppose qu’on verra bientôt refleurir la petite moustache à la Adolphe H. sur les sourires de nos compatriotes.
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Il ne suffit pas d’avoir l’ambition d’échouer en tout, encore faut-il en avoir le talent.
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Les cordonniers et les aphoristes sont toujours les plus mal chaussés.

02/07/2019 – Il n’aura échappé à personne qu’ayant promis d’accompagner mon neveu de quatre ans et demi à l’école, dans la pratique, c’est lui qui m’y a emmené.
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(Marius qui, téméraire comme un cactus dans le désert, du haut de ses quatre ans et demi, se proposait dimanche soir de cracher sur les nuages pour éloigner l’orage.)
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Si c’était à refaire, plutôt que des études scientifiques, je crois que je voudrais être un pommier, ou un mince ruban d’air frais après de grandes chaleurs.
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Pour père comme pour mère, le ciel a le ciel et s’en suffit amplement.

01/07/2019 – Ma date de naissance ? Laquelle ?
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Le problème n’est pas tant que les uns soient riches, ni d’ailleurs que les autres soient pauvres, le problème est qu’il y en ait tant à qui ça ne pose pas de problème.
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Tous, on toussait et c’est tout fait : on s’étouffait.
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Nelson ! crie-t-il à son fils pour le sermonner, arrête tes bêtises tout de suite et viens t’assire.

30/06/2019 – Sordide prison qu’est la peau. Plus elle se relâche, plus elle est étroite.
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Comme le jour où j’avais pris un coup de soleil, à Amsterdam, devant les peintures du musée Van Gogh.
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Mes amis, pour la plupart, une bande d’idiots patentés que j’aime tendrement.
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C’est la première fois que la température dépasse les quarante-cinq degrés en France, répète-t-il devant une poêlée de pommes de terre et champignons, la cigarette à la bouche.

29/06/2019 – Si j’en crois le nombre de photos et vidéos qu’elle en prend depuis le départ du train, pour elle, la huitième merveille du monde est son chien.
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Il est curieux qu’après deux mille ans, l’on se représente toujours Dieu en vieux sage barbu. Éternel, il n’est ni vieux ni jeune. Pour ma part il pourrait très bien être un petit garçon maladroit, aux gestes brusques et imprévisibles, qui aime jouer à la guerre.
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Je me faisais un point d’honneur de boire et pisser dans les Alpes cette pleine bouteille d’eau d’Evian que j’avais achetée à Paris.
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Et dans la canicule, arroser les courts de tennis en terre battue.

28/06/2019 – Cette table en bois exotique – plateau d’un bon mètre de large, d’un seul tenant –, quoique somptueuse, aurait fait un arbre autrement plus somptueux.
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Le fakir sur sa planche à clous m’impressionne moins que cette femme filiforme faisant le tapin sur ses deux talons aiguilles. Du reste elle porte trop peu de vêtements pour être soupçonnée de trucage.
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Audace est fleur germant dans le terreau de l’ignorance.
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Comme quoi on peut acheter un bon livre – Embrasse l’ours, de Marc Graciano –, le lire et l’apprécier, après en avoir lu une critique positive. Raison pour laquelle je ne baisse pas les bras, et continue de parler autour de moi de l’autobiographie de Stefan Zweig, Le Monde d’hier, que chaque jour rend un peu plus nécessaire.

27/06/2019 – Les gens jamais ne cesseront de m’émerveiller. Me sera-t-il offert de comprendre un jour mon prochain ? C’est que le couillon qui avant-hier m’avait volé ma vieille selle de vélo trouée, doublement couillon, me l’a rendue hier, quoique pas en mains propres, et comment pourraient-elles l’être, propres, ces mains pécheresses et chapardeuses ? Bref, hier j’ai retrouvé ma vieille selle de vélo trouée sur mon vieux vélo décharné, et ce sans que, double couillon, le voleur ne vienne chercher la proximité promise de ma fesse.
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Cela dit je te remercie, gredin, car voler ma vieille selle de vélo trouée, c’était travailler pour moi en quelque sorte. Merci de m’avoir donné de quoi alimenter ce blog, tu es un ange descendu sur Terre et tes ailes sont vastes comme le tour d’un cornichon.
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Car qui sait si tu n’es pas l’un de mes sept milliards de lecteurs assidus potentiels ? Peut-être que, prosélyte, tu passes tes journées à me faire de la publicité, à dire à tous tes amis de me lire, à tes collègues de bureau, à ta mère. Peut-être es-tu même mon tout premier fan, dans le sens le plus sordide et magnifique du terme, un véritable fanatique, peut-être que tu me suis, que tu me traques, que tu récoltes la poussière que je sème derrière moi, et le sable, et jusqu’à mes selles trouées de vélo. Triple couillon, en ce cas. Tu ferais mieux d’occuper ton temps honorablement. Va donc travailler dans une banque, ou sur une chaîne de montage de voitures.
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Ai-je précisé cependant que le forfait a été commis devant la librairie où je travaille depuis une semaine ? Aussi, point de jugement hâtif. Pour comprendre de quoi il en retourne précisément, il me faudrait savoir ce que tu étais venu chercher, en plus d’une selle de vélo. Cette histoire n’aura pas le même goût si tu es sorti avec Cent ans de solitude sous le bras, un livre de recettes sur la focaccia barese, ou le dernier roman à la mode. Ah, dérélictions et splendeurs de la vie quotidienne.

26/06/2019 – Il me semble malgré tout que le couillon qui a volé ma vieille selle de vélo trouée n’a pas fait une bonne affaire. Le vol pourtant est puni par la loi, et faut-il rappeler que l’envie est un péché capital ? Il n’était d’ailleurs pas utile de s’enfoncer jusqu’en ces profondeurs de la psyché humaine. Ami, si c’est la proximité de ma fesse que tu cherchais, je te l’aurais offerte avec plaisir.
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Vu un aveugle parler à un muet qui écoutait un sourd.
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J’avais prévenu et, au risque de me répéter, en voici la preuve : il m’arrive de me répéter.
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De la même manière qu’il faut lutter contre le gaspillage alimentaire en consommant des fruits et des légumes non calibrés, aux copies neuves et éclatantes des livres, préférez celles, abîmées, qui peuplent le haut des piles ou sont reléguées à la poussière des étagères, sont vouées à la destruction. Le texte en fin de compte sera le même. En outre, feuilletés par tous et choisis par personne, doublement, triplement nourrissants, ces livres arrivent entre vos mains chargés d’histoires insoupçonnées.

25/06/2019 – Canicule, les gens ne rêvent que de climatisation, d’un ventilateur à la limite, en attendant de pouvoir s’enfuir en vacances au bord de la mer, en Espagne, ou en Italie, voire mieux, aller passer dix jours aux Caraïbes ; bref, les gens rêvent qu’il fasse quelques degrés de plus l’année prochaine.
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Mettez quoi que ce soit entre les mains de l’homme, il s’en servira pour tuer. Il a tué avec un caillou, un bâton, un couteau, une bouteille en verre. Avec un sac en plastique, un stylo, un chien. Il a été jusqu’à tuer avec sa Bible et son Coran. Quoi que ce soit, n’importe quoi, même avec un climatiseur il tuera, avec l’alliance qu’il passe au doigt de sa première femme et des suivantes. Et l’on est loin d’imaginer l’enfer qu’il nous réserve avec sa trottinette électrique.
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Plus tu débites de futilités, plus tu risques de faire de l’une d’elles tes dernières paroles.
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Dix heures du matin, une jeune femme donne le sein entre le rayon jeunesse et la section beaux-arts de la librairie où je travaille, là, au milieu des livres, et j’aime à penser qu’elle est venue spécialement pour cela, dans l’espoir de faire germer le goût des belles choses chez l’enfant, et que demain elle ira allaiter dans un musée, chez un bon disquaire, en forêt.

24/06/2019 – Voix nasillarde, insupportable, qu’on qualifierait de sans issue.
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Comme si vos prières allaient remplir leurs assiettes.
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Aucun de ces passants n’aurait de visage, sans mes deux yeux.
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Sainte Marie mère de Dieu, en plus d’une pelle et d’une balayette me voilà désormais titulaire d’un contrat de travail !

23/06/2019 – Certains jours, vieillir me prend un temps fou.
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Prenant exemple sur Georges Pérec, j’ai entrepris l’écriture d’un long lipogramme où manqueront les lettres ש et ῲ.
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Alors l’écume aux lèvres et les yeux injectés de sang il jura que ses enfants marcheraient dans ses pas, et les enfants de ses enfants, et que les mille prochaines générations n’auraient de cesse de poursuivre son œuvre de vengeance ; ainsi fut énoncée la terrible malédiction de la courgette, dont on se demande ce qu’elle a bien pu faire pour mériter d’être ainsi poêlée et mordue par tous.
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Avec quel bagage je viens ? Je suis né les mains vides.

22/06/2019 – Tout tombera dans l’oubli, aussi n’ai-je pas honte de ma mauvaise mémoire. Au contraire je tire fierté de ma précocité.
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Impossible de raisonner avec le moustique. Ouvrir la fenêtre pour l’inviter à sortir en toute dignité n’y fera rien, ni discuter. Alors on recourt à la violence, mais là encore c’est peine perdue. Nul sacrifice édificateur pour ses congénères, l’insecte n’est pas plus câblé pour la répression que pour la prévention.
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Comme un dieu. C’est-à-dire : comédien.
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Au troisième jour de travail, si je fais le compte, une quinzaine de personnes m’a souhaité la bienvenue, et deux m’ont souhaité bon courage.

21/06/2019 – Question de logique pure. Simple application de la poussée d’Archimède. Pour faire baisser le niveau des océans, grappiller du volume d’eau en vidant les océans de tous les grands mammifères.
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Je ne vole personne quand je prends une pomme sur un étalage sans la payer ; et qui donc ? Le vendeur assez sot pour acheter à un autre vendeur une pomme qui avait poussé sans prix ni étiquette ? Le producteur qui a volé la pomme à l’arbre sans rien donner à l’arbre en retour ? Le pépiniériste qui a volé au pommier sa dignité de pommier en lui faisant subir chaque jour des dizaines de traitements insecticides, fongicides, acaricides, pesticides ? Non, vraiment. Je crois que je ne vole personne quand je prends une pomme sur un étalage sans la payer.
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À ma table de travail, un crayon de papier et une gomme. Oui, je suis un nostalgique.
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Quand je commence un nouveau boulot je prends toujours mes collègues pour modèle, de manière à ne pas commettre d’impair. Pas d’initiatives les premiers jours, ou si peu. En tout j’imite les plus anciens. Le problème, en librairie, est que les clients repartent irrités, et sans comprendre pourquoi je mets tant de vigueur à leur conseiller des livres qu’ils ont déjà entre les mains.

20/06/2019 – Je ne serai pas comme ces vaniteux qui leur vie durant s’échinent à parler de tout sauf de la pluie et du beau temps, et qui une fois retraités n’ont plus aucune autre préoccupation : depuis ma plus tendre enfance je fais mon pain quotidien de la météo, de manière à épuiser le sujet et occuper mes vieux jours entre Spinoza, Chopin et, peut-être, un doctorat en astrophysique ou en anthropologie.
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En l’occurrence, la lutte contre le dopage nous assure de voir un certain nombre de records effacés par les records précédents.
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Ci-gît Blanche-Neige, victime d’au moins deux sortilèges. Typiquement le genre d’épitaphe qu’on ne lira pas sur ma tombe.
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Replonger dans le ventre de la bête.

19/06/2019 – Malgré ce qu’on en dit, ce qui ne nous tue pas nous rend plus morts.
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Quel crédit leur accorder quand, une fois avalés leurs longs discours sur l’index glycémique du pain et la nocivité du sucre, une fois digérés les sermons sur les acides gras du beurre, sur le gluten, le sel, les arômes synthétiques, les colorants et les acidifiants, ils se replongent dans le dernier roman de Grégoire Delacourt ?
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Querelles historiques entre Rousseau et Voltaire, entre Macron et Merkel.
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Idole de l’industrie pornographique, il a un peu honte d’avoir envoyé son fils à Polytechnique.

18/06/2019 – C’est Bruxelles qui pétille, sorte d’effet collatéral du surréalisme qui a fait la gloire de la ville. Traversant une petite place à toute autre pareille où elle n’a pas vraiment de raison d’être, je pense à C., certain que je la trouverai là, par hasard, car sa présence est tangible et l’air soudain se fait plus dense.
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Mais je suis sorti trois minutes en avance de chez moi et bien sûr ce n’est pas C. que le hasard a conduite en cette place à toute autre pareille, mais F., attablée avec des amies, il est question de Canada. Bonjour, au revoir, trois minutes ont passé, il est temps de poursuivre mon chemin.
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Et en effet j’y trouve C., sur ce chemin où visiblement elle ne m’attendait pas – pas encore, ou toujours pas, saurai-je jamais –, c’était écrit pour ainsi dire. Sa surprise en dit long sans rien en dire du tout, mais comment invoquer le hasard puisque je l’attendais ?
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Puis, quand je quitte C. – manière de dire, je pars avant qu’elle ne me dise qu’elle doit partir –, soudain, l’envie inexplicable non pas d’apprendre l’espagnol, mais de le savoir, comme dans se souvenir. Et comme je l’écrivais en préambule c’est Bruxelles qui pétille, sorte d’effet collatéral du surréalisme : je ne crois pas que C. soit particulièrement hispanophone.

17/06/2019 – Perfection de ces mots dont la forme épouse l’idée. Libellule.
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Dernier rejeton d’une longue lignée de médecins, de moins en moins certain de vouloir suivre l’exemple tutélaire du père, des oncles, du grand-père et de tous les aïeux de la famille, chaque matin devant son miroir il se posait la même question : toubib or not toubib.
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Je ne suis pas misanthrope. Ce sont les gens qui sont terriblement haïssables.
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Un seul nuage minuscule, diffus, transparent, unique nuage de rien et si peu nuage au vrai qu’il semble allégorie de l’ironie, ou peut-être même de l’insolence, inutile petite masse d’eau à la dérive sans laquelle cependant on douterait de l’existence du ciel.

16/06/2019 – Vu, à Liège, une affiche pour la soirée Pot-au-funk. Fabuleux.
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J’ai des préjugés, comme tout le monde. Mais les miens au moins sont les miens.
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– Le prof de philo dit que ma fille fait les meilleurs dissertations de toute la classe.
– Moi, la mienne, le proviseur dit qu’elle fait les meilleures pipes de tout le lycée.
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Une galerie d’art où les œuvres ne sont pas celles, factices, canular dénué de concept, accrochées aux murs et disposées dans la salle, mais le public lui-même, qui déambule d’un air entendu en criant au génie des œuvres accrochées aux murs et disposées dans la salle.

15/06/2019 – La stupidité est une forme de sagesse, pourvu qu’elle soit partagée.
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(Notez qu’on peut comprendre la phrase précédente de plusieurs manières, toutes étant justes par ailleurs, et ce en proportions égales.)
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Entre pudeur et peur de me désintégrer, il m’arrive parfois, devant une belle femme, de ressentir un désir si impulsif, si impétueux, que je dois détourner le regard pour contenir mes transports. En outre j’ai étudié assez de mathématiques pour ne pas en déduire que toutes les femmes qui m’ignorent me désirent.
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Circonstances où je me demande ce qu’un Pérec aurait observé, pensé, écrit, un Scutenaire, ce qu’un Chevillard observerait, penserait, écrirait. Circonstances où je me suffis à moi-même.

14/06/2019 – La première cause de sans-abrisme chez les femmes est la violence conjugale, m’explique ce jeune homme en quête de dons. Il y a de quoi se révolter, en effet ; et d’une pierre deux coups, considérant que le meilleur moyen d’éradiquer l’insupportable mot sans-abrisme est d’éradiquer le sans-abrisme, je vide mes poches.
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Je me sentirais presque coupable. Depuis quelques jours, alors que je finis d’assembler un recueil de poésie dont le titre de travail est Adossé à la sécheresse, il pleut et pleut et pleut des trombes d’eau.
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D’aucuns se proposaient de mettre la république en marche. Force est de constater qu’elle s’est mise à la trottinette électrique.
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Tous mes amis étaient fantômes jusqu’à ce que je les rencontre – et moi pour eux. Certains le sont restés – même remarque.

13/06/2019 – Il ne faut jamais s’indigner d’avoir échoué à un concours, encore moins se satisfaire d’y avoir été couronné de succès. Vos résultats dépendent de la valeur du jury bien plus que de celle de votre travail.
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– Papa, le train il part bientôt ?
– Dans trois minutes, ma puce.
– Une minute une minute un quart une minute trente une minute trois quarts deux minutes deux minutes un quart deux minutes trente deux minutes trois quarts trois minutes. Papa, pourquoi le train il est pas encore parti ?
– Dans deux minutes trente, ma puce.
– Une minute une minute un quart une minute trente une minute trois quarts deux minutes deux minutes un quart deux minutes trente.
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Délibérer : réenchaîner.
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– Papa, le train il arrive bientôt ?
– Dans cent quarante-sept minutes, ma puce.

12/06/2019 – Il m’arrive de me répéter. Il m’arrive de me répéter.
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Vos messes sont désertes alors que les rues sont pleines ? Allons, messieurs, un peu de jugeote, il me semble que vous pourriez résoudre efficacement et la crise du logement et celle de l’Église catholique.
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La théorie de Pavlov ne prend pas sur le chien de mes voisins. Depuis trois mois que je lui demande quinze-cent-quinze, pas une seule fois il n’a répondu Marignan.
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Keep calm and read les Miss et le Nez.

11/06/2019 – Si le prédicat des dieux est l’infini, alors on peut dire que certains humains accostent au divin en leur bêtise.
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Il a le cœur sur la main. À part quand retentit la Marseillaise. Là, il a la main sur le cœur.
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J’aime les phrases longues. Et les fesses rondes.
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À ceux qui demandent ce que vous faites dans la vie, retournez la politesse et demandez pourquoi ils font ce qu’ils font.

10/06/2019 – Je me souviens d’être allé au cirque, enfant. Je n’avais pas vu la différence.
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Généreux il partage tout avec tous, ses odeurs, sa transpiration, ses gaz, ses ronflements. Son altruisme est encore plus flagrant quand il s’agit de colporter ses opinions. Il en a sur tout, sur tous.
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Au cours de mes études, j’ai passé un certain nombre d’heures à diagonaliser des matrices et à résoudre des équations différentielles. J’ai également joué à la belote coinchée.
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C’est un poète engagé. Il en a la tonalité, le style, le rythme. On pourrait même dire qu’il est en croisade. Contre la poésie.

09/06/2019 – Je te dédie cette pensée, toi qui ne la liras jamais
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Nul silence ne saurait être parfait si quelqu’un est là pour l’écouter.
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Qu’est-ce qu’il vous fallait, me demande la boulangère alors que vient mon tour et qu’ostensiblement il me le faut encore.
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Adulte, on perd en spontanéité. Essayez de renaître.

08/06/2019 – Un grand délinquant grandiloquent.
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Mes amoureuses, qu’elles soient étoiles filantes dans ma vie ou comètes qui viennent et reviennent, toutes mes amoureuses restent irrévocables en mon ciel. J’aime encore et aimerai toujours qui j’ai aimé, ou alors je n’ai pas aimé. Quant à moi, je serais déjà heureux d’être simple traînée de poussière en leur mémoire.
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Chauve, comme pour prouver qu’il n’a rien à cacher.
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Seul le poète parvient à glisser la sphère parfaite du soleil entre les huit angles droits du livre.

07/06/2019 – Elle a commencé à la table de Churchill, pour finir à celle de Donald Trump. Difficile fin de règne pour la reine Elisabeth.
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Chacun sa drogue, Tom Buron, ai-je dit un jour, et si je devais rester l’homme de cette seule phrase, alors soit, au moins serais-je l’homme d’une phrase.
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C’est à la troisième tentative, essayant en vain d’enfiler mon slip de bain, que j’ai réalisé que c’était en fait le bonnet.
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En voilà un dont on peut dire qu’il est ce qu’il mange. C’est un porc, et un bœuf un peu aussi, et une courge.

06/06/2019 – La mauvaise nouvelle est que je n’en ai pas de bonne. La bonne étant que je n’en ai pas de mauvaise.
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Il n’y a guère que le muet que je croie sur parole.
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Comme la sagesse du sage, la générosité du généreux n’est que mollesse d’esprit, inclination à une disposition naturelle dont on aurait tort de se vanter.
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Ce chat qui passe ses journées à dormir m’a en réalité tout l’air d’un jaguar atteint de nanisme et attendant le bon moment pour sauter sur sa proie.

05/06/2019 – Gros type en face de moi dans le train qui porte une grosse cravate et de grosses lunettes de soleil, et dort avec ses gros doigts croisés sur son gros ventre, ses grosses jambes étendues sous le siège devant lui, tout dans son attitude laisse à penser qu’il est quelqu’un d’important, tout au moins qu’il se considère ainsi, quelqu’un de très, très important, mais enfin, pour ce qui me concerne, c’est un gros, gros type avec un gros, gros ventre.
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N’ayant pas de moutons à disposition pour tondre la pelouse, ils doivent régulièrement y faire descendre une vingtaine de joueurs de football et trois arbitres.
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Dans ses fameuses Inscriptions Louis Scutenaire écrit laconiquement Et le philosophe s’encule-soi-même. À quoi j’ajouterais que comme tout un chacun le philosophe encule ses enfants et les enfants de ses voisins.
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Je vous accepte tels que vous êtes, avec vos qualités et mes défauts.

04/06/2019 – Monsieur C., très déçu que Monsieur T., son plus vieil ami, ne soit pas venu à l’enterrement de sa femme alors qu’elle avait fait plus de trois cents kilomètres pour venir au sien.
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L’impertinence n’est pas antonyme de la pertinence. Au contraire.
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Si l’on s’en réfère au seul critère anatomique, le plus petit dénominateur commun à tous les humains mâles n’est pas le fait d’avoir un pénis, mais d’oublier souvent qu’ils sont affublés également de tout un corps autour.
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Je est un autre, Rimbaud. Faut-il être cuistre pour oublier la virgule dans la citation.

03/06/2019 – Être si riches déjà, et continuer pourtant à travailler. J’ai de la peine pour eux, et de la gêne.
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L’on se souvient des mots que Rilke écrivit au jeune poète : Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : « Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. Et l’on aimerait que chacun se pose la question avec la même fermeté, la même rigueur intellectuelle au moment de faire des enfants.
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La morale est chose indispensable. En particulier pour qui manque d’imagination.
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Les temps changent. Il y a trente ans, ils buvaient gentiment du Beaujolais et dansaient la danse des canards. Aujourd’hui, ils boivent gentiment du Beaujolais et votent pour Marine Le Pen.

02/06/2019 – Garant de la sagesse vernaculaire, le vieux du village a le visage si buriné qu’on le dirait ciselé par la main de Dieu lui-même. Regardant les Pyrénées au loin, il m’explique que quand on voit les montagnes aussi distinctement, c’est qu’il va bientôt pleuvoir. Et ajoute que quand on ne les voit pas, en général, c’est qu’il pleut déjà.
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Ce qui est incroyable avec les auteurs à succès, c’est que personne au fond n’a besoin de lire les romans qu’au fond ils n’ont pas besoin d’écrire.
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Heureusement j’ai un bon sens de l’orientation, car n’ayant toujours pas trouvé l’interrupteur ça fait trois nuits que je pisse dans le noir.
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Nul n’est plus opprimé par le tyran que le tyran.

01/06/2019 – Littéralement, le pastis landais est au pastis marseillais ce que le pastis marseillais est au pastis landais.
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Je suis le dernier dieu des mythes d’antan, un démiurge omnipotent, logos fabuleux ayant pouvoir de vie et de mort sur ses fidèles ; c’est en tout cas ce que semble penser ce scarabée qui moulinait les pattes en l’air et que j’ai remis en ordre de marche d’une chiquenaude nonchalante.
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Les oiseaux chantent aussi quand personne n’est là pour les entendre.
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Délicatesse scrupuleuse de la goutte d’eau, qui rechigne à favoriser aucune couleur en l’arc-en-ciel. Sois une goutte d’eau.

31/05/2019 – Offrir des fleurs, distiller dans le salon un lent parfum de mort.
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Je suis un musicien qui ne joue d’aucun instrument, ce qui ne fait aucunement de moi un musicien raté.
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Faut-il être pauvre en esprit pour mettre et remettre la cerise sur le gâteau et s’en émerveiller encore. Oh, ne me demandez pas ce que l’homme subtil en fait, de cette cerise. Certains secrets appartiennent aux seuls initiés.
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Pouvoir monumental de la goutte d’eau, qui fait déborder le vase et céder les barrages. Sois une goutte d’eau.

30/05/2019 – Le succès ne s’encombre pas plus du talent qu’il ne s’embarrasse du génie.
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Alliant le geste à la parole le gardien du phare dit vague, et dit vague, et dit vague.
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J’ai fait l’amour avec un certain nombre de mes amies, et je dois dire que briser ce tabou a toujours simplifié les choses. Je n’ai par contre que rarement noué amitié avec les femmes avec qui j’avais fait l’amour. Par crainte de compliquer les choses.
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Équité de la goutte d’eau, qui tombe sur le faible comme sur le puissant, et désaltère également le moustique et le lion. Sois une goutte d’eau.

29/05/2019 – On trouvait ça folklorique, à l’époque, quand un illuminé gueulait dans la rue que la fin du monde était proche. Ces jours-ci, ça fait déjà moins rire.
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Quel compliment as-tu bien pu recevoir hier pour sembler si triste aujourd’hui ?
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J’aurais volontiers des petits-enfants s’il ne fallait pas pour cela avoir des enfants.
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Frivolité de la goutte d’eau, qui tantôt se fait larme et tantôt flocon de neige. Sois une goutte d’eau.

28/05/2019 – Petit rituel nocturne, je comptais les moutons pour m’endormir, et figurez-vous que mon cheptel avait augmenté d’au moins deux cent trente-six têtes sans même l’intervention du vétérinaire.
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Huit ou neuf ans après avoir planté ce pommier, il s’est pris les pieds dans un tapis et, chutant, s’est brisé le poignet. Bien que les deux événements soient indiscutablement décorrélés, désormais il ne peut s’empêcher de réfléchir à deux fois avant d’entreprendre quoi que ce soit.
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Or, comme on dit chez moi, n’offre qu’une seule de tes deux oreilles à la personne qui commence sa phrase par comme on dit chez moi.
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Humilité de la goutte d’eau, qui pourtant porte en elle de quoi apaiser la fureur de l’incendie et attiser l’embrasement de l’arc-en-ciel. Sois une goutte d’eau.

27/05/2019 – Sensation de malaise qu’on éprouve quand on doit monter un escalator à l’arrêt. Cette même sensation qui m’étreint lorsque je croise un nostalgique du fascisme. L’impression désagréable qu’un moteur qui devrait tourner ne tourne pas.
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De mes deux séjours en Amazonie, je suis revenu avec une toute nouvelle conception de l’égarement : dans la jungle, quand on est perdu, on l’est irrémédiablement. Car quelle direction privilégier quand toutes sont égales, quand tout est vert et se ressemble, quand le premier humain se trouve à des dizaines de kilomètres ? Manière de relativiser. De l’Amazonie, je suis revenu avec la certitude qu’il est impossible de se perdre en cette Europe si densément peuplée où l’on verra inévitablement surgir une ligne électrique au loin, si l’on marche assez, une route, un champ, une maison. Puis, hier, j’ai réalisé mon erreur. Au lendemain des élections, nombreux sont les Européens perdus en leur propre maison.
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Aujourd’hui encore, je m’apprête à remplir ma journée de ce que les gens qui remplissent leurs journées de futilités qualifieraient de futilités.
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Perfection de la goutte d’eau qui, divisée en deux, reste goutte d’eau. Ainsi, de même, pour l’océan. Sois une goutte d’eau.

26/05/2019 – Il y avait au collège cet imitateur fanatique qui faisait tout pour me ressembler, ce que j’ai constaté dès le premier jour de la rentrée puisqu’il est arrivé avec deux yeux, une bouche et deux oreilles – sans compter qu’il était droitier
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À mon grand regret je ne saurai jamais s’il est plus difficile de devenir pape ou de le rester.
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Ne devrait-il pas se réjouir de la savoir encore en vie plutôt que se plaindre qu’elle ronfle ?
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Jamais atteint du syndrome de la page blanche, le compositeur. Il lui reste toujours les cinq lignes de la partition.

25/05/2019 – Concours de circonstances ou sortilège je ne saurais le dire ; le fait est que tout le monde dormait à poings fermés, avant-hier en fin d’après-midi, dans le bus entre Bruxelles et Lille, tout le monde sauf le conducteur évidemment, et c’est heureux sans quoi je ne serais plus là pour divulguer le fruit de mes observations, bref, tout le monde dormait dans ce bus sauf le conducteur, et moi, sans quoi je n’aurais pu faire cette observation et la formuler ici, bref, tout le monde dormait dans ce bus, sauf le conducteur, et moi, ainsi que quelques autres passagers assis ici ou là.
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Lu à Lille, sur chacune des statues exposées le long de la rue Faidherbe dans le cadre de Lille3000 Eldorado : Aujourd’hui en 2019 n’ayons plus peur d’être les nouveaux Conquistadors ! Pillons ! Éventrons la Terre s’il le faut, pour nos nouveaux Eldorado. Nulle trace d’ironie là-dedans, et quand bien même. Indignation. Envie de vomir.
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Penser à rappeler aux scientifiques d’ajouter les sources, les torrents, les terres arables et l’air pur à la liste des espèces en voie de disparition.
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Le miroir qu’on ne brise pas finit toujours par nous briser.

24/05/2019 – Mon premier recueil de poésie sort ces jours-ci et déjà, si c’était à refaire, je l’écrirais tout autrement. C’est que j’ai trop peu de mémoire.
//
Toutes nos légendes sur les dragons ne valent pas un pet de chèvre, comparées à ce que les dragons racontent à notre sujet au coin du feu.
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Ce n’est pas pour rien qu’en Picardie on prononce r’nard au lieu de renard. On a recyclé le e pour dire peneu au lieu de pneu.
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Plus qu’un dialogue de sourds, ça m’a tout l’air de deux monologues de cons.

23/05/2019 – J’ai assisté à bon nombre d’exécutions capitales en public, à cela près que par pudeur on appelait ça baptême, mariage, communion.
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Ce n’était pas lui qui entrait et sortait, entrait et sortait, entrait et sortait, mais son préservatif.
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Or, comme on dit chez moi, jamais trois sans quatre.
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D’un naturel curieux, je me demande si je vivrai assez longtemps pour savoir quand et comment je mourrai.

22/05/2019 – Faille temporelle où le futur coïncide avec le présent, où sans avoir fini d’écrire cette phrase j’ai déjà fini de l’écrire.
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L’égalité des sexes ? Les hommes ont déjà assez de mal à accepter que leur voisin ait une plus belle maison pour supporter en prime que la voisine ait une plus belle voiture.
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Tous les bébés se ressemblent, avec leurs petites pognes et leur peau fripée. Puis, adultes, ils s’habillent de gris.
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Le désert ne l’est jamais autant que quand on y trouve une empreinte humaine abandonnée, sans origine ni destination.

21/05/2019 – La condition humaine ne pèse plus sur mes épaules comme une fatalité depuis que je mange du miel : plus jamais ma tartine ne tombera du côté de la confiture.
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Il est facile de vilipender la tradition d’autrui à l’aune de nos propres convictions. On éradique bien des pinèdes pour Noël, nous.
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Penser que rien de tout cela n’aurait eu lieu si madame Hitler, qui avait perdu les trois premiers à la faveur de la diphtérie et qui, il faut le dire, s’ennuyait un peu, n’avait pas voulu refaire un môme. Foutue horloge biologique.
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Ma bonne volonté n’y fera rien, j’ai de trop grands pieds pour laisser des traces d’étourneau dans le sable.

20/05/2019 – Indépendamment de la question religieuse, plus de quatre-vingt-dix-neuf pour cent des hommes de mon entourage se déclarent révoltés par la seule idée du sexe anal, et écœurés même, à proprement parler, quand c’est leur cul qui est en jeu.
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Un avantage de ne pas avoir d’enfants est que je ne risque pas de les oublier sur une aire d’autoroute après une pause.
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Par ailleurs, même quand il ne s’agit pas de leur cul mais de celui de leurs femmes ou de leurs amoureuses, plus de quatre-vingt-dix-neuf pour cent des hommes de mon entourage se déclarent révoltés par la seule idée du sexe anal, et écœurés même, à proprement parler, quand leur bite n’est pas en jeu.
//
La vision européenne heureusement n’est pas synchronisée avec l’Eurovision.

19/05/2019 – Par un effet que je ne m’explique pas, mes cheveux tendent à boucler dans les jours de grisaille, ou de brouillard, quand le fond de l’atmosphère est humide. Par un effet que je m’explique encore moins, ils bouclent aussi après l’amour. Coïncidence qui m’a causé bien des fâcheries imméritées.
//
Une mouche en villégiature au bord d’une cuvette de toilettes.
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Il faudrait, pour que les Trump, Poutine, Bolsonaro, Erdogan et autres fantoches de notre temps restent dans les livres d’histoire, qu’il reste, après eux, une histoire à raconter et des livres où la consigner. Époque dorée pour les dictatures démocratiques.
//
Résumer La Recherche à l’épisode de la madeleine, ou Don Quichotte à celui des moulins à vents, revient à résumer l’ensemble de l’œuvre de Marc Lévy à la première phrase de la première page de son premier roman. C’est réducteur. Mais pas exagéré.

18/05/2019 – C’est que je serais en retard, moi, ce matin.
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On connaît les stratégies évolutives de ces plantes qui, pour coloniser de nouveaux territoires, produisent des graines qui s’agglutinent aux intestins des oiseaux et des grands mammifères pour être relâchées parfois plusieurs centaines de kilomètres plus loin. Mais quelle surprise de voir les jungles luxuriantes qui se déploient dans nos égouts, les vergers, les potagers en souterrain, sous nos pieds.
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Avez-vous remarqué vous aussi que le réactionnaire se défend toujours de l’être avec plus de véhémence que le révolutionnaire ?
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Un caillou dans la main, n’importe lequel, même petit, et je me sens soudain si jeune.

17/05/2019 – L’appareil est installé dans les toilettes du centre culturel, à hauteur d’épaules, non loin des lavabos. Il est blanc, plutôt volumineux, équipé d’un gros bouton poussoir en métal chromé, et d’une sorte d’embouchure en coude pointée vers le bas d’où pulse de l’air chaud. Et c’est heureux que le constructeur ait songé à écrire Asciugamani, Hand dryer, Sèche-mains, Händetrockner et Secamanos dessus, et que je sois polyglotte, sans quoi je n’en aurais sans doute jamais deviné l’usage.
//
La spontanéité comme le sens de la répartie sont le fruit d’un long et lent processus de maturation.
//
Mardi : je me suis entaillé très profondément l’index de la main gauche en coupant du pain. Mercredi : je me suis entaillé, quoique moins profondément, le majeur de cette même main en finissant de couper le même pain. Jeudi : devant le pain frais que je viens d’acheter, couteau à la main, je regarde un instant mon annulaire et hésite. Changer de boulanger était-il suffisant ?
//
Ça aurait pu être les mêmes fesses, mais dans un autre pantalon. Ou le même pantalon, mais habillant d’autres fesses. Mais non, c’était ces fesses-là dans ce pantalon-là et je commence à croire en l’existence de Dieu.

16/05/2019 – Que les parents ayant inculqué à leurs enfants que le désordre est une incivilité préjudiciable à coup de lave-toi les dents, de range ta chambre, de débarrasse la table, ne s’étonnent pas que ceux-ci soient si peu enclins à faire la révolution.
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Je ne sais pas pour vous, mais moi, en terme de toilettes écologiques, je n’ai rien trouvé de mieux qu’aller pisser au fond du jardin.
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Or, comme on dit chez moi, qui mange une pomme ne mange pas une poire.
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Honore ton père et ta mère. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain. C’est écrit noir sur blanc. Concernant la virginité des enfants de chœur en revanche, il est vrai que le décalogue reste un peu flou.

15/05/2019 – On lui a dit tous les moyens sont bons. Malheureusement il a compris tous les médiocres sont géniaux.
//
N’allez pas croire que je fais une fixation sur les trottinettes électriques. Les escalators aussi m’exaspèrent, et les ascenseurs.
//
Il y a des gens qui ne se souviennent jamais de leurs rêves. Ma main à couper qu’ils sont une majorité écrasante parmi la population des banquiers et des assureurs.
//
Mon livre préféré ? J’espère ne l’avoir pas encore lu.

14/05/2019 – Étant établi que les années quatre-vingt sont un tunnel sans grand rapport avec la vie réelle, et que la pornographie non plus n’a aucun lien avec l’amour réel, il faut manquer de perspectives pour affirmer, devant un porno allemand des années quatre-vingt, que l’allemand est une langue agressive.
//
La Terre est bleue comme une orange, écrit Éluard dans l’un des vers les plus célébrés du surréalisme. Mais faites l’expérience, laissez une orange à l’air libre assez longtemps pour qu’elle se gâte. Nulle projection surréaliste ici : chez Éluard, la Terre est bleue, littéralement, comme une orange pourrie.
//
L’auteur tend à oublier que ses personnages ne sont pas des marionnettes, mais des porteurs de vie, c’est-à-dire des porteurs de bactéries, de vers grouillants, de virus et d’une quantité non négligeable de matière fécale. En outre il tend à oublier que tout papier finira brûlé.
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Le café, trop chaud, infect, avait bouilli ; l’homme le jeta à la poubelle qui miaula.

13/05/2019 – Qui se dit poète n’est pas poète.
//
Le crier n’y fera rien. Qui se crie poète est encore moins poète.
//
Qu’on s’entende : qui, après s’être dit poète, dit d’un tel qu’il est un poète ne fait pas non plus de ce tel un poète. Et le crier à plus forte raison. C’est faire preuve d’un emploi approximatif du vocabulaire, chose éminemment regrettable quand on se dit poète. C’est corrompre le mot poète et le réduire à l’état de coquille ornementale inoffensive, aussi. Surtout, c’est considérer les mots sans défense. Toutes choses éminemment regrettables quand on se dit poète.
//
Je est un concombre.

12/05/2019 – L’univers, cette immense petite chose qui commence ici, maintenant.
//
Montrez-moi leurs chaussettes, je vous dirai leurs secrets.
//
Avoir de l’honneur, certains, c’est ce qui leur est arrivé de pire.
//
Si nombreux à confondre spiritualité et pratique spirituelle.

11/05/2019 – Face à la cécité stupide de mes contemporains, j’en arrive à être soulagé de rencontrer un simple aveugle, un simple idiot.
//
L’homme qui murmure à une femme qu’il l’aime de tout son cœur au mieux manie l’ellipse avec élégance, au pire a d’impardonnables lacunes en anatomie.
//
On compte ses véritables amis sur les doigts d’une main. Et il est vrai que le petit manchot jouait toujours tout seul, à l’école.
//
D’un autre côté, si tout le monde était cul-de-jatte, personne ne le serait.

10/05/2019 – Malgré le défilé sous cet arbre aujourd’hui, cette goutte d’eau a décidé de tomber dans mon cou, à moi, et dans le cou de personne d’autre. De quoi se sentir privilégié.
//
Suis-je trop crédule à voir une différence entre gagner sa vie et gagner de l’argent ?
//
Or, comme on dit chez moi, on n’enferme pas une mouche dans une cage à hirondelles.
//
Que voulez-vous, de nos jours, on n’est pas à un superlatif près.

09/05/2019 – Prendre sa voiture chaque matin, chaque midi, chaque soir. Le crime parfait.
//
Ces deux-là vont bien ensemble. Comme deux chaussettes appariées.
//
On reconnaît le bon critique à ce qu’il dit au sujet du mauvais livre.
//
Le poète a résolu des équations que le mathématicien considérait insolubles.

08/05/2019 – Célébrer l’armistice, au fond, c’est célébrer la guerre.
//
Terreur ineffable, l’espace d’un flottement de seconde, quand j’ai réalisé que j’avais oublié le parachute, et que par-dessus le marché j’étais nu. Mais le soulagement aussitôt d’être allongé dans une baignoire d’eau chaude et propice à la somnolence.
//
Mes amis sont très modernes. C’est-à-dire qu’ils admirent la beauté, la précision et la puissance du revolver collé à leur tempe.
//
Face à la terminologie hasardeuse, heureusement les actes parlent d’eux-mêmes. Prenez ces deux jeunes amoureux, dont on pourrait croire qu’ils s’embrassent, mais qui au vrai s’ensalivent ostensiblement.

07/05/2019 – Mais il est temps d’enfin mettre les points sur les y.
//
Strike de trottinettes ! Sept d’un coup !
//
Nous vivons une époque formidablement paradoxale où le meilleur moyen de prouver qu’on aime les enfants est de ne pas en faire.
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Ceci n’est pas une phrase.

06/05/2019 – Je n’ai certes pas connu la guerre, mais il serait audacieux d’affirmer que j’ai connu la paix.
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Le docteur Guillotin aurait-il promu son invention s’il avait su comment la postérité se souviendrait de lui ? Quitte à élever son nom jusqu’à l’antonomase, ne se serait-il pas plutôt intéressé aux arts de la table comme les très respectables MM. Béchameil, Praslin, Julien ou Savarin ? Allez savoir ce qui passe par la tête des gens quand ils inventent ce qu’ils inventent.
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Sancho Panza, expressionniste avec quatre siècle d’avance.
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Certains matins, je jurerais que mon corps est constitué de quatre-vingt-quinze pour cent d’eau et que je suis en train de m’y noyer.

05/05/2019 – Toujours démuni quand un commerçant me dit, après la pluie, Tiens, voilà le soleil qui revient. Prémonition qu’aucune réponse ne suffira.
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Victor Hugo adolescent était bien loin d’imaginer que cette même main avec laquelle il se masturbait écrirait un jour Les Misérables.
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Il me semble que mon admiration pour les sauteurs à la perche serait soudain moindre si je devais m’élancer un jour à l’assaut de la barre. Car il ne fait nul doute que j’échouerais, et qu’alors je mesurerais les sacrifices auxquels les athlètes doivent consentir pour en arriver là, les années passées à s’entraîner, à affiner la technique et gonfler les muscles, à aiguiser l’esprit de compétition, activités bien frivoles quand on pense qu’ils auraient pu étudier Chevillard.
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Le plus souvent, quand on dit que l’espoir fait vivre, on parle du désespoir.

04/05/2019 – S’emmerder, littéralement : se souiller soi-même d’excréments. Il faut vraiment ne pas savoir quoi faire.
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J’admets que ça finit par coûter cher, à force, les impressions et les envois postaux, mais auriez-vous l’amabilité de m’expliquer pourquoi je devrais lire vos manuscrits si vous-mêmes considérez qu’ils ne valent pas un timbre ?
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Assumer ses actes : se parer de vertus qu’on ne possédait pas en premier lieu.
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De grandes bennes à côté de celles pour le verre, le papier, le plastique, le métal, le compost, où l’on déposerait nos quadragénaires désireux de se recycler.

03/05/2019 – Étrange comportement qui consiste, devant l’incendie de sa propre maison, à jeter de l’huile sur le feu, et de l’essence, et du bois sec, tout en chantant et en dansant. Et plus étrange encore : on a diagnostiqué ce symptôme chez sept milliards d’entre nous environ.
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Clameur dans la rue : la révolution enfin ? ou a-t-on simplement sifflé la fin d’un match ?
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Je trouve époustouflant le mimétisme des trottinettes électriques qui, de plus en plus, dorment sur le flanc, comme les humains. Ou, quoique cela me surprendrait, de plus en plus de récalcitrants les foutent par terre à la nuit tombée.
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Il faut être particulièrement malin pour affirmer que telle ou telle chose est gratuite, ou particulièrement naïf.

02/05/2019 – Des yeux lisses, délicieux.
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Les véritables bricoleurs, ceux qui sont réellement capables de toucher à tout avec dextérité, sont comme les vrais amis : on les compte sur les doigts d’une main. Dans mon entourage par exemple, si un raccord fuit dans la salle de bains, on appelle le plombier. Un souci avec la courroie de distribution, on porte la voiture au garage. Idem pour la chaudière, on fait appel au chauffagiste. Pourtant, personne ne se pose de question avant de me refiler ses conseils de lecture douteux. Un peu de modestie, chers amis, consultez-moi plutôt.
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Jésus, ce fourbe qui a réussi à faire passer Judas pour le plus grand traître de l’histoire.
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Si on n’y trouve pas le sommeil, mais le repos, si une assiette attend toujours l’ami venu sans s’annoncer et si tu as planté un arbre il y a vingt pour qu’on puisse s’allonger aujourd’hui sous son ombre, alors ta maison n’est pas une maison, c’est un poème.

01/05/2019 – Tuer l’ennui ? Plutôt mourir.
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Je retombe, parmi les piles de vieux papiers et manuscrits que j’ai recyclés en brouillons, sur une page qui m’avait déjà bouleversé quand je l’avais lue à l’époque, et fortuitement, à distance de trois ans, ce sont les deux mêmes vers qui me sautent aux yeux comme pour revenir me hanter – et n’est-il pas question de la perte d’un être cher ? –, ces deux vers maudits dont je me souviens encore tant ils m’ont marqué, moi qui serais incapable de citer Juarroz, Pessoa ou Michaux, et que je bois jusqu’à la lie : Nom d’une pouss’hier / Tu me mamanqueras toujours. Typique du cas où l’on a moins besoin d’un éditeur que d’un thérapeute.
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Qui devant témoins parle de vous comme d’une personne libre veut soit vous pendre soit vous vendre.
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Je ne prends rien au sérieux. Et surtout pas sa femme, si austère elle aussi.

30/04/2019 – Je ne sais qu’une chose : que Socrate en savait moitié moins que moi.
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On se félicitera que les grands orateurs embrassent le plus souvent la carrière politique plutôt que celle, par exemple, de marchand de poissons à la criée. On pense en premier lieu à la famille Le Pen, au doyen surtout, dont le dernier mandat électoral arrive à terme. Un aboyeur de cette trempe, à vendre du saumon et du lieu noir sur les marchés, il nous aurait vidé les océans.
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Dans le cuir chevelu du chauve, on peut néanmoins faire des chaussures.
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La résistance contre la trottinette électrique s’organise. Voyez le nombre de personnes qui marchent.

29/04/2019 – Pour commencer, épluchez une banane à moitié ; mangez cette moitié de banane et réservez le reste en prenant soin de refermer la peau au mieux. Attendez une heure. Une fois ce temps écoulé, observez comme la peau de banane s’est oxydée du côté de la moitié vide, et est restée intacte du côté plein. Conclusion : contrairement à toutes nos idées reçues, chez la banane, ce n’est pas la peau qui protège la chair, mais bien la chair qui protège la peau.
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La Misère du monde, de Pierre Bourdieu : mille cinq cents pages qui tiennent à peine dans la main ; livre de chevet à la limite, mais on ne me le vendra pas comme livre de poche.
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Ce poème parfait qu’est l’enfance.
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Moi ? Je suis bien trop timide pour être discret.

28/04/2019 – Qui prétend ne rien devoir à personne oublie les mille et une dettes contractées en chemin auprès du sable, du passereau, de l’avalanche, et du chemin.
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Le dilemme de la femme est qu’elle est amoureuse, à midi, du saint, et à minuit de l’assassin. Celui de l’homme est qu’il la veut pure à midi et pute à minuit.
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L’écoulement du temps, toujours dans le sens de l’écroulement.
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La performance du pianiste ne fut pas amoindrie par le fait qu’il jouait avec la partition devant les yeux. Tant s’en faut : c’était la partition d’un projet d’Emmanuel Macron en solo au violoncelle.

27/04/2019 – Il n’y a rien de plus triste au monde que le sacre d’un tyran, sinon peut-être la mort d’un clown.
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Incapable de coucher sans sentiments, j’ai toutefois ce petit penchant messianique qui me dispose à l’amour universel.
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Je me demande qui pourrait écrire aujourd’hui les variations Goldberg spontanément. Elles sont pourtant archi-connues, les enregistrements abondent – comment ne pas citer ceux de Glenn Gould –, les partitions sont disponibles en deux clics sur internet, mais non, seul Bach s’est montré à la hauteur, lui qui ne les avait jamais même entendues, et ce à la note près ; un visionnaire assurément.
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Toute chenille deviendra papillon si aucun oiseau ne la mange – ni aucun papillon.

26/04/2019 – Cette fois-ci c’est la bonne, je vais faire fortune. L’idée m’est venue dans une pizzeria où l’eau pétillante coûtait huit euros au litre et la bière – blonde, italienne, basique – six à sept fois plus cher que dans n’importe quel supermarché de Rome. D’où le projet de monter une chaîne de restaurants sans chef ni cuisine de manière à rogner au maximum sur les coûts, sans serveurs non plus, tiens, d’ailleurs, un restaurant où l’on ne mangerait pas et où l’on ne vendrait que de l’eau et du café. Sept cents pour cent de marge. J’y crois à fond.
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Le chat, infiniment supérieur à l’homme puisque l’évolution, en plus de le doter de chaussons et de gants sur mesure et quatre saisons, a fait de lui son propre oreiller, et sa couette, le tout dans la plus délicate des fourrures.
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Il y a ce type, une lointaine connaissance qui gargouille dans les milieux de la poésie, qui aime les poétesses par principe et se prononce d’emblée en leur faveur, a priori, avant même d’avoir lu une seule ligne de leur poésie, peu importe l’odeur et la saveur pourvu que ce soit une femme, il n’hésitera pas à descendre dans la rue pour défendre sa cause ; à le voir plus féministe que les féministes j’ai longtemps cru qu’au fond de lui, il aurait voulu être une femme. Cependant, et c’est là où le bât blesse, il sacralise tout autant la poésie africaine, et la poésie insurrectionnelle, et la poésie germanophone, et la poésie homosexuelle, et la poésie prolétaire, et tant d’autres formes poétiques qu’à force d’y réfléchir j’ai dû conclure qu’il n’aurait pas voulu être une femme, ni même africain, ou insurgé, ou allemand, ou gay, ou prolétaire, je crois qu’il aurait simplement voulu être lui-même.
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– Et c’était un film d’amour super triste et à la fin c’était horrible, tu ne peux pas imaginer.
– Quoi, qu’est-ce qui est arrivé ?
– Le type a fait tomber son smartphone dans une flaque d’eau et l’écran était tout mouillé.

25/04/2019 – Certains, assez sommairement, se proposent de classifier les danseurs de tango en deux catégories. Il y aurait d’un côté ceux qui dansent petit, adeptes du style dit milonguero des bals surpeuplés de Buenos Aires, et, de l’autre, ceux qui dansent de manière plus ample, plus déployée, ambassadeurs du tango nuevo, ou neo, popularisé par Astor Piazolla dans les années 1960. Hélas ces deux groupes, pour une raison que je ne parviens pas à m’expliquer, entretiennent un antagonisme aussi futile que ridicule.
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Le milonguero, gardien du temple en quelque sorte, se posera volontiers en héritier de la tradition. Son torse est collé à celui du partenaire, ses mouvements compassés ; il vous parlera comme d’un sanctuaire de l’abrazo fermé et s’extasiera devant le nuancier d’émotions qui traverse l’immobilité. Pour lui, la connexion au partenaire passe par chaque centimètre carré du buste, des bras, des mains, le moindre millimètre d’écartement sera vécu comme déchirure.
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Le neo quant à lui se prétend plus libre, plus fluide – et quasiment iconoclaste, pour ainsi dire. Il envisage la danse dans son acception la plus large, fait du Béjart sans le savoir, et mobilise à chaque instant, dans chaque mouvement, chaque muscle de son corps. Son occupation de l’espace, manifeste et extériorisée, se passerait presque du contact avec l’autre. Pour lui, la connexion au partenaire passe par le sol, où il évolue comme on s’enracine.
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Bien que je m’élève contre toute forme de clivage, l’atavisme de mon corps aussi bien que mon sens de la musicalité me rangent du côté du neo. Très souvent – trop souvent – on me demande dans quelle école j’ai étudié (à ceux que cela intéresse : j’ai pêché ma technique au fond d’un lac de montagne, à mille six cents mètres d’altitude). Le weekend dernier, plusieurs personnes m’ont même demandé si j’étais danseur professionnel (moi, si souple que je ne peux pas toucher la pointe de mes pieds sans plier les genoux). Dans le même temps, jugeant de bon ton d’alimenter l’animosité entre les clans, un milonguero m’a réprimandé car j’occupais trop indécemment l’espace autour de moi, tandis qu’un autre me citait en exemple en me pointant du doigt pour expliquer que le plaisir, le véritable plaisir, réside dans le fameux danser petit – tout l’inverse de ce que je faisais.
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Aussi, je m’interroge. Passionnés par la même musique, par les mêmes constellations de la danse, ne peut-on pas cohabiter en se foutant la paix ? Est-il si compliqué de laisser l’autre vivre sa vie sans essayer de le convertir à sa religion et entretenir ces vaines querelles de clocher ? Et surtout, surtout, comprendront-ils jamais, ces prosélytes de la pensée unique, que l’ennemi n’est ni le tanguero ni le neo, mais la samba et la salsa ?
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(Me faut-il préciser que je plaisante ?)

24/04/2019 – Alors le dernier des guerriers massaï se présenta devant le lion et, fidèle à la tradition de son peuple, beau et fier et digne tandis que le fauve se jetait sur lui, il brandit son smartphone pour porter le coup fatal à la bête.
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Notoirement, l’eau de mer est trop salée pour la cuisson du riz. Réjouissons-nous donc que la fonte de la banquise l’adoucisse.
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Tandis que violonistes et violoncellistes exécutaient leur partition mécaniquement, sans joie, les vents soufflaient exsangues dans leurs instruments sous la férule d’un chef d’orchestre qui battait la mesure en automate anémié. On appelait ça jouer de la musique.
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Oserez-vous affirmer qu’ils ne sont pas atteints du syndrome de Stockholm ? Voyez par vous-même : ils ont fait un deuxième enfant, puis un troisième.

23/04/2019 – Vous êtes ici.
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J’ai volé deux pommes sur un étalage pour les donner à un enfant. J’ai offert tout l’amour que j’avais dans le ventre et dans le cœur à une femme que son mari battait, violait et séquestrait. Sans hésiter, je trancherais la gorge du tyran qui prétend envoyer son peuple au-devant d’une guerre fratricide. En plus de quoi je suis coupable de nombreux autres péchés qui me vaudront les feux baptismaux de l’enfer.
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Ça, une poignée de graines ? Mais puisque je te dis que c’est une forêt.
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À Madagascar, les lémuriens et leur forêt menacés par le braconnage. Grand débat : les écologistes de la majorité déçus par les pistes de sortie de crise. Les vols en avion non justifiés doivent être supprimés. Le Monde, à l’avant-garde de l’information, décidément.

22/04/2019 – C’est une longue ligne droite de trois bons kilomètres, bordée de chaque côté par des maisons dont une sur trois en moyenne est disponible à la location. Impossible de ne pas remarquer les panneaux À LOUER fixés aux fenêtres, bariolés de vert et de bleu. Sans doute les habitants se livrent-ils à un jeu de permutation circulaire, tous les deux ou trois ans ils déménagent dans la maison voisine, jusqu’à trouver le logement qui leur convient le mieux et s’y installer définitivement. Un jour prochain, quand chacun sera satisfait, on ne trouvera plus une seule maison à louer dans le quartier.
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Mais enfin, dans ce genre de petite ville de province, il est possible aussi que tout le monde cherche simplement à s’en aller.
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Aux souvenirs du corps près, et à ceux de l’esprit, singularités fortuites donc négligeables, je ne suis autre qu’autrui.
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Trouvant inesthétique la trace que laisse l’élastique sur ses fesses, elle ne porte pas de sous-vêtements. Plus coquette que pudique, donc, vu les flaques de cellulite que révèle son pantalon trop moulant.

21/04/2019 – Dans la rue, côte à côte, deux feuillets distincts, indépendants. Des familles, inquiètes : deux matous du quartier se sont perdus. Moi, gonflé d’espoir : deux lions peut-être se sont retrouvés.
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Pendant ce temps le mystère reste entier. La science ne s’explique toujours pas le succès d’ABBA.
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Je me souviens très bien d’en être resté à la page 41, mais j’ai oublié de quel livre.
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Danser des heures durant pour s’abolir dans le mouvement, oblitérer la fatigue, se fondre dans l’adrénaline. Je suis le parquet, la musique, je suis l’humain entre mes bras, l’humain qui me prend dans les siens ; je suis un flux d’énergie pure. Sous l’emprise de la danse comme de n’importe quelle autre drogue, on avance sur un fil en équilibre au bord du monde. D’un côté l’implosion, de l’autre la déflagration ; à l’horizon : comment savoir ? Seuls les aveugles atteignent jamais l’horizon. Je ne suis qu’un mortel, un puits de solitude horizontale en communion avec la diaspora des miens. L’expérience de la danse reste, pour moi, la preuve la plus authentique de mon humanité.

20/04/2019 – On reconnaît l’homme libre à ce qu’il ne sait épeler le mot liberté, ni même le prononcer.
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Il te faudra prendre tes responsabilités. Si ta lame est aiguisée et si tu me déchires le torse, alors j’agoniserai dans la joie et je te donnerai mon cœur.
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Vampire je donne quelques piécettes au mendiant puis me repais cinq jours durant de son sourire.
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Les lions et les requins aussi ont leurs lions, leurs requins.

19/04/2019 – Elle tient un enfant par la main côté droit et un autre côté gauche ; enceinte pour la troisième fois, sans trop y croire elle espère qu’il lui poussera spontanément un troisième bras avant le terme.
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Les amis, c’est comme les dieux. On se choisit ceux qu’on mérite.
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Tel Newton recevant la pomme, c’est en entendant le pépiement des oiseaux dans l’aube soyeuse d’une clairière qu’il eut l’idée géniale – l’illumination – qui allait changer sa vie et le cours de l’humanité, et qu’il conçut la serrure carénée sept points avec entrebâilleur intégré.
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Nourri et logé toute sa vie durant, au révélateur du couteau le canard se montra bien ingrat.

18/04/2019 – La biodiversité marine souffre du tapage humain.
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Perturbateurs endocriniens : les rivières françaises regorgent de pesticides.
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Alaska, Patagonie, Alpes : partout dans le monde, la fonte des glaciers s’accélère.
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La volonté est flagrante, ces derniers temps, à la rédaction du Monde, de prendre le problème du changement climatique à bras le corps. Et fort heureusement d’ailleurs, car qui aurait su, sans l’audace et le zèle des journalistes du quotidien le plus lu en France, que Dans la Grande Barrière, les coraux ne font plus de bébés ou que Chaque année, des millions d’oiseaux migrateurs se tuent contre les vitres des gratte-ciel nord-américains ? Comment aurions-nous pu imaginer, nous autres, simples mortels sans recul sur les grands mouvements de toute chose, que Transportés par l’air, les microplastiques polluent jusque dans les montagnes et, surtout, que Les banques françaises n’ont pas pris la mesure du changement climatique ? Tant il est vrai que Les conséquences du réchauffement climatique altèrent aussi la santé mentale.

17/04/2019 – Et à part moi personne, dans aucun service marketing de la francophonie, n’aurait pensé à la nommer électrottinette ?
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Il y a deux jours, dans la rue, une poubelle équipée d’un bouton ON/OFF et d’un câble. Tristesse insoluble, infinie.
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De deux choses l’une : soit tous mes pantalons se sont tous concertés pour devenir trop larges de deux doigts, soit j’ai effectivement maigri.
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Rêver ; la manière la plus rigoureuse de perdre son temps.

16/04/2019 – Sentiment contrasté depuis hier soir, en voyant les images de Notre-Dame. Certes j’ai toujours voulu voir l’Église par terre, mais je ne pensais pas aux monuments.
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A-t-on seulement des nouvelles de Quasimodo ?
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On se souvient de l’évocation que fait Voltaire, dans son Candide, du tremblement de terre de Lisbonne et de l’incendie qui a suivi. On se souvient aussi de la toile que Turner avait peinte devant les flammes du Parlement, à Londres. Bien avant cela, Tacite, Suétone et de nombreux auteurs antiques avaient relaté le grand brasier de Rome, en 64. On sait la charge narrative du feu. Aussi, maintenant que l’incendie de Notre-Dame est maîtrisé, peut-on craindre que Michel Houellebecq se mette en tête de faire un nouveau film.
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Elle a tout vu, tout vécu ; au-dessus de la mêlée elle a résisté à tous les mouvements historiques de ces sept derniers siècles. Les guerres, les grandes épidémies. La Révolution, la Commune. L’invasion nazie. Mai 1968. Hélas, elle n’aura pas résisté à la prolifération des trottinettes électriques sur son parvis.

15/04/2019 – Différence notable entre un enfant bien élevé et un enfant bien éduqué.
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Contrairement au travailleur moderne, la génération de mes parents était fidèle à l’employeur. On finissait sa carrière où on l’avait commencée, alors, dans la même entreprise, le même établissement, on passait près de quarante ans à travailler avec les mêmes collègues pour le même chef sans autre perspective que refaire le lendemain ce qu’on avait fait la veille ; toutes choses considérées aujourd’hui comme une aliénation intolérable. Car le travailleur moderne change de poste tous les deux ans, il évolue, il change de scope et renégocie son salaire ; en un mot, le travailleur moderne est libre. C’est-à-dire : il n’a pas juré fidélité à l’employeur, mais à la notion de travail. Aliénation ultime.
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Elle se plaignait qu’il ne la touche plus. Il lui colla une trempe.
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C’est bien la première fois, au cinéma, que je suis aussi sur l’écran.

14/04/2019 – Les jambes à la fois lourdes et légères, comme inexistantes, paralysées. L’oreille sourde soudain, insensible à la musique. Le ventre recueille la nuit tandis que le soleil du jour monte aux yeux et perce les paupières ; larmes. À neuf mois de distance, pour la première fois, j’entends de nouveau ce morceau que nous avons dansé pour toi à l’église, Maxime. Salut, ami, le monde reste le monde et tu nous manques toujours autant.
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Une fois sorti de la douche j’ouvre la fenêtre de la salle de bains, attends quelques secondes fébriles, le temps que la buée se dissipe sur le miroir, mais non, je suis resté ce bon vieux moi.
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Être adulte, c’est être l’enfant non plus de ses parents, mais de soi-même.
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Situation cocasse, paradoxale : je n’ai jamais autant dansé avec toi que depuis que tu n’es plus là pour danser. Aujourd’hui encore, pour toi, avec toi, du meilleur côté de la vie.

13/04/2019 – Moi qui de ma vie n’avais jamais rien possédé sinon des livres, des disques et une paire de chaussures de montagne, je m’embourgeoise : me voilà désormais propriétaire d’une pelle et d’une balayette.
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Feu Herr O., se taire ?
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Fauteuils vides dans les salles de cinéma, de théâtre, d’attente, les étages de bureaux et les cockpits d’avion. Chaises disposées autour des tables dans les cuisines, dans les salons, dans les chambres, tandis que d’autres chaises gisent dans tous les greniers, sous-sol, garages, combles et remises de toutes les maisons de tous les quartiers de toutes nos villes pour l’occasion – rarissime – où l’on recevra dix ou douze personnes. Bancs d’église, bancs d’école, bancs publics. Places inoccupées dans les bus, les trains, les restaurants. Etc., etc. Au bas mot, pour chacun d’entre nous, on dénombre plusieurs centaines de chaises, peut-être même des milliers. Et on s’entête à en produire et en produire encore tandis que les magasins de meubles regorgent de chaises, sièges, fauteuils, tabourets, bancs, canapés. On n’a pourtant qu’un cul.
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Malin comme un singe en effet qui, lui, ne s’assoit jamais ailleurs que sur son cul.

12/04/2019 – Après des semaines d’atermoiements, d’hésitation, de toux chroniques et sudations nocturnes, j’ai enfin un chez-moi. Un appartement spacieux, lumineux, idéalement situé – et bien trop cher mais que voulez-vous, on n’a rien sans rien. Il ne me manque qu’une chose : une connexion à internet ; raison pour laquelle je mets à jour ce billet quotidien plus tard que de coutume, ces jours-ci. Aussi je vous demande pardon pour ce désagrément, ô milliards et milliards qui me lisez chaque jour sans partir à la concurrence. Votre loyauté vous honore.
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Offre spéciale ! Trois euros quatre-vingt-dix-neuf le lot de douze merguez + douze chipolatas + douze saucisses aux herbes + cancer + sclérose en plaques. Pack familial !
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Est-ce l’âge ? Suis-je en train de céder aux sirènes de l’insécurité qui ont valu la présidence à M. Sarkozy en 2007 ? Le fait est que je deviens raciste, penchant qui loge au plus profond de mes boyaux et qui croît chaque jour, insidieusement : de plus en plus, je hais la trottinette électrique. Pas plus tard qu’hier, un gamin de quatorze-quinze ans qui allait son chemin sans regarder devant lui a failli me renverser. J’en viens à avoir peur, une peur névrosée, irrationnelle. La trottinette électrique est cause de toute la misère du monde. Grands dieux, à mon âge, se découvrir raciste. Cela dit, je n’ai rien contre les Noirs, les Arabes, les Juifs et les pédés.
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Tels employés de mairie, on les verrait mieux s’ils portaient la moustache. Littéralement. On les verrait mieux. La lèvre glabre, s’ils quittent leur bureau, ils sont parfaitement invisibles.

11/04/2019 – J’ai longtemps rendu grâce à ma mère qui, ayant toujours fumé devant mon frère, ma sœur et moi, a fait de nous d’incorruptibles non-fumeurs. Mais les temps ont changé et désormais je lui en veux de m’avoir inculqué cette répulsion pour le tabac. C’est qu’en m’empêchant d’arrêter de fumer, elle me prive d’une substantielle source d’économies.
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Ils étaient deux, un homme et une femme ; faute de se mettre d’accord à l’amiable la procédure de divorce s’éternisa près de trois ans. Nous sommes un demi-milliard, dont une poignée d’Anglais ; espéraient-ils vraiment faire sécession en quelques mois ?
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Les professeurs Moussa, Foufy, Manssarea et Forisso, grands voyants – mais aveugles devant l’orthographe.
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Je ne voulais rien. C’était encore trop demander.

10/04/2019 – Plus précisément, le chicon est à la chaconne ce que le spéculoos est au spéculum.
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Voilà un abus de position dominante caractérisé : les meilleures chouquettes du quartier, outre qu’elles sont hors de prix, sont les meilleures uniquement parce que ce sont les seules.
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Minette s’est de nouveau perdue et c’est tout bonnement incroyable, elle n’est plus noire avec une tache blanche à l’encolure, mais rousse, et elle a six mois de moins qu’il y a deux ans.
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On me vend de la camelote. Passées quelques semaines, un ou deux mois au mieux, soudain mes stylos n’écrivent plus.

09/04/2019 – Au lycée déjà j’avais la fibre pédagogique ; je me souviens des cours d’histoire, où je donnais des cours de maths au fils de la prof de maths.
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Le pilote aurait été autrement ennuyé si au lieu d’un mouton le petit prince lui avait demandé de dessiner une vouivre, une piterne ou une meute de coquecigrues.
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Je crois n’avoir jamais rencontré d’homme bon qui ne fût pas un affamé.
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Vos yeux, poignardés par des lampes de poche que vous appelez soleil.

08/04/2019 – Dans un monde comme le nôtre, où tout se monnaye et rien n’est gratuit, la générosité de certains me sidère. Rien que ce weekend j’ai trouvé deux chaises, une table basse et un canapé abandonnés à la rue, toutes choses d’autant plus pratiques que je déménage. Altruiste, j’ai toutefois laissé derrière moi les canettes vides et les montagnes de déjections canines, dont je n’aurais su que faire. D’autres en auront sans doute meilleur usage.
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C’est un panneau bilingue français-flamand. Dessus : Ville de Bruxelles – Salir la ville est un délit ! Versage interdit – taxe de minimum 150 €. Dessous : assez de planches pour meubler tout un appartement.
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Pour le reste, on trouvera tout ce qu’on cherche sur la place du Jeu de Balle, ou presque, puisqu’il me manque toujours un éditeur pour mon roman.
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J’aurais pourtant juré que cette même vieille bonne femme avait acheté ce même vieux service à thé la dernière fois que j’étais passé, il y a deux mois et demi, et la fois précédente aussi, ainsi que celle d’avant.

07/04/2019 – Prière d’entrer sans rapper.
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Souvent l’acte de marcher déclenche l’acte créatif d’écriture. Des mots, des idées et des autres fragments de moi, cependant, j’ignore ce que je piétine.
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Suite à un accident, une amie a perdu deux orteils. Je connais quelqu’un d’autre né avec un seul rein. Mon frère, après une mauvaise chute, s’est sectionné une partie du foie. Autant de mutilations invisibles de l’extérieur, et je ne serais pas surpris qu’un tel m’avoue ne pas avoir de cœur, ou qu’un autre tel vive retranché d’une portion considérable de cervelle.
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Vu le prix d’une simple place de cinéma, de nos jours, ou de concert, je serais curieux de savoir combien coûte l’entrée au paradis.

06/04/2019 – C’est décidé, je me ferai incinérer. Le risque est trop grand que des archéologues exhument mes ossements dans huit ou dix mille ans et s’imaginent qu’homo sapiens, je possédais donc un smartphone et une trottinette électrique.
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Karl Marx, visionnaire jusqu’à la chemise et la barbe de hipster.
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Garance, une amie, me confirme qu’elle a été prénommée en hommage à l’héroïne des Enfants du paradis. Un bien joli prénom, Garance, et un bien joli film. Elle peut d’ailleurs s’estimer heureuse que ses parents, qui heureusement n’étaient pas des inconditionnels des Odette et Gilberte de Proust, ne se soient pas non plus donné leur premier baiser sous la Michelle des Beatles.
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Implacable certitude à chaque seconde d’être violé par le je de la seconde suivante.

05/04/2019 – C’est une toux anodine, qui soudain prend les accents d’une invasion cannibale et sanguinaire quand on entend le nom redoutable des médicaments que le médecin envoie en renfort.
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Les transports en commun sont bloqués, chacun doit sortir la voiture ; productive, incontestablement, cette marche pour sauver la planète.
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Tu devrais porter une montre au poignet droit aussi, et la relier à celle que tu portes au poignet gauche par une chaînette fine, solide, en acier inoxydable.
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L’Angleterre, je me souviens d’un ou deux films où elle était belle à voir, de quelques livres.

04/04/2019 – Strabisme quand je lui explique que je m’occupe de poésie. L’œil droit, fasciné, s’emmêle avec le gauche, franchement navré.
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Chaque soir, à l’heure de pointe, je passe vingt minutes à courir et m’agiter sous un tunnel du périphérique pour avaler ce que je peux de gaz d’échappements. J’ai bon espoir de me mithridatiser.
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Enfin le secret est levé, il y a bel et bien une vie après la mort. Quelques informations ont filtré : là-bas les chaussettes ne se trouent jamais, les menstruations ne sont pas douloureuses, en outre Donald Trump serait un type tout à fait fantastique et doté d’un extraordinaire sens de l’à-propos. Pour le reste, sans plus de renseignements, on ne se risquera pas en conjectures extravagantes.
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Lumière rasante du matin, si blanche sur les toits qu’on les dirait recouverts de neige.

03/04/2019 – Nos existences sont régies par un système de lois naturelles telles que l’action-réaction, la gravitation, la loi de l’évolution, ensemble de forces supérieures sur lesquelles notre emprise est nulle. Il en va ainsi pour tous, y compris pour cette jolie jeune femme qui, assurément, dans la nuit du 9 février dernier, allait au-devant d’une vie éblouissante ; on l’imaginait mariée à un homme tendre, cultivé et socialement avantagé, elle-même aurait mené de front sa carrière et l’éducation des enfants – un garçon et deux filles, tous magnifiques, source intarissable de fierté – ; en femme de son temps elle aurait contribué à l’accomplissement d’un monde meilleur, tout simplement. Hélas, c’est sur une trottinette électrique qu’elle allait au-devant de cette vie éblouissante.
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Infinie, ma sympathie pour les grands singes est tout juste amoindrie à l’endroit de ceux qui, non contents d’avoir opté pour la bipédie, se sont en outre hissés sur cet étrange planche munie de roulettes et d’un moteur électrique. Je le confesse donc sans rougir : je n’ai pas tressailli quand, dans la nuit du 9 février, sur le boulevard Voltaire, vers 5h30 du matin, cette jolie jeune femme a pris le trottoir de travers.
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Soudain, avec ses dents, ce sont mes conjectures qui ont volé en éclats. Évaporé, l’homme tendre, cultivé et socialement avantagé ; et qui épouserait une femme dont le sourire est tout gencives et aucune dent, une femme qui plus est dont les joues sont lardées de cicatrices, et le nez tordu d’un bon quart de tour ? Qui prendrait le risque de faire des enfants avec une personne si peu coordonnée ? Imaginez la tragédie : elle qui ne tient pas debout sur une bête planche à roulettes, cent-trente kilomètres à l’heure sur l’autoroute, un garçon et deux filles à l’arrière de la voiture.
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Ainsi en va-t-il de nous tous, impuissants que nous sommes face aux lois immuables de la nature. Même sans souscrire à la théorie du complot, on en viendrait à soupçonner les créateurs de la trottinette électrique de vouloir réaffirmer les fondements du darwinisme.

02/04/2019 – Héritier de la longue tradition des journalistes-explorateurs et des aventuriers-diplomates, il a longuement hésité à monter une affaire de plombier-photographe dans un de ces quartiers bobo que la gentrification a fait fleurir en ville, avant de finalement s’établir comme barbier-libraire.
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Ne vous fiez pas à la calvitie naissante de ce jeune papa, elle n’est pas le témoin qu’il avance sur le chemin de la sagesse. Bien au contraire, il régresse déjà dans la toute petite enfance.
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Alors, parvenu aux confins les plus reculés de son empire, Alexandre s’adressa à son peuple et, pointant du doigt vers l’horizon, la voix emplie d’une bienveillance que même ses plus fidèles amis ne lui connaissaient pas, Alexandre, qu’on vénérait comme un dieu car il régnait sur la Macédoine et donc sur le monde, le grand Alexandre ouvrit la bouche et chanta Put your hands up in the air, put your hands up in the air.
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Le temps passe. Les bus aussi. Les bus reviennent.

01/04/2019 – Quelle aventure formidable, me disais-je ce matin dans le métro au moment de coller un troisième poisson d’avril dans le dos d’un troisième inconnu, quelle aventure que cette époque de transition où, après trente ans de cabillaud goût Rubik’s cube, l’on jouit désormais de la brosse à dents à l’espadon et du gobelet saveur saumon.
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Tous les trois ou quatre ans, vider son appartement et en remplir un autre comme on se vaccine, piqûre de rappel pour confirmer qu’on n’était pas voué à devenir déménageur.
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On ne dira jamais assez qu’à part pour dire qu’il ne faut jamais dire jamais, il ne faut jamais dire jamais.
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En outre le dimanche, pour qui sait s’y prendre, la distance entre la messe et la fesse est d’un petit quart d’heure.

31/03/2019 – Considérez Goethe et Schiller : l’espérance de vie de l’immortel est en net déclin.
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Aucune mention, sur son CV, de ce talent pour les éructations et flatulences qui le rendaient si populaire chez les scouts. Il n’évoque pas non plus sa dextérité à arracher les ailes des mouches, compétence dont il a si souvent fait preuve dans son enfance et qu’il entretient encore aujourd’hui, quoique sa pratique soit devenue irrégulière, et plus discrète.
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Ce n’est pas moi que tu trompes, mon amour, c’est toi.
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La lunette des toilettes – plus précisément, un monocle.

30/03/2019 – Elle me promet d’être muette comme une tombe ; mais se peut-il vraiment qu’elle ignore que tous les secrets de famille attendent justement que le caveau du grand-père et de la grand-mère soit refermé pour éclater au grand jour ?
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Échelle de valeurs qui, comme toute échelle, est criblée de barreaux, et qui donc est une prison.
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En attendant, soyez certains que je comptabilise tous vos retards. Le temps, c’est de l’argent.
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Et où donc mettre mes œufs, sinon dans le même panier ?

29/03/2019 – Je sais bien que je te demande ça toutes les semaines, mais tu ne voudrais pas repasser mes chemises pour bien me montrer comment on fait ? Juste une dernière fois ?
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La nature, dont l’horreur du vide est proverbiale, a en effet conçu l’homme parfaitement rectangulaire de manière à pouvoir l’entasser plus efficacement dans les écoles, les stades, les métros, les centres commerciaux, les cimetières.
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L’enfant est un marionnettiste-né. Voyez ses parents applaudir.
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Vous me plaisez beaucoup, Madame, c’est pourquoi je vous propose de passer directement au lit pour s’assurer de nos affinités sexuelles ; ensuite, nous aurons tout le loisir de nous attabler dans un restaurant quelconque où nous pourrons reprendre la discussion là où vous l’avez laissée avec votre époux.

28/03/2019 – Difficile de se défaire de certaines idées reçues. Par exemple, entre le chef cuisinier italien vilipendé et la jeune Américaine qui vilipende – dont tout indique qu’elle n’a qu’une notion approximative du concept d’alimentation (dentition hasardeuse, fessier de génisse, peau grasse et boutonneuse, carte de fidélité chez Starbucks Coffee) –, j’ai tendance à m’en remettre au jugement de l’Italien.
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– Même pas cap !
– C’est vrai, je suis plutôt pelisse, poncho à la limite.
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Hier encore, pendant ma promenade, j’ai vu quelqu’un mener transaction linguistique avec une bestiole assez basse qui cheminait à quatre pattes au bout d’une laisse. Plus loin, une femme et un petit garçon s’adressaient à une stèle de marbre fleurie et sur laquelle était gravé une série de noms et de dates. Enfin, au retour, j’ai croisé un homme de mon âge environ qui, après avoir tiré de sa poche une sorte de petit boîtier en plastique, l’a porté à son oreille et s’est mis à parler dedans d’une voix habituée, comme si c’était chose naturelle. La scène la plus insolite, cependant, s’est passée à deux pas de chez moi : sur un banc, un vieil homme bavardait avec une vieille dame.
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C’est un bon petit livre, dit-il en me glissant de force l’ouvrage entre les mains. Cinq cents pages, à vue de nez. J’en déduis que l’adjectif petit se réfère au contenu.
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(Petit rappel au cas où : aliments de langage#4, suivez le lien)

27/03/2019 – Partout autour de cette piscine, le monde n’est que rondeurs. Les nuages, gentilles boursouflures croisant dans le lointain, jettent des ombres bienvenues sur les lignes vertes et capricieuses des collines. Les oiseaux adoptent des trajectoires ondoyantes tandis que le vent se déploie en courbes, frivole. Frémissements agréables de fraîcheur. Et le soleil en harmonie, qui brille sans brûler. L’impression reposante que toute chose tombe à sa place. La certitude que le monde est une sphère.
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Mais on a fait construire une piscine.
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Angles droits, corniches saillantes, faïence millimétrée, jointures rectilignes, aberration au sein de la nature. On croit entendre le cliquetis des mécaniques qui ont façonné ces équerres. On croit les entendre défigurer collines et nuages. Pour un mètre cinquante d’une eau imbuvable, lisse, immobile comme seule la mort sait l’être. Odeur persistante de chlore.
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Et les autoroutes, et les immeubles, et les lits dans lesquels l’homme rêve ses angles droits, et ses faisceaux de quadrillages qui se rejoignent si vite qu’on en oublierait qu’un infini est possible.

26/03/2019 – Puis vient le jour où la relation évolue, où l’on n’est plus certain d’aimer en simple ami. On se réveille un matin, pour réaliser que le sentiment s’est enraciné sans qu’on y ait prêté attention ; et déjà il produit ses premières fleurs. Griserie et transports du cœur, désormais la joie jaillira à chaque instant sans qu’on sache d’où elle vient, de quel lieu oublié de soi dont on avait perdu l’adresse. C’est la vie tout entière qu’on sent de nouveau bouillonner. Ainsi de la focaccia barese ; le jour est venu pour moi de me nourrir de cette relation avec davantage de pudeur. Dans l’intime.
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Le véritable progrès serait de s’affranchir de toutes nos excroissances technologiques aliénantes et destructrices. Oui, je l’affirme, l’humanité ferait un immense bond en avant si elle se débarrassait du smartphone, de l’automobile, du roman de gare, du fusil, ainsi que de cette grossière bague de fiançailles passée au doigt de cette jeune femme au sourire vague et aux yeux clairs.
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Idem pour la langouste. Si ça n’avait tenu qu’à moi, plutôt qu’une deuxième pince, je lui aurais donné un tournevis ou un marteau. Mais personne ne songe jamais à me consulter.
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Gardons en tête que face au dernier résistant, mécaniquement, tous les autres sont des collabos.

25/03/2019 – Chaque jour qui passe confirme que les partisans du stay, lors de leur campagne contre le Brexit, n’ont pas assez approfondi la problématique de la focaccia barese.
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En amour, je suis fidèle. À l’amour.
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Cet homme de petite taille à mobilité réduite cachait bien son jeu. En réalité, c’était un cul-de-jatte incognito.
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Plutôt que me demander comment je vais en ce moment, dites-moi tout de suite que vous ne lisez pas mon blog.

24/03/2019 – Telle connaissance lointaine croisée par hasard dans le métro, un ami d’ami que je retrouve plongé dans la lecture du best-seller dont tout le monde parle et dont les affiches ont colonisé les murs des rues et gares de France, ce roman merveilleux qu’il faut absolument lire maintenant puisqu’on l’oubliera demain et tu comprends, il faut rester à la page parce que, etc., etc. Bref, un de ces gastronomes qui ne voient rien de grave à acheter la focaccia sous vide et surgelée.
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Criant de vérité, de perfection, ce portrait fut exécuté avec une telle précision dans le trait que passés quelques jours le commanditaire déjà s’y reconnaissait plus ; il commanda une retouche au peintre – une altération en quelque sorte –, et ainsi chaque mardi des cinquante-sept années suivantes.
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Depuis huit mois que je porte la moustache, il m’arrive encore d’être surpris, devant un miroir. Alors si j’étais enceinte.
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Que tu persistes à croire qu’Emmanuel Macron a une sensibilité de gauche, d’accord, c’est ton droit, mais que tu persistes à le dire en public ?

23/03/2019 – Certes le chien est le meilleur ami de l’homme, et le cheval sa plus belle conquête. Mais son plus grand rêve – son aspiration la plus noble – demeure la focaccia barese.
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Je détiens le record du monde du nombre de records que je ne détiendrai jamais.
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La première chose qui saute aux yeux, quand on entre dans cet open space, est la rigueur avec laquelle cette entreprise respecte la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, communément appelée loi handicap. Loin de se satisfaire des quotas introduits, ici, cent pour cent des employés sont assis sur des chaises roulantes.
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Tandis que, frustrée, la femme de l’éborgné se plaint qu’il ne la regarde plus comme autrefois.

22/03/2019 – Merveille de lune si ronde, si douce à caresser du regard, clairsemée de reliefs si délicats. Les créateurs de l’univers et du cosmos auront pris pour modèle la focaccia barese.
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Solution originale de ce commerçant en croisade contre les conventions artificielles de la bienséance – et m’en voudra-t-on de préciser que la scène se passe en Belgique ? – : une phrase sur deux il me tutoie, une phrase sur deux il me vouvoie.
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Parfois la vie ne tient qu’à un réflexe d’autodéfense. Ainsi, voyant fondre sur lui l’aileron scélérat du surfer, le requin n’eut d’autre choix que mordre.
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Une chance qu’on ne soit pas cardiaques, dans la famille. Niveau cœur, les sentiments suffisent.

21/03/2019 – Journées de flottement où ton corps n’est plus ton corps, la fébrilité de ces derniers mois se mue en fièvre véritable. La tête tourne tandis que la douleur pétrit le dos, les côtes, les hanches. Fulgurance des courbatures, acharnement : je me redécouvre certains muscles. La nuit est pénétrée de sueur, les draps trempés, inondés, j’ignore le mal que je transpire mais le rapport de force est déséquilibré. Je suis chair et en tant que tel je suis dérisoire. Pourtant je ne baisserai pas les bras, ce serait insulter le nom de mes aïeux. Alors je lutte, dépose les entrailles sur la table dans le souvenir de l’humain. Bien sûr je pourrais consulter. Le médecin nommerait l’affliction – une grippe, sans doute. Je pourrais me gaver d’antibiotiques. Mais il est un remède universel auquel je veux d’abord donner sa chance, dans le respect des traditions. Rite de passage de ce monde en ce monde, je prépare la focaccia barese.
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J’ai raté tant d’avions dans ma vie que cela ne fait aucun doute : ma place n’est pas au ciel.
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Soudain me revient en mémoire ce manuscrit lu il y a deux ans de cela, dont le tout premier mot était mal orthographié. Un mot de deux lettres.
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(Du reste, on ne m’a jamais refusé non plus l’accès à aucun tunnel.)

20/03/2019 – Déserte comme dans déserte-déserte, votre île ? Pas même une petite part de focaccia barese ?
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Il ne faut pas m’en vouloir, je n’ai rien de particulier contre toi, murmura-t-il à l’oreille du supplicié avant de le décapiter.
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Si la machine à laver n’avait pas été en marche, on eût réellement cru la brosse à cheveux, la boîte de cotons-tiges et le shampoing animés d’une vie propre.
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Chacun occupera ses moments creux comme il l’entend, bien sûr. Certains ont pour routine de s’agenouiller devant des inconnus en soutane. Pour ma part, je préfère me promener en forêt.

19/03/2019 – Marc Levy a publié une vingtaine de romans. Guillaume Musso, idem. David Foenkinos, pareil. Michel Bussi, devinez. Michel Houellebecq a certes été moins prolixe, mais on ne l’imagine pas rectifier la trajectoire maintenant. Côté philosophie, l’œuvre de Bernard-Henri Lévy ferait office de Nouveau Testament. Tant et tant de papier, et pas la moindre mention de la focaccia barese. Navrantes préoccupations de nos contemporains.
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Enfant il rêvait de devenir restaurateur d’art, mais par un indicible concours de circonstances et après douze ans de tâtonnement il exerce finalement la profession de chirurgien plastique pour vieilles harpies en fin de course.
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La première fois qu’il est monté sur un vélo, il est tombé et s’est brisé le poignet. Son premier jour d’école, en maternelle, il s’est fait frapper et mordre et griffer et tirer les cheveux. Sa première expérience sexuelle s’est soldée dans une éjaculation précoce. S’il fait des crêpes, il rate toujours la première. Son fils est la seule chose qu’il ait réussi du premier coup, si bien qu’il croit avoir rompu la malédiction des premières fois. Stupide malentendu – écoutez-le parler comme si le gamin était le plus extraordinaire idiot que la planète ait jamais porté, voyez-le béer devant la quantité et l’odeur de ses couches – il a raté le père.
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Je vais finir par croire qu’ils se sont passé le mot. Et donc, plus précisément, l’énergumène qui conduisait hier la BMW immatriculée 1-CMJ-029 est prié d’aller copieusement se faire foutre avec son klaxon, ses vitupérations de matamore et sa pédale d’accélérateur. Ce que je lui ai signifié d’abord de la pointe du majeur, puis oralement quand il s’est arrêté à mon niveau, mais je préfère le rappeler ici par écrit. La pédagogie, c’est l’art de la répétition.

18/03/2019 – ♫♪♫ Sole cuore amore ♫♪♫ focaccia barese ♫♪♫
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Veuillez s’il vous plaît ne rien jeter dans les toilettes. Pas même de papier hygiénique. Autant que faire se peut, prière de pisser à côté.
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Ôtez-moi d’un doute : poésie ou syndrome de la Tourette ?
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Certes le feu était vert pour les automobilistes, c’était l’heure de pointe et je traversais à trente bons mètres du premier passage piéton ; indiscutablement, je n’avais aucune légitimité à me trouver au beau milieu de ce carrefour très fréquenté. Mais enfin, cette route et ce feu rouge n’avaient guère plus de légitimité à se trouver en cet endroit où poussait jadis une forêt luxuriante. C’est pourquoi je le dis sans fard : allez copieusement vous faire foutre, vous et vos klaxons.

17/03/2019 – Si tout est bon dans le cochon, alors quid de la focaccia barese ?
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À côté de toi je suis un vieux réac, dit-il comme s’il attendait que je conteste. Ce qu’en effet j’aurais du mal à contredire.
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Pas folle, cette jeune maman ne se contente pas de regarder à gauche et à droite avant de traverser. Elle dépêche la poussette au-devant des embûches.
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Gras matou castré de sept ans qui, avachi sur son rebord de fenêtre, un rien condescendant, regarde passer un chat de gouttière vieux d’une semaine.

16/03/2019 – Depuis hier je me demande comment la mettre en scène pour la valoriser au mieux, sous quelle lumière l’éclairer, mais bon sang de putain de merde à l’entournure, mannaggia la miseria, ne se suffit-elle pas à elle-même ? Quand les mots en soi sont poème, il faut savoir s’y effacer et, dignement, en toute simplicité, les prononcer. Je ne dirai donc qu’une chose : focaccia barese.
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Souhaiter bonne nuit à l’être aimé, de bien dormir, de faire de beaux rêves. Pour dire tiens-toi tranquille, ne gigote pas, ne ronfle pas.
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C’est connu, le meilleur moyen d’apprendre à nager est de se jeter à l’eau. Sauf pour le caillou, n’est-ce pas.
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La spiritualité, c’est comme la politique. On n’en parle jamais aussi bien que quand on a l’air de parler d’autre chose.
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(Aliments de langage#4, suivez le lien)

15/03/2019 – Ça y est, je l’ai, j’ai trouvé l’idée de génie qui fera ma fortune : un dentifrice au goût focaccia barese.
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Cela dit, le moyen le plus démocratique d’accéder à la culture reste le train. On en déduira ce que déduire se doit du fait que les dix ou douze derniers gouvernements aient fermé davantage de lignes ferroviaires qu’ils n’en ont ouvert.
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Homme de principe, je me suis toujours efforcé à ne m’engager dans aucune armée et ne prendre part à aucune guerre, à ne pas faire d’enfant, à ne jamais posséder de smartphone. Jusqu’ici je tiens bon. Aussi, on comprendra que je me sois réveillé en sursaut, l’autre soir, terrorisé comme un innocent à la veille de la guillotine, car je rêvais que je chevauchais une trottinette électrique.
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À première vue pourtant, le léopard et le zèbre ne semblaient pas camouflés pour le même arrière-plan.

14/03/2019 – Mettre la cerise sur le gâteau ou, plus précisément, saupoudrer l’origan sur la focaccia barese.
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Film tourné en super 8, doublement audacieux puisque tourné en super 5 aussi.
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Mademoiselle Grocul, faut-il le préciser, a énormément souffert de son patronyme pendant son enfance. Et ce serait un euphémisme de dire que son adolescence fut un enfer. C’est d’autant plus idiot que sa croupe, délectable, est d’une minceur à nulle autre pareille. Heureusement les railleries de cour d’école sont oubliées, elle a tourné la page : c’est une toute nouvelle aventure qui a commencé le jour où, le cœur battant dans sa poitrine plus lisse que la plaine d’Alsace, elle a dit oui à M. Grossein.
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Vivre sa routine comme la roue tourne, sur une route, de détours en déroutes.

13/03/2019 – Après l’avoir privé de dessert en vain, puis de télévision, puis de son match du dimanche, ses parents durent recourir à la punition suprême : le priver de focaccia barese. Ils n’eurent guère besoin de mettre la sanction à exécution. La menace suffisait.
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Massivement – et c’est le cas de le dire –, l’Amérique de Donald Trump s’organise en vue de la fin du monde. Déjà obèse, elle continue d’amasser les stocks de vivres dans l’estomac de ses rejetons les plus prometteurs.
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Que de temps perdu pour ces deux-là qui, après huit ans d’une amitié farouche et éclatante, ont finalement réalisé qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Et ces deux autres qui, pire encore, ont mis vingt-deux ans à admettre qu’ils ne s’étaient jamais vraiment aimés.
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Défenestré, sa mort prit tout le monde au dépourvu sauf lui.

12/03/2019 – Alerte orange aux vents violents sur cinq départements (Oise, Aisne, Somme, Nord, Pas-de-Calais). Autrement dit : les Hauts-de-France ne manquent pas d’air. Ni, d’ailleurs, mais c’est un secret bien gardé qu’il ne faudrait pas ébruiter, de focaccia barese.
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Le consultant spécialiste des questions de sécurité aérienne, qu’on ne consulte jamais à part en cas d’accident, est donc plus précisément spécialiste des questions d’insécurité.
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En première approximation, l’humain est une usine à produire pipi et caca. En deuxième approximation, une usine à produire pipi et caca douée de raison.
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Au Café du commerce, sur la chemise de la serveuse, au niveau du cœur, il est écrit Z1975. Froid dans le dos au moment de régler l’addition.

11/03/2019 – Liberté, égalité, fraternité, focaccia barese.
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On ne peut plus aller au supermarché sans qu’on nous demande si l’on a une carte de fidélité, si l’on en désire une. L’enjeu serait, en allant faire ses courses de manière régulière au même endroit, d’accumuler des points pour gagner cadeaux et réductions sur le ticket de caisse. Or je préfère ne pas laisser mon nom et mes données personnelles inconsidérément, en particulier aux établissements de commerce. C’est pourquoi je m’organise tout seul quant aux cadeaux que je me fais, et aux réductions que j’estime mériter : dans les établissements de commerce, à hauteur de vingt ou vingt-cinq pour cent, je vole.
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Oui, je vole. Mais raisonnablement, et de manière honnête si je puis dire. Uniquement les produits de première nécessité, la base, le vital, le chocolat, le fromage, la bière, etc. Quitte à se faire pincer, je choisis toujours les produits de première qualité aussi.
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Et quelle fierté ! À force d’en parler à mes amis, ma pédagogie porte ses fruits et fait des émules. Je songe à postuler l’éducation nationale.

10/03/2019 – Décidé à changer enfin de vie, à tout plaquer et me réinventer, j’empochai mes derniers euros et sans même enfiler ma veste ouvris la porte et c’est à peine si je dardai un dernier regard vers la cuisine où, sur la table, lascive et voluptueuse, elle se pavanait dans sa beauté – l’odalisque d’Ingres aurait semblé autrement moins appétissante. Alors je refermai la porte, m’attablai, et mordis dans cette splendeur à la fois moelleuse et croustillante ; et à quoi bon tout plaquer quand on entame la focaccia barese par le meilleur côté ?
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Quelle supercherie ! Dire que pour ma génération, l’an 2000, ça allait être un truc pas croyable.
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C’est un restaurant parfait, baigné dans une ambiance musicale parfaite. Les serveurs, parfaits, portent des assiettes de viande parfaites à de gros clients non moins parfaits. On dirait des antilopes agiles bondissant lestement pour servir des lions, ceux-ci partageant leur contentement en rugissant des rots parfaits.
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Chassé par la porte, le courant d’air revint en catimini par la fenêtre.

09/03/2019 – La surprise, pour mon prochain anniversaire, serait de souffler les bougies sur la focaccia barese.
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La poésie : une falaise infinie d’où l’on chute sans jamais se blesser.
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Assis sur un banc près de l’étang, le vieil homme lisait. De temps à autre il se grattait l’oreille machinalement, riait, se curait le nez comme s’il eût été seul au monde. Il était si absorbé que la jeune femme, rendue curieuse, alla lui demander ce qu’il lisait. Souriant, il répondit que c’était l’histoire d’une jeune femme qui observait un vieil homme lisant sur un banc près d’un étang. C’était un livre très épais.
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Deux mille ans plus tard, Caligula aurait donc ses suiveurs au Vatican.

08/03/2019 – Que ce soit su : je suis donneur d’organes. Tout, prélevez tout, le foie, les reins, les poumons, le cœur, les yeux, tout, incisez et célébrez la vie, si l’occasion se présente offrez à d’autres la seconde chance que je n’aurai pas eue. Et surtout, sans y réfléchir à deux fois, surtout, transmettez ma recette de la focaccia barese.
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(Tout, à part le cerveau. Mais était-il nécessaire de le préciser ?)
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Terrible coup de vieux en trois minutes à peine, sous mes yeux il se délabre irrémédiablement, ce nuage vieillit vite et mal.
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L’âtre crépitait, le champagne pétillait, on prenait des résolutions sur l’estrade tandis que le chien, tout à ses lubies, distribuait les morsures devant les braises. Simple prolongement de la fainéantise de ses maîtres, il jouissait d’une vie canine dont aucune vipère n’aurait pu se vanter.

07/03/2019 – L’amour, la jeunesse, la santé, la recette de la focaccia barese, il faut les avoir perdus pour réaliser la fortune qu’on possédait.
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Condamné à la réclusion perpétuité il y a trente-sept ans de cela, avec son ongle pour seul outil, il persiste à creuser des trous dans sa cellule. Mon gros orteil reste déterminé à s’évader de sa chaussette.
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Les personnes qui jugent que je manque d’ambition m’ont surtout l’air d’en avoir trop.
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Ces mêmes poils qui, il y a huit ans, dépassant de sa chemise, lui semblaient terriblement sexy, qui désormais, au fond de la baignoire, constitueraient un motif de divorce.

06/03/2019 – Qu’on me cite un effet du progrès, un seul, n’importe lequel, objet ou création immatérielle, qui n’a jamais tué personne (à part la focaccia barese).
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Considérant que l’existence végétative de la moule, du bigorneau, de la Saint-jacques et du bulot méritait d’être élevée à de supérieures sagesses, l’homme les ébouillanta et les mangea.
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Quant à moi je me promène toujours nu en ville, avec juste ce qu’il faut de vêtements pour que ça ne se remarque pas.
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Si la poésie devait dominer le monde, chaque seconde serait bleue comme un siècle.

05/03/2019 – J’ignore comment on réussit sa vie, mais j’en ai vu assez pour savoir comment rater la focaccia barese.
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Le comportement du bernard-l’hermite est fort déconcertant, et ce pour le bernard-l’hermite en premier lieu. Son air d’éternel ahuri le montre assez.
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Il existe entre les moustachus une connivence qu’on ne soupçonne pas si l’on n’est pas soi-même membre de cette petite communauté élective. Depuis que j’en fais partie, je reçois moult regards confraternels dans la rue. Sous les bacchantes de mes semblables les sourires sont discrets, mais soutenus. Toutefois, je ne réponds jamais à ces attentions. Sans doute échange-t-on les mêmes regards entre cyclopes, entre culs-de-jatte, les mêmes sourires, je ne voudrais pas qu’on se méprenne.
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Maigre piécette de cinq centimes sur le trottoir. Encore un étourdi qui ne l’était pas assez.

04/03/2019 – Reconnaissons que cette époque fabuleuse nous offre des opportunités qu’on n’aurait jamais imaginées il y a vingt ans de cela. En ce moment, par exemple, je songe à tourner un film pornographique et à le diffuser sur les réseaux sociaux pour lancer ma carrière. Créer le buzz, comme on dit. Ça s’appellerait Focaccia barese.
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Arrogance de l’homme qui se croit responsable de la disparition des oiseaux. Lui qui, tout au plus, est coupable de la disparition des arbres.
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Petit rappel de savoir-vire : on ne coupe pas la salade dans son assiette, c’est impoli. Il est important de le savoir. Et même vital, on en a pendu pour moins que ça. On en a guillotiné aussi, et on ne compte plus ceux qu’on a brûlés vifs en place publique. Couper la salade dans son assiette, c’est faire preuve de mauvaise éducation. Le mal absolu.
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Rouge à lèvres que, dans la pratique, elle emploie comme un rouge à dents.

03/03/2019 – Il fallait être américain pour croire le contraire : ce n’est pas à la table des négociations qu’il convenait de réunir Donald Trump et Kim Jong-Un, mais autour d’une focaccia barese.
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T’as de beaux yeux, tu sais, dis-je au paon qui faisait la roue devant moi, et t’en as beaucoup.
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Pétillante leçon sur l’Égypte antique, au collège, d’autant plus empreinte de réalisme que notre professeur d’histoire avait une allure de momie.
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Le stylo est mort, vive le stylo !

02/03/2019 – Pendant que dans des souterrains la science s’active à la bombe atomique de demain, que nos cerveaux les mieux faits conçoivent les chimies de l’horreur et les nouvelles stratégies de la soumission, quelques résistants retroussent les manches et, ce matin, comme chaque jour, préparent la focaccia barese.
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Sans effet, les affiches publicitaires pour ce nouveau parfum. La ville empeste.
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La mode chez l’abeille est d’un ennui !
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Comme tout un chacun il n’a qu’une envie, faire le job au plus vite et rentrer chez lui. Au moins ne peut-on pas accuser le sprinter de faire semblant.

01/03/2019 – La focaccia barese avec une fourchette ? À Paris, oui, peut-être, mais pas à Bari.
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Je suis né sous une bonne étoile qui, gentiment, et à son rythme, se dirige vers la gueule béante d’un trou noir.
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Un m’as-tu-vu, ce crocodile qui se balade au bord de la rivière dans ses mocassins en peau naturelle.
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Je ne tremble ni devant le Musulman, ni quand je rencontre le Juif. Le turban du Sikh non plus ne provoque en moi aucune réaction de dégoût. Pas d’amalgame. Aussi, je reste persuadé qu’il existe, quelque part, quelques banquiers tout à fait honnêtes.

28/02/2019 – De la farine, de l’eau, de la levure, de l’huile d’olive, des pommes de terre et du sel, voilà ce que vous dira le profane. N’en croyez rien. Avant tout, la focaccia barese, c’est deux mains et un cœur.
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Cinq cents fois au moins j’ai vu la plus belle femme du monde. Ce n’était jamais la même.
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Sous le miroir de l’horizon les mêmes villes, en proportions égales, mais habitées d’une vie honnête, simple, lente, pacifique.
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Et qu’est-ce qu’une couleuvre, sinon un épervier sans pattes doté d’écailles au lieu de plumes ?

27/02/2019 – La messe dominicale connaîtrait un regain de fréquentation si, au lieu de communier dans l’astringence de l’hostie, on faisait mordre les fidèles dans la focaccia barese.
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Hypersensibilité des prédateurs face aux armes du chat. Un ronronnement suffit à les faire fuir.
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Quelle douce folie ! Aux amis que les géographies ont éloignés, j’envoie des baisers aériens comme on s’assoit sous un tilleul pour enterrer des boîtes vides. Dans des enveloppes sans timbre ni adresse, je glisse des partitions vierges où nous pourrons écrire la mélodie des bords du temps. Mes amis véritables savent lire cet amour muet que j’ai pour eux. Et moi le leur : les nuages parlent d’eux-mêmes. Et les entrelacs de la vigne vierge, l’odeur du pain grillé tôt le matin, les quelques flocons de neige de janvier dernier, la manière qu’a tel passereau de siffler avec insistance comme si nos vies à tous en dépendaient. Amour venu de loin. Partout, toujours, à chaque instant. Je le reçois.
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Tous les livres du monde, sans exception, racontent la même chose : je suis un volcan.

26/02/2019 – Mes parents, dans les années 1990, avaient une manière bien personnelle de distinguer le clochard du marginal. Selon eux, ce dernier choisissait la rue par contestation, voix de la marge contre un système normatif omniprésent, omniscient, omnipotent. Avec le temps, j’ai fini par comprendre que leur vision était surtout une manière de se voiler la face : comment savoir si tel homme crève de faim par malheur ou par élection, si c’est la fatalité qui fait soliloquer tel autre ou s’il milite pour une cause supérieure ?
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Je serais volontiers boxeur si j’avais la certitude de rendre au moins quelques-uns des coups que j’ai déjà reçus.
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On accuse l’astrologue de charlatanisme. Ayons l’honnêteté de reconnaître que le pharmacien n’en sait guère davantage.
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Petite fleur fragile qui, à travers le béton, pousse doucement (un cri).

25/02/2019 – Qui croire encore ? Cent pour cent des personnes que j’ai interrogées m’ont pourtant assuré n’avoir jamais pratiqué le cannibalisme.
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Il faut que le monde soit devenu invivable pour que ma génération soit ainsi nostalgique des années quatre-vingt.
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Du poète on dit qu’il est oisif, mais lui au moins a le sens des responsabilités. Ce matin, obstétricien dans l’aube, il a contribué à la naissance d’un bourgeon.
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Avoir pour mauvaise habitude de ne pas en avoir, ou peu, et que des mauvaises.

24/02/2019 – Long weekend de tango total. Enchantée, me disent-elles au moment de se rencontrer. Quelques minutes plus tard, au moment de quitter l’abrazo, je réponds Endansé.
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Couloir d’hôtel aseptisé en attendant l’ascenseur, verbiage étouffé mais caractéristique derrière une porte. Et la certitude qu’on est tous un peu ridicules au moment de jouir.
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Crampes et courbatures, ce matin, le corps brisé. Mais dans une heure, de nouveau, je me jetterai dans la mêlée. Fidèle à mes vieux principes je danserai en survivant, comme si la guerre faisait rage à l’extérieur. Et n’est-ce pas le cas ? Ne sommes-nous pas en guerre ?
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La gourmandise, un vilain défaut ? Bande de réacs.

23/02/2019 – Bien que je n’aie jamais vu la bestiole je peux dire sans prendre trop de risques que cette vieille dame porte son manteau de vison avec moins de naturel que ne le portait le vison.
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Dieu a cela de commun avec un compte en banque qu’on peut leur faire accomplir des miracles à tous deux sans avoir aucunement notion de ce qu’ils sont. On finirait par croire que ce sont les mêmes personnes qui les ont inventés.
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Cher ami, vous êtes si juste, si loyal, si généreux que je me demande si vous n’êtes pas tout simplement un peu idiot.
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Une balle perdue, qui ne l’aura pas été pour tout le monde.

22/02/2019 – L’amant qui bombe le torse est avant tout un – irrécusable terminologie – esclave inféodé à sa maîtresse.
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Tandis que l’homme au bout de la laisse faisait claquer deux bises bruyantes sur les joues d’une autre femme au bout d’une autre laisse, les chiens se reniflaient gentiment l’arrière-train. Et moi, curieux de voir la pente où l’évolution conduira ces deux races magnifiques, laquelle prendra exemple sur l’autre.
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L’alcool nuit gravement à la santé. Mais enfin l’eau aussi, de nos jours.
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J’enfile mes croquenots et mon béret et, hop, le voyage spatial n’a plus aucun secret pour moi.

21/02/2019 – Si j’étais votre ami, vous ne me demanderiez pas de vous faire, justement, un prix d’ami. Et si je vous considérais comme tel, je ne vous ferais pas payer du tout. Tenons-en nous donc à la somme indiquée sur l’étiquette, ne fût-ce que par fidélité à cette belle amitié qui nous unit.
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Nul ne peut se réjouir de la mort prématurée de Franz Schubert à trente-et-un ans. À part peut-être Bach, Mozart et Beethoven.
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J’ai regardé hier, sur internet, une longue série de vidéos d’apprentissage dont l’objet était la lutte contre la procrastination. En un mot : j’ai procrastiné.
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Mon aversion maladive à l’endroit de la chose administrative est abyssale, et même plus grave que je ne le croyais. Une véritable infirmité. J’aurais demandé une carte d’invalidité, n’eussé-je pas dû remplir tant de paperasse pour cela.

20/02/2019 – Shinzo Abe, Premier ministre du Japon, soutiendrait Donald Trump pour succéder à Denis Mukwege et Nadia Murad en tant que lauréat du Nobel de la paix. Dès lors, outre que toute cette affaire sent la coterie maçonnique, que ce soit bien clair : si jamais le prix lui est décerné, Stockholm peut rayer mon nom de ses tablettes.
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Ça vaut d’ailleurs pour le prix de littérature également – oui, je sais, c’est difficile à croire, mais M. Trump écrit des livres.
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On reconnaît l’ami véritable à cela que quand il prête son couteau, il le tient par la lame.
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Crise d’angoisse : sachant l’état de déréliction dans lequel l’humanité est déjà plongée, que serions-nous si, en plus, personne n’avait eu la lucidité d’inventer le vin ?

19/02/2019 – Après avoir dévoré deux gigantesques portions de frites agrémentées d’un bon kilo de mayonnaise et d’oignons frais, ils s’embrassent comme on se met à table une seconde fois, sans avoir lavé les assiettes. Certains, on se demande où ils trouvent le courage de mélanger leur salive.
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Nombreux hélas qui, en poésie, s’enlisent dans la licence sans considérer le silence.
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En voyage, je m’efforce toujours à me fondre dans la masse. Pour m’adapter aux coutumes locales, je commence par me rhabiller de pied en cap dans les boutiques les plus fréquentées par l’autochtone. Et il y a que je possède un certain nombre de T-shirts qui, s’ils ne venaient pas des quatre coins du monde, me sembleraient curieusement identiques.
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Vu les progrès réalisés dans le secteur des piles cardiaques j’envisage de me faire greffer un cœur de métal à propulsion atomique. Prudence est mère de sûreté. Et il faut vivre avec son temps.

18/02/2019 – Le corps, si précieux qu’on ne le partagera pas même avec ses amis de toujours – parfois offert malgré tout à l’inconnu de passage.
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L’expérience épiphanique de la madeleine, chez Proust, est finalement bien pauvre en termes créatifs, d’inventivité pure, comparée à un plateau de chiacchiere, de poffertjes, à une bouchée d’Apfelstrudel. Ne pas simplement revivre les années d’insouciance à Combray, mais plonger soudain dans le gouffre de toutes ces enfances possibles, ailleurs, sous d’autres soleils.
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Certains jours, avoir cinq ou six mains en plus ne serait pas du luxe.
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Je me demandais lequel, de l’homme et du cochon, s’acharne à ressembler si bien à l’autre. Ce qui n’est pas flatteur pour le cochon.

17/02/2019 – Aux filles de mes amis je n’offre ni dînettes, ni poupées, ni aucun jouet susceptible d’éveiller leur vocation de ménagère. À leurs garçons pas de fusils, d’épées, de jeux de guerre. À quoi bon insister. Mes amis sont déjà si consciencieux.
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Action-réaction : autant que tu le craches, ton crachat te crache.
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Voyez par vous-même. On peine à croire que, fut un temps, la couleur rouge était intimement liée au communisme.
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Enfant de mes dialectes j’ai traversé bien des frontières. Certaines à pied, d’autres à la nage, parfois simplement vêtu de guenilles que je ne portais plus. Ma voix ne connaît ni la brique ni le marbre, elle ne connaît pas la cupidité. Mais plus de frontières encore m’ont traversé : celles de l’amour, du désespoir, les fonds boueux du repentir. Partout, je les emmène avec moi. Partout, j’enrichis mon vocabulaire.

16/02/2019 – Ce piano à queue ne serait-il pas plutôt une harpe pour chat ?
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Fake news : Donald Trump aurait été élu quarante-cinquième président des États-Unis d’Amérique.
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Dégusté, au troquet des surréalistes, un petit jus de mots.
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La vie aussi a cette étrange tendance à s’accrocher désespérément à la vie.

15/02/2019 – J’ai donc un sosie à Bruxelles puisque cette femme en voiture, que j’ai moi aussi, un instant, depuis mon vélo, prise pour quelqu’un d’autre, m’a salué en retour.
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Après six semaines de cavale, enfin, ils parvinrent à attraper le courant d’air qui avait fait tomber le pot de fleurs sur la tête du curé. C’était prévisible : il leur fila entre les doigts devant la porte du tribunal.
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Les équations ont beau être d’une simplicité désarmante – Fumeur = Tumeur ; Tumeur = Tu meurs – ils sont des millions à chercher la solution.
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Tant d’énergies brûlées pour le seul bénéfice de vieillir.

14/02/2019 – Cherche figurants pour film indépendant tourné sans caméra, sans scénario, sans équipe technique ni budget. Sept milliards et demi de postes à pourvoir.
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On est ce qu’on mange, dit-on. Sauf les Péruviens, qui servent du poulet à chaque repas ou presque sans pour autant courir avec des plumes au cul.
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J’ai réalisé vers six ans que ma naissance m’interdisait de devenir un philosophe allemand. Par chance, je n’avais pas encore envisagé la vocation.
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Curieux malgré tout de rencontrer les amis que j’aurais eus si je n’avais pas eu ceux-ci.

13/02/2019 – Pauvre manchot, pauvre phtisique, pauvre boiteux, et qui soutiendrait le contraire ? Pauvre banquier aussi, pauvre huissier de justice.
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Une brassière de sport, oui, je vois. Mais une brasserie omnisports ?
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Depuis trente-sept ans que je mords la vie à pleines dents, elle ne m’a laissé que quelques éraflures en retour. Mais je la sais aussi lâche que rancunière, et je ne me leurre pas quant au dernier coup qu’elle me portera, dans mon dos.
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Pour le langage aussi, obsolescence programmée.

12/02/2019 – Ils parlent fort, leurs voix sont éraillées, leurs rires stupides, ils ont de gros nez, de grosses lèvres et des boutons d’acné plein le front, et je m’y reconnais si bien que grâce à eux je me sens soudain moins nostalgique de ma propre adolescence.
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C’est sans aucun effort que j’escalade la pyramide des âges.
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L’égalité des sexes ? Quand un homme aura été élu miss France.
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Dire je t’aime, c’est manger la moitié de tu et les deux tiers de toi.

11/02/2019 – Humide pays de vieilles pierres, le vent souffle en trombes tourmentées. La forêt se cambre, elle ploie sous la tempête, gondole, mais plus que de subir elle donne l’impression de jouer. Les racines sont solides, les arbres dansent.
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Pleuré en épluchant un tout, tout petit oignon. Un oignon trop petit pour faire pleurer, à dire le vrai. Un oignon comme prétexte, comme preuve qu’on n’apprend pas toujours de ses erreurs. Un oignon si bien épluché qu’il n’en est rien resté.
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À quelques pas de là, Madame Lejeune porte son nom de plus en plus mal.
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Quand ce n’est pas une roue à dévoiler, c’est le dérailleur ou les patins de frein. Mon vélo a besoin d’attention, en ce moment.

10/02/2019 – Le tango est une manière sensible de faire l’expérience décrite par Jacques Rigaut dans Lord Patchogue. Danser, comme traverser un miroir et voir la vie derrière la glace. Voir éclore les intentions sous-jacentes, à la lisière de la conscience. Amplification de la pensée en mouvement. Prendre vie dans le corps de l’autre. Être soi dans le corps de l’autre.
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Et puis, à l’opposé du spectre, il y a ceux qui prennent le miroir à la lettre. Littéralement : quand ils dansent, ils ne cherchent pas leur partenaire, mais leur propre reflet dans les miroirs, si par bonheur il y en a. Et si pas de miroir, le regard des autres y remédiera. Leur partenaire, réduit à un alibi. C’est là tout le dilemme : ils le haïssent d’autant plus qu’ils en ont besoin. Tango exsangue.
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Ainsi ce fils d’immigrés siciliens qui parle encore le vieux dialecte à la maison, et condamne l’invasion des Marocains dans son quartier, des Algériens, des Noirs, qui viennent voler son travail.
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Oh, Maxime, combien tu manques.

09/02/2019 – Mauro, un ami géomètre qui cherche à se reconvertir en jardinier : c’est une période de ma vie dans laquelle j’ai plus envie de faire pousser des arbres que des immeubles.
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Je suis très différent de ma mère. En dépit de quoi j’ai hérité d’un de ses traits de caractère les plus saillants : sa capacité à aimer, qui dépasse l’entendement. Il va sans dire que ce patrimoine est assorti d’une intransigeance implacable, et d’une capacité à mépriser qui dépasse l’entendement.
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La nuit a porté conseil. Je pense la même chose qu’hier.
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Quant à Jean Trifier, c’est peine perdue. Il faut savoir quitter les Jean Trifier. Savoir aussi, s’il le faut, quitter qui ne sait pas quitter les Jean Trifier. Sans compromis. Pour mieux s’offrir aux jardiniers.

08/02/2019 – Prodigieuse dichotomie de la chaussure qu’on enfile pour se préserver des intempéries, des débris de métal et de verre, des chevilles vrillées sur les trottoirs, et qui bien loin de nous protéger nous creuse de magnifiques ampoules sanguinolentes dans les talons. On en rirait.
//
Même le langage est technologie, un raffinement superflu de la culture. Aussi, s’en déshabiller. Se dévêtir du progrès et de toutes ses excroissances. Être rythme, et splendide. Être enfant dans l’humanité, jouer, battre des mains et s’en émerveiller, frapper un caillou contre un autre caillou et se souvenir du soleil et de l’eau et des arbres.
//
J’aimerais, une fois dans ma vie, faire l’amour avec une femme dont le plus grand plaisir sexuel consiste à se ficher les doigts dans le nez au moment de l’orgasme, ou à imiter le bruit d’une photocopieuse. Sûr que ça existe. Comme ça, pour voir la tête que je ferais.
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Fumer pue.

07/02/2019 – J’étais plutôt bonne à l’école, tu vois, pas la première de la classe, mais pas la dernière non plus, et j’aimais bien tout ce qui était histoire de l’art, pourtant jusqu’à aujourd’hui j’étais persuadée que Mozart, c’était un peintre.
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Dialogues capturés dans la rue, au faîte de la réalité, qui, écrits dans des livres, seraient fustigés par la critique. On leur reprocherait de manquer de vraisemblance.
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Je ne vous conseillerais pas d’y emmener une femme à un premier rendez-vous galant, ni même au deuxième d’ailleurs, du reste je n’irais certainement pas avec mes parents, ou quiconque de ma famille, ou de mes amis, ni pour un dîner d’affaires, mais en dehors de cela c’est un petit restaurant très bien et tout à fait recommandable.
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Je suis la personne qui, au monde, me comprend le mieux. C’est dire l’abîme de solitude.

06/02/2019 – Je n’éprouve jamais autant de sympathie pour Dieu que quand Il s’escrime à faire sécher la pluie avant même de lui faire toucher le sol.
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Guerre sans merci que l’homme livre à la tomate depuis des siècles.
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C’est mon côté militant-écolo, je recycle toujours les manuscrits non réclamés par leurs auteurs pour en faire des brouillons. Qu’on s’entende cependant : leurs idées, jamais.
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Quant à Jean Trifier, moins ils est drôle, plus il fait rire.

05/02/2019 – Sweeeeet (goombay) druuuums…
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La seule amie que je n’aie jamais trahie : la musique.
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Deux mille ans de progrès continus, de magnétoscopes, de téléphonie 4G, de sondes spatiales. En ce qui concerne le fondement humain toutefois, encore et toujours, cet indéboulonnable pantalon à deux jambes.
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Ces jours-ci je réfléchis à mon épitaphe. Comme en toute chose ces jours-ci, je procrastine.
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(Aliments de langage#3, suivez le lien)

04/02/2019 – La fausse modestie est à la vraie timidité ce qu’un trépied en rang d’oignon est à un aphorisme ankylosé.
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Si le moi d’aujourd’hui rencontrait le moi d’il y a dix ans, sûr qu’ils ricaneraient condescendants.
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Se couper les cheveux au carré, et même plus courts, à la garçonne, les rajeunirait en effet si elles ne le faisaient pas toutes, systématiquement, comme un témoin de leur âge justement, comme pour l’affirmer, le crier.
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Le nombre de personnes pour qui Du côté de chez Swann est une chanson, rien qu’une chanson.

03/02/2019 – On a vu des poètes se nourrir du seul pollen de la rose, pollen poussiéreux, desséché, puis vomir ses pétales douze heures plus tard, pisser des épines de sang dans le chagrin du crépuscule. Et d’autres écrire Il pleut de l’eau / il souffle de l’air / il passe du temps avant de pleurer sur la mort d’un arbre sans racines, imaginaire, un arbre aphone qu’ils nomment arbre.
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Tu ne tueras point. Moi, si.
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– Il est sympathique, ton copain, ma chérie.
– Papa, je t’ai déjà dit que ce n’était pas mon copain, juste un copain.
– Ça m’avait pourtant l’air d’un bel orgasme.
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Quant à Jean Trifier, qui a plongé parmi les mille couleurs des fonds marins et vu des grappes de poissons exotiques glisser sur la grande barrière de corail, l’autre jour encore il me parlait de ses craintes pour le futur : mes enfants auront-ils la chance de voir cela ? disait-il. Et les glaciers des Alpes, et la forêt amazonienne ? Ce cher Jean Trifier, bien oublieux des millions et millions qui aujourd’hui, sous sa fenêtre, rêveraient de voir une simple pomme de terre.

02/02/2019 – Bien sûr que tu as le pouvoir de changer le monde. J’en veux pour preuve qu’à chaque seconde, tu le réchauffes.
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Ces villes lisses, ces villes usées, civilisées.
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Par où diable ressortent-ils, tous ces passants qui entrent dans mes yeux, mes oreilles ?
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La politesse est une vertu qui frôle parfois la couardise.

01/02/2019 – Le pamplemousse, son attitude de fierté résignée, dédaigneuse, au moment où j’y plonge ma petite cuiller.
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Il enfile toujours son bonnet, une grosse écharpe et ses gants avant de sortir affronter l’hiver. Question de principe. Il n’y dérogera pas au prétexte qu’il fait seize degrés.
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N’ayant pas couru devant témoins assermentés, mon record (6 s 72 aux 100 mètres) ne serait pas valide. Qu’importe, mes lecteurs au moins sauront la vérité.
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Quant à Jean Trifier, il a connu des femmes résolument clitoridiennes, d’autres plutôt vaginales, et d’autres encore à la poitrine si délicate que le simple fait de les effleurer leur était intolérable. Selon son psychanalyste, sa zone érogène la plus sensible à lui se situerait sous la ceinture, mais au niveau de sa poche gauche, dans son portefeuille, où il range sa carte de crédit.

31/01/2019 – Ces jours-ci, je rechigne moins à appeler nuits blanches mes insomnies : il neige.
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Vite, vite, devancer la journée avant que la journée ne me rattrape.
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Il m’arrive de me répéter sur ce blog, de recycler involontairement des idées déjà déployées six mois, un an, deux ans plus tôt. C’est que je suis un travailleur, et qu’en travailleur je m’adresse également aux camarades travailleurs qui chaque matin accomplissent leur petite routine quotidienne dans le plus grand déni de ce miracle qu’est la vie.
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Je voulais bien le laver avant de l’utiliser pour m’assurer qu’il soit bien propre. Conclusion, mon savon a fondu de moitié.

30/01/2019 – Nuit d’inquiétude inutile : hier soir, sans prévenir, Romain, mon partenaire de tango, n’est pas venu à la leçon. Ce matin, il répond à un e-mail pour me dire que son téléphone est hors service, et qu’il avait tout bonnement oublié.
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Les choses sont clarifiées, dans l’ordre, tout le monde va bien. Ça arrive. Aussi, quitte à vivre telle mésaventure, autant tirer les enseignements qu’elle veut m’offrir. En premier lieu : ce n’est pas la nuit qui porte conseil, mais le sommeil. La nuit, notoirement, est noire.
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Mais remettons les choses dans leur contexte. Pour cela, sortons-les justement de leur contexte. Mon grand-père, qui n’a pas connu le grand-père de Romain pour d’évidentes raisons géographiques, de source sûre, a dansé le tango : il l’évoque dans ses carnets de prisonnier, où il avait recopié les textes de chansons alors à la mode. Rien à voir toutefois avec le tango argentin, c’était un tango de la fin des années 1930, un tango des villages de Picardie, qu’on dansait sans prendre de leçon. Mon grand-père dont tous s’accordent à dire qu’il était homme simple, homme sage, qui, si jamais il s’inquiétait pour quelqu’un, n’avait qu’à enfourcher son vélo pour savoir exactement de quoi il en retournait. Mon grand-père qui n’a jamais eu de téléphone portable, ni jamais vraiment su ce qu’était internet.
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La technologie, le progrès, le confort, mes petites inquiétudes nocturnes. Et la montagne quelque part, sous la neige, splendide et impassible.

29/01/2019 – Elle aurait un avis autrement plus tranché au sujet de son époux, et plus tranchant, si elle n’avait pas fait la folie, il y a six ans, devant témoins, de dire lui oui.
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Il n’y a qu’un seul moyen de savoir avec certitude jusqu’à combien je sais compter.
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Les bonnes surprises arrivent toujours au moment où on s’y attend le moins, qualité qu’elles partagent assez équitablement avec les mauvaises. Vigilance et circonspection, donc, avant de tirer toute conclusion.
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Quant à Jean Trifier, on a beau connaître les mécanismes mis en œuvre dans l’évolution des espèces, on aimerait malgré tout savoir quelle mutation génétique a fait, de cet enfant joyeux qui s’émouvait devant la mort d’une sauterelle, un Jean Trifier.

28/01/2019 – Le vingt-huit janvier, déjà ? m’entends-je dire, candide, comme tous les ans à la même date.
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En ce moment je me pose beaucoup de. Je m’interroge sur le sens de la. L’impression que même les mots tombent dans le vide comme le parachutiste sans. Tout est si prévisible, pas besoin de finir mes. Et celle-ci : était-il seulement nécessaire de la.
//
Trouver un compromis. C’est-à-dire : compromettre, et se compromettre. Non merci.
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Et tandis que devant son ordinateur, dans son bureau climatisé, le responsable des ressources humaines a le ventre en feu pour un pet qu’il retient depuis trois heures, l’ouvrier maghrébin payé au noir sur le chantier de la prison passe ses journées à siffloter.

27/01/2019 – Le libertaire au fond n’est qu’un despote qui veut abolir la liberté – que dis-je, liberté, le droit fondamental – du despote à opprimer les opprimés.
//
Ce fut une excellente soirée de lectures poétiques, et je m’en souviendrai longtemps, notamment des feuilles d’endives et de la purée de betteraves.
//
Les risques inconsidérés qu’on prend, dans la vie. Rien qu’hier, j’ai bu pas moins de sept verres d’eau. Et une théière.
//
Comment se fier à la nouvelle génération ? Ils ne sont pas sortis de la maternelle, n’ont pas un poil au cul, pas la moindre notion du mot coït, et déjà la moitié d’entre eux divorcera.

26/01/2019 – La parole donnée, infiniment plus légère que la parole écrite. C’est ce qui la rend si lourde de conséquences.
//
Arrivée au sommet du grillage métallique, en vain, la chenille se dresse sur ses minuscules pattes arrières comme pour se hisser encore plus haut, se contorsionnant sans plus trouver aucun support où s’accrocher. Et tandis que je la regarde s’échiner ainsi, je ne peux m’empêcher de me demander quel mal terrible elle a commis dans ses vies antérieures pour en arriver là, réincarnée en cet insecte sans autre destination que soi-même.
//
Personne dans le quartier ne se doutait que toutes les portes avaient le même code d’entrée – l’année de naissance du technicien.
//
Quant à Jean Trifier, il dit volontiers que rien ne lui fait peur. Il n’a jamais remarqué que son nom peut se lire T-rifier.

25/01/2019 – Maman, les années ont passé et il est temps que je te l’avoue, ce trou dans mon t-shirt, c’était en fait deux-cent-quarante-sept mille huit-cent-trente-deux trous. J’avais seulement pris soin de bien les coller les uns aux autres pour que tu n’y voies que tu feu.
//
Mille célestes putains, m’exclamai-je, est-ce bien ce que je crois ? Mais il fallut me rendre à l’évidence : c’était tout autre chose.
//
Faire pipi dans la douche vous permettra de réaliser de substantielles économies d’eau. L’idée toutefois n’étant pas de retourner vous doucher chaque fois que vous avez pissé.
//
Comment tenir en équilibre à la chevauchée des nuages si, ni lecteur ni auteur de sa propre histoire, dépositaire d’aucune tradition, on s’est constitué otage de l’ocre vif des canicules ?

24/01/2019 – La fleur est un miroir comme un autre. Le poignard aussi.
//
Alors qu’on ne s’y attendait plus, le taiseux se dévêtit de toute timidité et monopolisant l’attention s’élança dans un monologue débridé – il ronflait.
//
La mer édifie ce décor hâtif : la mère, et dix fils, décoratifs.
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Tache de sang dans la chair de ma pomme ; en toute bonne foi je crus l’avoir mordue trop fort, c’était l’inverse.

23/01/2019 – Les chanteurs populaires ont deux caractéristiques fondamentales dont je ne peux pas me vanter : être chanteur, et populaire. Toutes proportions gardées, je ne les jalouse pas.
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Heureusement qu’il a une crête sur le crâne, sans quoi j’aurais pris ce punk pour un délégué du grand capital, avec ses baskets Adidas et son pull barré d’un immense logo Hilfiger.
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Il est absolument essentiel, et même vital, de, avais-je commencé à écrire quand une certaine Madeleine, dont j’ai d’abord cru qu’elle s’appelait Maëlle, puis Malienne – drôle de prénom, on en conviendra, à ma décharge le troquet était bruyant et j’avais la tête ailleurs –, quand Madeleine, donc, vint m’interroger sur ce que j’étais en train d’écrire, à quoi je répondis que je n’en savais rien, sans préciser que son interruption désordonnée m’avait fait oublier la fulgurance qui en premier lieu avait justifié que je sortisse mon stylo et mon papier.
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Quant à Jean Trifier, la gorge nouée il raconte ce magnifique coucher de soleil d’août dernier, sur l’arrière-pays provençal, l’effusion de couleur et les odeurs répandues, et l’on a nous aussi la gorge nouée, mais de colère, car on se souvient des feux de forêt dans la région, cette semaine-là.

22/01/2019 – Espace vidéo protégé, est-il écrit sur un panneau à la gare du Nord, à Paris. Pas surveillé, protégé. Aussi, d’un naturel curieux, je voudrais presque qu’un groupe armé déclenche une attaque, ne fût-ce que pour voir de quelles technologies ces caméras certes minuscules, mais non moins redoutables, sont équipées pour assurer ma protection.
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Le tango, oui, évidemment, souvent avec désinvolture. La valse, passe encore, on comprendrait. Mais pas la milonga. Cadeau sans prix, dernière indulgence de ceux qui n’ont plus rien à perdre, la milonga est trop précieuse pour être offerte à la légère.
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On mésestime trop les vertus de l’écriture automatique. Moi, par exemple, j’ai découvert en l’écrivant que j’avais une envie verte et délicieusement malhabile de mordre un chihuahua.
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Surtout, ils seraient capables, en cas de conflit nucléaire, de mettre Donald Trump à l’abri dans un bunker souterrain et d’en faire le dernier survivant. Autrement dit, après l’avoir convaincu qu’il était l’homme le plus puissant du monde, d’en faire pour de bon le plus important.

21/01/2019 – Certains mots se laissent mieux dire par le silence. Ce sont ceux qui ont le plus d’importance.
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Une brique suffit, un angle droit, une saillance, un point de rupture. Le penchant naturel de la forêt n’est pas au quadrillage.
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(L’oreille, souvent, plus aveugle que l’œil n’est sourd.)
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J’aimerais inventorier le jaune, le vert, toutes les nuances du bleu, mais je n’y parviens pas. Impuissant dans l’aube des stridences et des odeurs mortifères. Je ne peux que les écrire ici, en prévision du jour prochain où toute couleur vraie aura disparu. Le jaune. Le vert. Toutes les nuances du bleu.

20/01/2019 – L’homme est un crâne qui court, qui court ; un crabe, et sa trajectoire est courbe.
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Il avait pour habitude de se calfeutrer avant de dormir, toutes portes fermées, celle de l’entrée, celle de la chambre. Même ses draps, il les remontait sur ses yeux comme on ferme une porte. Et ses paupières. Après quoi, libéré dans le sommeil, il s’amusait à abattre des murailles.
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Au dos de chaque feuille d’arbre tombée sur le trottoir, platane, tilleul, marronnier, écrire un poème qui débute dans le souffle et persiste, intransigeant, dans le bleu.
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Quant à Jean Trifier, il n’a jamais pris de maîtresse. Il prétend, lui, partout, en toutes occasions, avec tous, être le maître.

19/01/2019 – Paris, dans le métro, l’impression qu’on me regarde bizarrement. La moustache peut-être, pensé-je naïvement. Pour me donner contenance, je sors un livre de mon sac à dos – Proust, un gros volume. Soudain, davantage qu’une impression, s’impose la certitude. On me dévisage. Le malaise croît. L’atmosphère est à la claustrophobie. On sent les épaisseurs de béton qui nous surplombent. À cet instant, machinalement, pour regarder l’heure, je tire mon téléphone de ma poche : un téléphone ! avec des touches ! Le métro s’arrête. Les portes s’ouvrent. J’en soupçonne un ou deux de descendre alors que ce n’est pas leur station.
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Ah, au fait, M. Chopin m’a dit de te transmettre le bonjour.
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Dans les vitrines de toutes les librairies, affalé comme une indécence lascive, Houellebecq – et pas que son nouveau roman. Pourvu qu’elle porte son nom, n’importe quelle vieillerie exhumée sera exhibée. En marge de cet étalage archéologique, toutefois, surnage le dernier Chevillard. Et bien que je n’aie jamais mis les pieds sur un navire en perdition, la joie que j’éprouve me semble celle du navigateur qui, égaré dans la brume depuis des semaines, enfin, voit poindre au loin la lueur salvatrice d’un phare.
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Et tandis que les quelques grandes lignes du monde tiennent entre quelques grandes mains, je n’ai rien, sinon mon oreille pour entendre l’univers, ma bouche pour le siffloter.

18/01/2019 – C’est une période nimbée de superlatifs, autour de moi tout est le plus, le moins, j’oscille à haute fréquence sans repasser par mon zéro. La mire ajustée aux extrêmes. L’idée de milieu est chimère, aux antipodes de toute considération sensible. Aussi, pour garder les pieds sur terre, je m’efforce à me souvenir que je ne suis qu’une petite planète bleue croisant le long d’une trajectoire froide, impassible, parmi les silences du grand vide.
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Ils disent Liberté, Égalité, Fraternité. Sur leurs lèvres je lis Travail, Famille, Patrie.
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Toujours écrire à la craie, dans la neige, le mot amour. Et au charbon, sur les tableaux des écoles, le mot amour aussi, toujours.
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Ne plus dilapider aucun silence dans le silence. Hurler le cœur ouvert contre les vents, contre les murs, contre sa propre peau d’adulte s’il le faut.

17/01/2019 – Les instances du tennis s’intéressent de près aux paris sportifs, régentés dit-on par de sinistres réseaux mafieux qui truqueraient les matchs à vaste échelle. Pour ma part, on ne m’y prendra pas. Accepter deux mille dollars pour perdre la finale d’un petit tournoi de troisième division en Lituanie alors que je pourrais gagner quarante fois plus en me luxant l’épaule au premier tour de l’Open d’Australie ? Très peu pour moi.
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J’ai, à l’école, appris bien des choses en cours. Beaucoup moins toutefois que dans la cour.
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Voilà des années que je développe un inquiétant syndrome de daltonisme vestimentaire. Incapable de voir la différence entre un chemisier rouge et un chemisier jaune, ou vert, ou mauve, je ne comprends pas qu’on passe des heures à se demander si tel pantalon ira mieux avec tel pull-over, telle jupe avec telles boucles d’oreilles. C’est l’angoisse. Je songe à consulter.
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Quant à Jean Trifier, il est un peu perdu en ce moment. Il a toujours mangé la croûte du Camembert, des crottins de Chavignol et du Chaource, laissé de côté celle du Comté, du Beaufort et du Saint-Nectaire, mais en ce qui concerne la tomme de Savoie et le Morbier ça se complique : parfois il les mange, parfois non. Aussi, il attend qu’Emmanuel Macron se prononce sur le sujet.

16/01/2019 – J’ai toujours eu la certitude que je mourrai jeune. Or les années passant comme un démenti sans trop atteindre à mon intégrité, je me demandais dans quelle mesure cette conviction était métaphorique. Puis, l’été dernier, je pris en main un ouvrage de Pierre Michon. Ce fut comme une déflagration révélatrice, épiphanique : soumis au cycle de la résurrection continuelle je meurs dans chaque livre refermé, pour renaître dans chaque page tournée.
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Mais il faudra partir, un jour, renoncer pour de bon à cette existence physique. Quand ce jour viendra, j’aimerais qu’on ne m’organise pas de cérémonie religieuse. Ni d’obsèques nationales, d’ailleurs. Parents, amis, je vous en prie. Un peu de simplicité.
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J’imagine un banquet dans une clairière, du bon vin, à manger, mes amis musiciens jouant sur mes cendres dispersées, les poètes lisant leurs mots, les saltimbanques faisant spectacle. On parlera allemand dans cette auberge espagnole, et italien, néerlandais, coréen, tout le monde sera invité à danser un tango. S’il veut venir, Dieu sera bien sûr le bienvenu. Mes amoureuses et maîtresses se trouveront ridicules de n’avoir pas fait connaissance plus tôt. Des sentiments naîtront. J’espère mourir assez jeune pour que mon dernier jour soit, pour d’autres, le premier.
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Une dernière chose, et permettez-moi d’insister : n’allez pas m’allonger sur le dos dans un cercueil. J’ai toujours dormi sur le ventre, de préférence sous les ciels ouverts, habitude bien enracinée dont je ne pense pas changer comme ça, à la dernière seconde, au seuil de l’éternité.

15/01/2019 – L’infini, égal à rien sinon à lui-même, est infiniment plus grand que lui-même. Et infiniment plus petit aussi. En cela, il n’a d’égal que le néant.
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Pris au piège des filets du ciel, petite chose libre l’oiseau chante encore.
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Certains de mes meilleurs amis ignorent que je porte la moustache depuis six mois. Je ne leur en tiens pas rigueur. Parfois, les miroirs non plus ne me reconnaissent pas.
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Avec pour fil le souvenir muet de toi je me suis cousu un vêtement invisible, danseuse de minuit. Et je voyage vers le néant qui n’est qu’un nom feutré de l’infini.

14/01/2019 – D’avance, je présente mes excuses aux personnes que cette allégation téméraire aura le malheur de heurter, aux féministes en premier lieu, mais selon moi – et en ceci j’engage ma seule responsabilité – il existe une différence fondamentale entre l’homme et la femme : le premier a un pénis et la seconde un vagin.
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flux d’inconnues et reflux de déconvenues, lis-je dans un manuscrit de poésie. Quelqu’un visiblement n’a pas appris à l’école que l’alexandrin, c’est aussi des syllabes entre les rimes.
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Deux yeux pour la partition, dix doigts pour le clavier, deux pieds pour les pédales, un demi-million de visages offerts à la gloire de l’insaisissable.
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Quant à Jean Trifier, il s’insurge quand tu lui dis que tu n’auras pas d’enfants. Imagine, peut-être que ton fils ou ta fille sera justement la personne qui fera la différence, tu as peut-être un Einstein dans le ventre ! C’est que Jean Trifier, pour commencer, a un problème de projection : il abandonne volontiers ses responsabilités à la prochaine génération. Surtout, Jean Trifier ne lit pas la presse. Faire la différence ? Mais il est trop tard, Jean Trifier, il est trop tard.

13/01/2019 – Au prix d’une formidable contorsion dont je ne me croyais pas capable j’ai, d’une pierre deux coups, rattrapé en plein vol l’œuf évadé de la boîte et mis à mal ma réputation de maladroit. Ah ça, Maman, tu peux être fière de ton fils. Voilà un réflexe qui ferait naître des vocations. Sauver cet œuf de la chute, c’était un peu comme réparer les verres de mon enfance, les assiettes brisées, les vases, et tous les autres objets qui n’ont pas survécu à ma gaucherie légendaire.
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Mais revenant de mes émotions j’observe cet œuf de plus près et remarque, sur le côté de la coquille, une petite marbrure légèrement foncée. Dilemme existentiel : un œuf peut-il avoir une tache de naissance ?
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D’ailleurs, quelques plumes y sont collées aussi. Un poussin chercherait-il à éclore par l’extérieur, sorte de naissance extra-épidermique hors couvaison ? Devant cette perspective terrifiante, je tremble : moi, père de cette atrocité ? Préférant ne prendre aucun risque, la poêle frémissant déjà, vite je casse l’œuf et le jette dedans.
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Ce sera toutefois une bien maigre omelette, Maman. Mais peu importe, passons, car j’ai à faire. C’est un véritable carnage et il me faut maintenant ramasser les onze autres œufs tombés de la boîte.

12/01/2019 – Dévorer sa propre mère de l’intérieur, neuf mois durant, avant même d’avoir vu le jour. Lui donner force coups de pied, et coups de poing, tambouriner son ventre en forgeron enragé. Déchirer son corps au jour de la naissance. L’enfant innocent, c’est comme le mythe du bon sauvage : une autre mystification.
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Est-ce un truisme de rappeler que la Terre est notre première mère ? que les adultes d’aujourd’hui ont été des enfants, hier ?
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Quelle idée aussi d’avoir creusé un étang et planté une forêt pile là où, six mille ans plus tard, on construirait un centre commercial.
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On a évoqué les déserts arides, les glaces polaires, les jungles cannibales et autres immensités océaniques. Mais soyons honnêtes un instant. Au terme de toute politesse, l’homme demeure l’environnement le plus hostile à l’homme.

11/01/2019 – J’écoute trop de musique classique, moi, en ce moment. Mulatu Astatke hier soir, derrière ses percussions, il ressemblait comme deux gouttes d’eaux à Martha Argerich assise les pieds dans le vide sur son piano. L’impression d’entendre, jouée pour moi seul, la Pathétique de Beethoven – en allemand, on appelle ça Ohrwurm.
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Mais quand même, j’aimerais finir en vieil excentrique chauve et moustachu moi aussi, avec un xylophone et un boubou en coton blanc. Ah ! que ne suis-je éthiopien !
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(Précision : Mulatu Astatke ne joue pas du xylophone, mais du vibraphone ; écrire, parfois, c’est faire le sacrifice de la vérité.)
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Quant à Jean Trifier, on a pu s’assurer qu’il a été doté du muscle du poulet, qu’on retrouve par ailleurs chez le pigeon. Tout se passe dans la nuque. Dès qu’il entend du funk, de la soul, ou un jazz un peu rythmé et épicé, sa tête se met à s’agiter d’avant en arrière comme mue par une force externe à sa volonté, c’est mécanique, on croirait un poulet en train de marcher, ou un pigeon. Niveau synapses, Jean Trifier n’a aucune raison de s’inquiéter.

10/01/2019 – Il est tout bonnement scandalisé qu’on lui serve, en plein hiver, du melon. Mais enfin, dans les Ardennes, toutes ces couleurs, même en juillet ça aurait fait bizarre.
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Acharnement de l’homme, système d’équations au nombre infini de solutions, à réduire son existence à la plus directe, la plus évidente, qui prend l’abscisse pour asymptote.
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Voilà quarante-trois ans que cette société familiale produit des flexibles de douche. Et ils s’en vantent. Comme si c’était le truc le plus audacieux, le plus épatant du monde.
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Sublime paradoxe de la nuit, de plus en plus noire à mesure que les soleils s’y lèvent.

09/01/2019 – On devrait interdire aux Noirs de conduire, m’explique-t-il, leur retirer le permis et la voiture. Et idem pour les Arabes, ajoute-t-il tout à fait calmement. J’avoue que je n’avais jamais vraiment réfléchi à la question, mais là, spontanément, l’idée ne me semble pas si stupide que cela. Sans être tout à fait convaincu je suis séduit, tenté par cette ébauche de raisonnement. C’est qu’il faut pousser la logique plus avant. Tant qu’à faire, interdisons tout ça aux Blancs aussi.
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– Qu’ils sont prévisibles, ces films d’amour, je te parie qu’ils vont finir par s’embrasser.
– Oh, tu sais.
– Et tu vas voir, elle va lui faire une longue fellation, après quoi il va la pénétrer, peut-être même la sodomiser.
– En même temps, c’est un porno.
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Première pop-star de l’ère moderne, Adolf Hitler remplissait les stades bien avant les Beatles et les Rolling Stones.
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Telle est la puissance de la littérature que chaque fois que je mords dans une madeleine, Combray déferle en ma mémoire.

08/01/2019 – Encore un petit effort, M. Trump. Cette année, pour Noël, on aimerait déjeuner sous le tilleul.
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Assurément, je ne l’aime pas moins quand elle perd un cheveu ou une larme. Mais si par malheur elle était diminuée d’un bras, et des deux jambes, d’une oreille, de la moitié de ses dents, je ne sais pas, il me semble que l’amour serait plus difficile, peut-être.
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Invasion de souris, je pensais prendre des chats. Manière de décaler le problème, car il faudra ensuite prendre un renard, puis un aigle.
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Quant à Jean Trifier, il ne sort pas la carabine comme d’autres au prétexte qu’un pigeon lui a pissé sur le crâne. Beau joueur, il se contente de faire ses cinquante mille kilomètres annuels en voiture.

07/01/2019 – Les jours de grisaille me remplissent d’allégresse et de légèreté. Plus le ciel est bas, plus il est facile de marcher sur les nuages.
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Dieu m’est témoin qu’en premier lieu, c’est de Sa faute si je ne crois pas en Lui.
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Lu sur un paquet d’amandes effilées : offre valable en France, en Belgique et en Corse. Quelque chose m’aurait échappé, récemment ?
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Une tranche à Bordeaux, deux à Toulouse, le reste du jambon dans un petit village des environs de Pau, du boudin en Dordogne et des saucisses aussi, disséminées, sans compter les jarrets, le lard, le filet mignon, les terrines. Ce cochon s’est embarqué dans une entreprise de colonisation dont la stratégie pour le moins me déroute.

06/01/2019 – Le trajet compte infiniment plus que la destination. Pour vous en convaincre, écoutez d’abord les quinze dernières secondes du premier mouvement, dit maestoso, du premier concerto pour piano de Brahms. Puis réécoutez-le, en entier, du début à la fin.
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C’est fou. Parfois, cinq cents mètres valent autant que mille kilomètres.
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Tenace et ambitieux il a travaillé dur pour en arriver là, au sommet ; et en effet regardez-le, tout en haut, voyez comme il est petit, comme il est minuscule, et invisible, et insignifiant.
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Stupeur l’autre jour, dans le métro, stupeur devant un jeune de vingt, vingt-et-un ans, plongé dans un pavé d’au moins sept cents pages qui n’était pas de la science-fiction, stupeur car espoir.
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(Aliments de langage#2, suivez le lien)

05/01/2019 – Il ne faut pas exagérer non plus, ni croire que les Wallons disent tous les jours des choses comme Je ne sais pas savoir. Pas tous les jours.
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et je dis hé, ouais, ouai-ais-ais
hé ouais, ouais
je dis hé, qu’est-ce qu’il se passe ?
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(Tout de suite, l’adolescence, ça sonne moins bien quand on comprend.)
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Quant à Jean Trifier, il vous dira qu’on lui a dit que l’Indonésie est le plus beau des pays, ou la Thaïlande, ou Madagascar, ou le Brésil.

04/01/2019 – Au menu de cet institut de beauté, extension des cils et épilation définitive au laser. Gageons qu’en professionnels, ils savent quelle machine convient à quel usage.
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J’ai pris, pour 2019, deux résolutions que j’espère bien honorer. La première : venir à bout de L’Autofictif ultraconfidentiel, d’Éric Chevillard, qui est plus gros que la Bible – le livre, pas Éric Chevillard – et autrement consistant. La deuxième : continuer à seriner mon entourage pour que chacun lise, ou relise le cas échéant, Le Monde d’hier de Stefan Zweig – respecter cet engagement commence d’ailleurs ici et maintenant.
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Puis, après avoir célébré la mémoire de cette féministe exceptionnelle, cette femme d’esprit autant que d’action qui fut un modèle de générosité pour ses enfants, ses petits-enfants et bien au-delà de sa chair et de son sang, le prêtre clôtura la cérémonie ; Merci à vous tous.
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Grotesques oxymores que l’amour interdit, l’amour désespéré, l’amour impossible, l’amour coupable. Aux sentiments mesquins la culpabilité, l’amour est le plus beau des pays.

03/01/2019 – Il est un pays auquel je suis lié par un pacte d’immobilité et où je retourne souvent, le plus souvent possible, dès que je le peux, dès que la tragédie reprend son souffle et cligne des yeux. Régi par la dictature opalescente du désir, ce pays m’est aussi familier que j’y suis étranger. Moins j’y pense, plus j’y suis. Plus je le veux, moins il existe. Lorsque ma bouche prononce son nom il s’évapore, me dépossède de mes racines. Ce pays est une ligne courbe, une ombre bleue jetée sur l’océan par le ciel pléonastique des déserts. Et même si je devais n’en connaître que la première périphérie, même si je n’en devais jamais dépasser le premier cercle des confins, je persisterais malgré tout, pétri d’amour, car nul voyage ne vaut la peine d’être entrepris s’il n’a pour destination ce pays ; formidable aventure humaine, je suis un gouffre, une pyramide, un cirque glaciaire, je suis le plus beau des pays.
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Tandis qu’au loin tels trains de nuit franchissent telles frontières sans un bruit, dormir, en insurgé, lové entre les bras secrets de l’insomnie.
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Sevrage, repos végétatif hivernal. Prélude aux dix ou douze printemps qu’il faudra bientôt empoigner.
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Et n’oublie pas : les poings en sang contre les murailles acérées et dans le regard anémié d’autrui, dans la disgrâce, le repentir et jusqu’en ta dernière seconde, tu es le plus beau des pays.

02/01/2019 – Il était clairement destiné à travailler en abattoir, lame aiguisée à la ceinture, écorcheur parmi les carcasses, une vie passée dans l’odeur persistante du sang, mais suite à une erreur dans la distribution des rôles il naquit avec les mains sveltes et allègres d’un pianiste dont on a malheureusement perdu la trace, tandis qu’il éparpille ses grimaces bovines au-dessus des claviers du monde entier.
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– Pardon, je crois que vous vous êtes trompé, vous m’avez rendu trois euro en trop.
– Oh, merci, d’habitude les gens ne disent rien. Vous, au moins, vous êtes honnête.
– Honnête, moi ? Ça dépend des jours ! Pas plus tard que mercredi dernier, je vous ai volé deux tablettes de chocolat. Et lundi, de la feta et du romarin.
– C’est bien ce que je disais. Vous, vraiment, on peut dire que vous êtes honnête.
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Toi l’amie, l’amoureuse, l’amante : tu es le plus beau des pays.
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Quant à Jean Trifier, à le voir transpirer en silence au sauna, on se demanderait si c’est le même Jean Trifier qui tous les ans, l’été, sous un soleil de métal en fusion, s’agite comme un danseur de la Saint-Guy en Espagne, en Grèce, en Turquie, en Italie.

01/01/2019 – Surtout n’attendez pas de moi que je vous reparle ici du réchauffement climatique, des migrants qui se sont noyés cette nuit dans la Manche et la Méditerranée, des hectares que le printemps fera partir en fumée ; pas aujourd’hui, c’est 2019 et on repart du bon pied. Table rase, feuille blanche, on relance la machine avec le sourire. D’ailleurs je n’évoquerai pas davantage la disparition des oiseaux dans les campagnes et des poissons dans les océans, ni la prolifération des dictatures démocratiques. Obscénité que tout cela, obscénité que je vous épargne, m’en remettant à la saison pour vous souhaiter, bien sobrement, une excellente année.
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Année qui débute malgré tout par un sacré torticolis, et une gueule de bois d’autant plus insolite que je n’ai pas bu. Résurgences déjà de 2018 ?
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Aucun d’eux, cela va de soi, aucun ne concevait que la planche à clous du fakir pouvait être plus confortable que leur grand matelas à ressorts et leurs petites aisances bourgeoises.
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Guten Rutsch ins neue Jahr, se souhaite-t-on en allemand, une bonne glissade dans la nouvelle année. Et l’on repense à la flaque d’huile, à la plaque de verglas, on repense à la peau de banane.